LÉGISLATIVES : L’EUROPE ET LE NUCLÉAIRE, LIGNES DE FRACTURE DE LA NOUVELLE UNION POPULAIRE DE GAUCHE

Après plusieurs jours d’âpres discussions, la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (NUPES) pourrait présenter son programme pour les législatives lundi prochain selon nos informations. Les lignes de clivage sur l’Europe et l’énergie au sein de cette coalition demeurent brûlantes.

À quelques semaines des élections législatives, la nouvelle union de la gauche se met à rêver d’un nouveau Front populaire de 1936. Après d’intenses négociations, la France insoumise, Europe-Écologie-les-Verts, le Parti communiste (PC) et le Parti socialiste (PS) réunis sous la bannière Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (NUPES) ont signé un accord jugé « historique » par beaucoup d’observateurs. Au moment de l’investiture en grande pompe du président Macron à l’Élysée le 7 mai dernier, Jean-Luc Mélenchon avait réuni ses troupes et les membres des partis signataires à Aubervilliers pour lancer officiellement la campagne des élections législatives. D’après nos informations, les membres de la NUPES pourraient présenter leur programme pour les élections législatives ce lundi 16 mai. La nomination attendue du Premier ministre et des membres du gouvernement pourraient dans les jours à venir faire de l’ombre à cette annonce si elle se confirme.

De son côté, la majorité se prépare également à devoir affronter sur le terrain les candidats de cette coalition inédite sous bien des aspects. D’après les derniers résultats de l’institut Cluster 17 (échantillon de 3.600 personnes) dévoilés ce vendredi 13 mai, la NUPES arrive en tête des intentions de vote avec 31% de répondants en faveur de cette alliance contre 24,5% pour les candidats de Renaissance (ex-LREM). Ce résultat donne une situation inédite. Depuis 2002, « l’élection des députés s’était transformée en un scrutin de ratification de la présidentielle. Pour la majorité présidentielle, les législatives s’apparentaient à une quasi-formalité administrative. Cette année, le scrutin semble bien plus indécis et ouvert », souligne Cluster 17.

Derrière cette alliance jugée de «  »circonstance » par une partie de l’opposition, de véritables points de désaccord demeurent sur de nombreux points économiques du programme de la NUPES. Ces divergences pourraient largement fragiliser cette union des gauches à l’approche du renouvellement de l’Assemblée nationale en juin prochain.

L’Europe, une ligne de fracture historique au sein de la coalition

La question européenne demeure une ligne de fracture importante entre les différents partis de cette union. Les différents signataires ont d’ailleurs bien conscience de cette division. « La mise en œuvre de notre programme partagé conduira nécessairement à des tensions, à constater des contradictions. Il nous faudra dépasser ces blocages et être prêts à ne pas respecter certaines règles, tout en travaillant à les transformer », expliquent les auteurs de l’accord. Le communiqué évoque notamment « les règles économiques, sociales et budgétaires comme le pacte de stabilité et de croissance, le droit de la concurrence ».

Les divisions au sein des forces de gauche sur les questions européennes sont loin d’être récentes. Déjà en 2005, lors du référendum sur le traité constitutionnel, les différents représentants des courants de gauche s’étaient déchirés sur ce texte qui devait passer comme une lettre à la poste selon la plupart des pronostics. Jean-Luc Mélenchon alors au Parti socialiste avait fait campagne contre ce traité alors que des cadres du PS à l’instar de François Hollande, Ségolène Royal ou encore Dominique Strauss Khan avaient fait campagne pour le « oui« .

Il reste que la succession des crises (Pandémie, guerre en Ukraine) a ouvert la voie à un débat sur des changements de règles en Europe. À la fin de l’année 2021, la Commission européenne a lancé une consultation sur le Vieux continent en faveur d’une réforme du pacte de stabilité qui devrait se concrétiser avant la fin de l’année 2022. Dans le cadre de la présidence de l’Union européenne, Emmanuel Macron a d’ailleurs affirmé qu’il fallait réviser ces traités.

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L’épineuse question des règles budgétaires dans l’après-Covid

La pandémie a ravivé les débats sur les règles budgétaires du traité de Maastricht. Ce cadre budgétaire (60% de dette, 3% de déficit) décidé il y a 30 ans demeure la règle alors que la crise sanitaire a obligé les États et les instances bruxelloises à recourir au « quoi qu’il en coûte » sous peine de voir s’effondrer l’économie du Vieux continent. Les États ont ainsi adopté des clauses suspensives permettant de déroger à certaines dispositions du pacte.

La mise en œuvre du plan de relance dans le cadre de Next Generation EU a changé considérablement les débats sur les règles budgétaires à l’échelle nationale. « Aux dettes publiques nationales s’ajoute une dette publique européenne qui n’est pas financée pour le moment par des ressources fiscales. Comment intégrer cette dette publique européenne à la mesure des dettes publiques nationales ? », s’interrogent les économistes de l’OFCE Jérôme Créel et Xavier Ragot dans l’ouvrage « L’Économie européenne 2022 » (éditions La Découverte).

En effet, la Commission européenne et les États européens ont adopté des instruments permettant de lever de la dette en commun. Pour les forces vives de la NUPES, ces changements peuvent représenter une opportunité à condition de s’entendre.  « À l’occasion de la crise sanitaire, certaines règles budgétaires et sur la concurrence ont été suspendues. Une brèche a été ouverte dans laquelle nous devons nous engouffrer pour obtenir des changements de grande ampleur », indiquent les auteurs de l’accord.

L’opt-out, le désengagement des traités écarté par la NUPES

La possible sortie des traités européens, un temps évoquée par Jean-Luc Mélenchon, a alimenté la crainte d’un Frexit en France. Face à ces doutes, le candidat de la France insoumise avait expliqué lors d’un entretien accordé à France 3 à l’automne dernier avoir modifié sa stratégie. « J’ai changé de tactique par rapport à l’Europe. Si vous en faites un problème global, vous n’arriverez jamais à en discuter. […] J’irai devant les institutions européennes pour leur proposer l’opt-out (sur un sujet précis). Autrefois d’autres pays l’ont fait et d’autres pays le font encore […] je n’appliquerai plus aucune directive contradictoire au programme sur lequel les gens m’auront élu », avait déclaré le député de Marseille. Cette option ne figure plus dans le communiqué. « Le gouvernement que nous formerons pour cette législature ne pourra avoir pour politique la sortie de l’Union, ni sa désagrégation, ni la fin de la monnaie unique » indique la NUPES.

Le nucléaire au centre des dissensions

L’autre sujet de clivage important au sein de la NUPES est la question du nucléaire. Sur ce point particulièrement inflammable, Jean-Luc Mélenchon a prévu une sortie du nucléaire progressive d’ici 2050 en s’appuyant sur des scénarios dessinés par l’association négaWatt.

En parallèle, le leader de la France insoumise propose un modèle énergétique basé à 100% sur les énergies renouvelables et une plus grande sobriété. De son côté, le Parti communiste français (PCF) est un ardent défenseur de l’énergie nucléaire, pilier du modèle énergétique tricolore développé à partir des années 60 notamment.

Du consensus sur les retraites, le SMIC ou la fiscalité des plus riches

De la retraite à 60 ans en passant par la revalorisation d’un SMIC à 1.400 euros net ou le blocage des prix sur les produits de première nécessité… les différents partis de la NUPES ont trouvé de multiples sujets de consensus d’après la liste dévoilée la semaine dernière. Au sujet de la fiscalité, la nouvelle alliance compte bien rétablir l’impôt sur la fortune supprimé par Emmanuel Macron en 2017 et mettre fin à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI).

Sur le plan social, l’accord propose l’organisation d’une grande conférence sur les salaires, les conditions de travail et la formation. La NUPES veut également renforcer la représentation des salariés dans les conseils d’administration des entreprises sans toutefois leur donner plus de pouvoir comme le préconise l’économiste Thomas Piketty. Les partis signataires veulent également abroger la loi El Khomri particulièrement contestée en 2016 par la rue et les syndicats. En dépit de ces points de ralliement, la bataille de la campagne des législatives sur le terrain promet d’être ardue.

Par Grégoire Normand, publié le 14 mai 2022 à 11h29

Photo en titre : Jean-Luc Mélenchon avait réuni ses sympathisants le week-end dernier à Auvervilliers. (Crédits : Reuters)

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