DU « ZÉRO ÉOLIENNE » AU « 100 % RENOUVELABLE », LE GRAND ÉCART ENTRE CANDIDATS À LA PRÉSIDENTIELLE

Le sujet des énergies renouvelables, indispensables à l’atteinte des objectifs climatiques de la France, continue de diviser les prétendants à l’Élysée.

 Il y a ceux qui veulent les voir disparaître des paysages, et ceux pour qui elles incarnent le pilier du futur système énergétique de la France. Concernant les éoliennes, et plus largement l’essor des énergies renouvelables, les positions des candidats à la présidentielle balaient un éventail très large, du « zéro nouvelle implantation » au 100 % renouvelable. Avec, comme corollaire, un clivage net entre partisans d’une relance du programme nucléaire et défenseurs d’une sortie de l’atome.

Dès la campagne pour les régionales de juin 2021, la question énergétique a occupé une part non négligeable du débat public. « On peut regretter que le sujet du climat n’ait pas été davantage traité mais celui de l’énergie est plus présent qu’il y a cinq ans, observe Alexandre Roesch, le délégué général du Syndicat des énergies renouvelables. Il y a sans doute une compréhension un peu plus grande du fait que nous avons des décisions importantes à prendre pour l’avenir. »

Discours et programmes se concentrent toutefois souvent sur la production d’électricité, bien plus que sur les enjeux liés au secteur de la chaleur ou de la consommation. « Le débat reste pauvre. On a, par exemple, encore l’impression qu’on peut penser la production indépendamment de la consommation, observe Alexis Monteil-Gutel, responsable de projet énergies renouvelables au sein du CLER – Réseau pour la transition énergétique. La campagne a du mal à aborder le fond des questions et l’ensemble des sujets. »

Les éoliennes, cheval de bataille de Zemmour et Le Pen

S’il est un thème qui n’a pas été négligé, c’est celui des éoliennes. Les deux candidats d’extrême droite en ont fait un cheval de bataille : Éric Zemmour et Marine Le Pen promettent de mettre un terme à tous les projets, terrestres et en mer. « On laisse tomber les éoliennes, on arrête toutes les éoliennes, parce que c’est une catastrophe, parce que ça enlaidit le paysage français, parce que c’est une énergie intermittente », a expliqué le président de Reconquête ! sur Twitch, le 1er février. « Tous les projets éoliens en cours et les subventions seront stoppés, a aussi affirmé la candidate du Rassemblement national lors d’une conférence de presse, le 14 février. Les machines seront progressivement démantelées à la charge des industriels. »

Ces propositions ne s’appuient pourtant sur aucun scénario de transition énergétique actuellement dessiné. Selon les projections des experts, il est impossible de respecter les engagements climatiques de la France et de garantir son approvisionnement électrique en se passant d’une source d’énergie renouvelable. Lors de la préparation de son rapport de référence sur les mix électriques, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE a exclu une option sans éolien et solaire, demandée lors de la phase de consultation, parce qu’elle ne permettait pas de remplir ces deux conditions. Selon RTE, un moratoire sur les renouvelables conduirait la France à « manquer d’électricité bas carbone pour couvrir les besoins au-delà de l’horizon 2030-2035 ».

Tous les travaux prospectifs, dont celui de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), insistent au contraire sur la nécessité d’un développement massif des différentes sources d’énergies renouvelables. En raison de l’électrification attendue de nombreux usages et du vieillissement des réacteurs actuels, l’atome ne pourra pas fournir plus de la moitié de la production électrique en 2050, selon RTE, qui affirme s’appuyer sur les projections de la filière nucléaire elle-même. Une analyse que conteste Marine Le Pen, qui prévoit de s’affranchir de cette « barrière » des 50 %. « Nous ne nous appuyons pas sur un scénario mais sur la réalité : il est bien plus raisonnable de reproduire ce que l’industrie a déjà été capable de faire plutôt que de miser sur des paris technologiques, justifie le directeur adjoint de sa campagne, Jean-Philippe Tanguy. La filière nucléaire sera capable de s’organiser pour faire plus. »

À gauche, le choix du 100 % renouvelable

Outre l’éolien, les représentants de l’extrême droite n’entendent pousser qu’avec parcimonie le solaire – uniquement dans les territoires ultramarins et éventuellement dans le bassin méditerranéen, explique, par exemple, le RN. Comme plusieurs autres candidats, ils vantent, en revanche, les atouts de la géothermie ou encore de l’hydroélectricité, qui a le grand avantage d’être pilotable – elle peut produire de manière prévisible, en fonction de la demande. Son potentiel de développement, qui concerne essentiellement les stations de transfert d’énergie par pompage et les petites installations, est toutefois sans commune mesure avec celui du photovoltaïque ou de l’éolien.

À l’autre bout du spectre, plusieurs candidats de gauche (Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon, Philippe Poutou) font le choix du 100 % renouvelable. Le chef de file de La France insoumise en fait l’un des piliers de sa stratégie énergétique, avec la baisse de la consommation par la sobriété et l’efficacité et la sortie planifiée du nucléaire. Avec des objectifs chiffrés : 18 500 éoliennes sur terre et 3 000 en mer en 2050 (contre environ 8 000 sur terre et aucune en mer aujourd’hui), 144 gigawatts de capacités photovoltaïques installées (contre 12 GW aujourd’hui), mais aussi une production de « bois énergie » en hausse de 50 %.

Yannick Jadot, qui mise sur une sortie du nucléaire en 2045, affiche des priorités et une ambition similaires. Les cibles sont annoncées à l’échelle du quinquennat : 3 000 éoliennes supplémentaires d’ici à 2027, 25 gigawatts de photovoltaïque installés… Le Réseau action climat, qui soutient l’option 100 % renouvelables et a analysé les différents programmes, salue le fait que « la valorisation des territoires, l’intégration des acteurs locaux et le soutien aux énergies citoyennes » soient aussi des points-clés de la feuille de route du candidat écologiste, et que Jean-Luc Mélenchon fasse mention « du débat démocratique nécessaire » autour de ces questions.

Retard par rapport aux objectifs

En janvier 2021, une étude détaillée publiée par l’AIE et RTE a montré que l’hypothèse d’une électricité entièrement renouvelable était faisable techniquement mais posait plusieurs défis majeurs, pour réussir à compenser la variabilité des énergies éolienne et solaire, assurer la stabilité du système ou encore transformer le réseau électrique. Elle n’a, jusqu’ici, jamais été mise en œuvre à grande échelle. Le scénario de transition énergétique porté par l’association négaWatt, sur lequel s’appuient notamment Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, décrit aussi à quel point atteindre la neutralité carbone en 2050 en misant sur l’efficacité, la sobriété et les renouvelables implique des changements structurels majeurs dans l’ensemble des secteurs de la société.

Les acteurs du secteur regrettent de leur côté que la notion d’urgence et le besoin d’accélérer ne soient pas assez marqués, même dans les programmes les plus ambitieux. Plus que des objectifs pour 2050, ils auraient aimé lire des propositions concrètes permettant de multiplier par 3, 4 ou 5 le rythme de développement des filières à très court terme. « Le premier levier à actionner pour aller vite, c’est d’avoir davantage de gens sur le terrain pour instruire les dossiers. Or, personne ne parle des moyens humains nécessaires pour atteindre ces cibles », explique par exemple Alexandre Roesch.

Même si des avancées réglementaires et législatives ont eu lieu au cours du quinquennat, la France est toujours en retard par rapport à ses objectifs en matière de renouvelables. En cause, la durée des procédures et le manque de portage politique fort. « On nous dit que la France fait tout ce qu’elle peut pour lutter contre le réchauffement climatique mais on met des obstacles incroyables au développement des énergies propres ! », s’agace ainsi l’un des acteurs majeurs de l’éolien terrestre. Depuis 2017, Emmanuel Macron a envoyé des signaux contradictoires à cette filière, pour laquelle il a récemment revu les objectifs à la baisse.

En toute fin de mandat, le président a finalement éclairci sa stratégie énergétique, en annonçant vouloir à la fois construire de nouveaux réacteurs et développer fortement l’éolien en mer et le solaire. En creux, il a aussi reconnu ne pas être allé assez vite pour la croissance des renouvelables puisqu’il a prôné un changement de méthode lors de la présentation de son programme, le 17 mars. Le candidat Macron a annoncé vouloir prendre « une loi d’exception » permettant de simplifier les procédures et de réduire les délais, et plaide pour une planification de la production d’énergie à l’échelle de chaque territoire.

À la différence des autres candidats de gauche, le communiste Fabien Roussel défend, lui aussi, un système reposant à la fois sur une relance du nucléaire et sur certaines filières renouvelables. Une position également partagée par la candidate Les Républicains, pour qui les « vraies » filières renouvelables doivent venir en « complément » du nucléaire. Valérie Pécresse entretient toutefois une position ambiguë sur l’éolien. « J’y suis favorable mais avec l’accord des populations parce qu’on a des paysages remarquables, des ressources halieutiques… Il faut qu’on concerte et qu’on décide, c’est chaque fois du cas par cas », a-t-elle expliqué dans le cadre du Débat du siècle, sans préciser par quelles nouvelles modalités elle comptait obtenir cet accord. Actuellement, les élus locaux et la population sont déjà systématiquement consultés, notamment par le biais des enquêtes publiques. Et près de 80 % des projets font l’objet d’un recours en justice.

Par Perrine Mouterde, publié le 28 mars 2022 à 04h31, mis à jour à 16h45

Photo en titre : Le chantier de construction des fondations des éoliennes du parc offshore de Fécamp (Seine-Maritime), le 11 février 2022. TESSON/ANDBZ/ABACA

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