NUCLÉAIRE : EDF TIRE LES ENSEIGNEMENTS DE TAISHAN POUR L’EPR DE FLAMANVILLE

Face à la commission locale d’information (CLI) de Flamanville, le directeur de l’achèvement et des essais de l’EPR, David Le Hir, a détaillé le retour d’expérience de Taishan.

 « Nous avons eu une première réunion technique avec l’Autorité de sûreté nucléaire début février. Rien n’est encore finalisé. »  Ce jeudi 24 février 2022, devant l’assemblée générale de la commission locale d’information (CLI) de Flamanville, le directeur de l’achèvement et des essais de l’EPR, David Le Hir, n’a pas voulu en dire davantage sur les solutions envisagées par EDF après l’incident survenu sur le réacteur de Taishan.

Ces solutions, elles, sont de deux ordres :

. un renforcement des assemblages, au niveau des ressorts et des grilles et

. une intervention au niveau du réflecteur lourd pour réduire les sollicitations hydrauliques.

« Ce sont des solutions à déployer sur les prochains cycles », observe David Le Hir. Dès le démarrage ? « Nous en discutons avec l’ASN. »

EDF l’assure en tout cas, la commande de nouveaux assemblages, si cette solution était retenue, serait compatible avec un chargement du réacteur au deuxième trimestre 2023.

Retour d’expérience de Taishan

Devant les membres de la CLI, David Le Hir est revenu plus concrètement sur le retour d’expérience sur le réacteur de Taishan 1. Celui-ci avait débuté son deuxième cycle fin septembre 2020, après un rechargement partiel du combustible.

Quelques semaines après, une « évolution atypique » des paramètres radio chimiques a été observée (une concentration de gaz rares radioactifs dans le circuit primaire), conduisant en août 2021 à l’arrêt du réacteur et au déchargement du combustible.

« Il a permis d’identifier l’origine de l’inétanchéité de quelques crayons d’assemblages combustible, liée à une dégradation de la gaine de ces crayons par un phénomène d’usure mécanique, localisée en partie basse du crayon. Cette usure mécanique est consécutive à la rupture de ressorts de maintien des crayons dans les assemblages », explique David Le Hir.

Il s’agit d’un phénomène localisé, qui ne concerne qu’un nombre limité d’assemblages.

« Combien de crayons ? », interroge Jean-Claude Autret. « Soixante-dix environ, situés en périphérie », répond Yannick Rousselet de Greenpeace. Rappelons que le combustible d’un réacteur EPR comprend 241 assemblages, intégrant chacun 280 crayons.

« Réussir du premier coup »

Sur le chantier de l’EPR de Flamanville, EDF est engagé dans une reprise des soudures du circuit secondaire principal. Quatre d’entre elles, sur la partie vapeur et situées au niveau de la traversée de l’enceinte du réacteur, sont terminées. Des opérations de traitement thermique de détentionnement sont en cours depuis mi-frévrier.

Sur les quatre autres soudures de traversées, qui concernent le circuit eau, avec un diamètre de tuyauterie différent, le soudage commence cette semaine. Une centaine d’autres soudures, beaucoup plus accessibles celles-là, doivent être reprises sur le reste du circuit. Une douzaine a déjà été réalisée. « Nous avons démarré la suite avec plusieurs fronts de soudage », indique David Le Hir. Ce chantier doit être terminé au deuxième semestre cette année.

EDF attend de l’ASN une « non objection » pour le dernier lot d’une trentaine de soudures.

Un problème identifié dès 2008

Deuxième enseignement des inspections réalisées sur les assemblages de Taishan, « un phénomène de frottement localisé entre quelques assemblages et un composant enveloppant le cœur, le réflecteur lourd. Ce frottement est lié à des sollicitations hydrauliques, mais n’a pas conduit à l’inétanchéité des crayons », précise David Le Hir. Elle ne remet pas non plus en cause, ajoute-t-il, la conception de la cuve.

Nous travaillons à des dispositions qui permettront de réduire ces interactions.

« En cherchant à nous documenter, nous avons trouvé des choses surprenantes », observe Yannick Rousselet. En particulier les tests effectués par Areva et Framatome sur des maquettes.

Yannick Rousselet : « Dès 2008, des perturbations thermiques et hydrauliques y sont identifiées. Ces problèmes de turbulence font que les flux, qui devraient être parfaitement parallèles aux assemblages, apparaissent de manière latérale. Ce qui amène des phénomènes vibratoires sur les crayons, un effet corde de guitare, touchant aussi le réflecteur. »

En Finlande, poursuit-il, les assemblages de combustible se présentent différemment, avec des grilles renforcées en partie basse. « C’est Areva qui a choisi cette configuration. »

Jean-Paul Martin rappelle pour sa part que l’EPR a été développé selon les normes allemandes des réacteurs de type Konvoi. « On avait constaté sur ces réacteurs que les combustibles vibraient beaucoup plus que dans les réacteurs français. Ces vibrations résultent de dissymétries hydrauliques. Dès le départ, la Finlande, plus proche de l’Allemagne, a donc adopté des assemblages renforcés. »

Par Jean Lavalley, La Presse de la Manche, publié le 26 février 2022 à 18h40 

En haut de ce schéma, un crayon de combustible et, en dessous, l’assemblage qui contient 280 de ces crayons. (©DP)

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