« NUCLÉAIRE : UNE SOLUTION POUR LA PLANÈTE ? », SUR ARTE : LE DÉBAT RELANCÉ PAR LA GUERRE EN UKRAINE

La succession de reportages donne majoritairement la parole aux opposants à l’énergie nucléaire, qui en dénoncent les dangers, sans surprise ni arguments nouveaux.

ARTE – MARDI 29 MARS À 20 H 50 – DOCUMENTAIRE (NDLR : possibilité de le revoir si vous l’avez raté)

Le 2 février, la Commission européenne annonçait la création d’un label « vert » pour les centrales nucléaires, non émettrice de CO2, et reconnaissait, sous conditions, leur contribution à la lutte contre le changement climatique, alors que l’Union s’est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050.

La nouvelle a aussitôt provoqué les critiques d’ONG et d’associations antinucléaires. Elle sert de point de départ au long documentaire de Ghislaine Buffard sur les dangers du nucléaire civil, dont l’objectif affiché est d’obtenir que son développement soit conditionné à un référendum.

Lire aussi : La Commission européenne accorde un label « vert » au nucléaire et au gaz, malgré les protestations

La décision d’Emmanuel Macron, fin 2021, de « relancer la construction de réacteurs » constitue pour la réalisatrice un danger dans un pays qui est déjà « le plus nucléarisé au monde », alors que, souligne-t-elle, l’Italie, l’Espagne, la Suisse et l’Allemagne (le 31 mai 2011) ont choisi de sortir du nucléaire. À l’époque du tournage de ce film, en 2019, ni la chancelière Angela Merkel ni Ghislaine Buffard ne pouvaient imaginer que la guerre en Ukraine rebattrait les cartes.

Dangers potentiels

Se demander si le nucléaire civil est une solution d’avenir demeure plus que jamais d’actualité. La réponse ici se structure autour des dangers potentiels : des rejets radioactifs dans l’environnement (le tritium dans la Loire), des démantèlements polluants et onéreux, des déchets dangereux pendant des centaines de milliers d’années… Et « évidemment » des risques de catastrophes telles celles de Tchernobyl, en 1986, ou de Fukushima en 2011.

Le chapitre démantèlement est le plus intéressant. Plusieurs reportages y sont consacrés. Brièvement à Fessenheim (Haut-Rhin), fermée en 2020, et sur le site de Chooz A (Ardennes), site pilote de démantèlement des centrales EDF. Plus longuement à Greifswald, plus grosse centrale nucléaire de l’ex-Allemagne de l’Est, dont les réacteurs, de conception soviétique, ont été mis à l’arrêt en 1995. Ou encore dans un laboratoire expérimental d’enfouissement des déchets les plus dangereux, à 490 mètres de profondeur, à Bure (Meuse).

L’utilisation de ralentis et d’une musique anxiogène donne le ton. Les intervenants sont majoritairement opposés au nucléaire. « Il ne faut pas nous laisser croire qu’il y aura des contrôles sérieux », prévient un membre de la Criirad, une association fondée en 1986 par la députée écologiste Michèle Rivasi. Bernard Laponche, physicien et auteur, avec Benjamin Dessus, dEn finir avec le nucléaire (Seuil, 2011) interroge : « Est-ce que la population accepte qu’il y ait un accident sur une centrale du Rhône ou de la Saône ? » Pour lui la question est politique.

Depuis le 24 février, jour où la Russie a envahi l’Ukraine, la Belgique s’est dite prête à considérer une prolongation de la durée de vie de ses centrales nucléaires, rapportait l’AFP le 7 mars, et l’Allemagne se déclare décidée à reconsidérer sa sortie du nucléaire et la durée de vie des centrales au charbon.

Nucléaire : une solution pour la planète, de Ghislaine Buffard, Fr., 2022, 90 min). Arte. Disponible jusqu’au 27 avril

Par Catherine Pacary, publié le 29 mars 2022 à 19h30

Photo en titre : Image extraite du documentaire « Nucléaire : une solution pour la planète ?  », sur Arte.

https://www.lemonde.fr/culture/article/2022/03/29/nucleaire-une-solution-pour-la-planete-sur-arte-le-debat-relance-par-la-guerre-en-ukraine_6119700_3246.html

NDLR : la question du nucléaire n’est pas seulement politique comme l’indique cet article : elle est aussi économique. Les progrès considérables de ces dernières années (et ce n’est pas fini…) montrent que les énergies renouvelables ont des prix de revient qui baissent d’année en année alors que celui du nucléaire augmente régulièrement malgré sa sous-estimation (les coûts de la « gestion des déchets » et du démantèlement sont très sous-évalués et ce sont nos enfants qui les paieront !). Et le fait que le nucléaire soit implanté sur 18 sites en France le rend extrêmement vulnérable en cas de conflit armé (18 bombes même pas nucléaires suffisent pour détruire 70 % de la production électrique en quelques minutes ce qui est impossible avec les énergies renouvelables disséminées sur tout le territoire). Acceptons-nous cette extrême vulnérabilité et les énormes dégâts radiologiques qui s’en suivraient ?

À méditer avant de voter !!!