TAXONOMIE : RIEN N’EST ENCORE JOUÉ !

Taxonomie : « branche des sciences naturelles qui étudie la diversité du vivant ». Elle consiste à décrire et circonscrire les espèces des organismes vivants pour en faire des catégories hiérarchisées. Mais ce terme est aussi utilisé en sciences humaines et même en informatique.

Et depuis quelques mois, il a surgi dans les textes européens…

Tout est parti de l’engagement de l’UE d’aller vers la « durabilité »… et en particulier de prendre des engagements pour lutter contre le changement climatique afin d’en atténuer les conséquences. Une base scientifique doit déterminer quels investissements choisir pour aller dans ce sens. Mais la politique y a mis son grain de sel. Résultat d’un marchandage entre la France (pour le nucléaire) et les pays de l’Est (pour le gaz), l’énergie nucléaire comme le gaz naturel sont tout à coup, sous prétexte de transition, devenus « verts ». C’est du moins le contenu du rapport de la commission spéciale, publié le 31 décembre 2021 ! Cela permettra d’orienter l’argent du secteur financier (avec des garanties d’états à la clé) et des gouvernements (en particulier à travers le grand emprunt censé assurer la relance)…

Comment en est-on arrivé là ? Rien de très surprenant quand on sait qu’environ 15000 lobbyistes travaillent en permanence à Bruxelles, que rien que pour le gaz et le nucléaire (Shell, Total et EDF) pas moins de 86 M€ y sont consacrés chaque année (selon l’ONG « Reclaim Finance » qui a pu repérer une intensification des échanges depuis 2 à 3 ans avec la Commission…).

Le texte publié a été très médiatisé et présenté comme définitif ! Or, il n’en est rien !

Nos parlementaires, ceux que nous avons désignés pour nous représenter, ont bien l’intention de s’inviter au débat. Un vote est prévu dans les 2 mois qui viennent. Mais les jeux politiques au sein de l’UE sont parfois très complexes et il n’est pas acquis qu’une majorité se manifeste contre le texte. D’où la nécessité, pour nous citoyens européens, de leur rappeler les enjeux fondamentaux qui se cachent derrière ce choix de classer le gaz et le nucléaire sous un label « vert ».

Un collectif de 65 députés, dont Michèle Rivasi, a déjà formulé son opposition le 19 janvier dernier par une lettre ouverte aux ministres de l’énergie des 27 états membres. Plusieurs pays, dont l’Autriche et le Luxembourg, ont également annoncé leur intention de faire un recours devant les instances européennes. Sur le fond, le contenu du texte est en effet en contradiction complète avec le classement des énergies dites « vertes ». Le gaz et l’uranium sont – comment prétendre le contraire ? – non renouvelables, donc non « durables ». D’autres pays comme l’Espagne et le Portugal ont d’ores et déjà annoncé qu’ils n’appliqueront pas ces textes chez eux … Rien n’est donc perdu, mais il faut rester vigilants !

Extrait de la lettre mensuelle de la CRIIRAD N° 87 de février 2022 reçue le 24 février 2022 à 14h48

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Taxonomie et label vert européen (illustration d’une militante de Stop Bugey que nous remercions !)