LE REVERS ÉLECTORAL DE MACRON VA COMPLIQUER LA RÉORGANISATION D’EDF

PARIS, 20 juin (Reuters) – La perte de la majorité absolue du parti d’Emmanuel Macron et de ses alliés à l’Assemblée nationale va probablement compliquer la mise en œuvre du projet de réorganisation d’EDF car le processus implique un certain nombre de modifications législatives, selon des sources au fait du sujet interrogés par Reuters.

Le gouvernement avait dû mettre en suspens l’été dernier un précédent plan de réorganisation, nommé « Hercule« , en raison de désaccords persistants avec Bruxelles et les syndicats.

Selon ses promoteurs, le projet devait donner de nouveaux moyens à EDF en logeant dans une structure publique son parc nucléaire – dont la régulation actuelle ne couvre pas les coûts et contraint le groupe à s’endetter – tandis que ses activités dans les énergies renouvelables et la distribution d’électricité formeraient un ensemble ouvert à des investisseurs privés.

Emmanuel Macron espérait relancer la réorganisation d’EDF après sa réélection au mois d’avril, dans un contexte de guerre en Ukraine qui menace la sécurité d’approvisionnement en énergie de l’Europe et fait bondir les prix, mais les élections législatives de dimanche vont contraindre le gouvernement à des compromis et risquent de freiner la marche des réformes voulues par le chef de l’État.

« Il est compliqué de mesurer les conséquences [des législatives sur la réforme d’EDF], c’est un peu tôt et le gouvernement n’a jamais donné les détails de son nouveau projet. Mais ça ne semble pas idéal« , a déclaré lundi à Reuters une source proche de la direction du groupe.

L’un des enjeux majeurs des prochaines semaines résidera dans la capacité d’Emmanuel Macron à conclure un accord de coalition avec Les Républicains – qui ont pour l’instant rejeté cette hypothèse -, faute de quoi des négociations devront être engagées sur chaque projet de loi.

« Le risque réel est de voir toutes les propositions du président Macron retoquées par les oppositions (…) et de laisser EDF dans une forme de statu quo, ce qui nous inquiète« , a indiqué Sébastien Michel, secrétaire fédéral de la FCE CFDT chargé de la politique énergétique et de la transition écologique.

 « BIEN PLUS DIFFICILE À FAIRE PASSER« 

Les difficultés structurelles de financement d’EDF ont incité le gouvernement à envisager une renationalisation complète du groupe qui pourrait passer par un rachat des actions détenues par les actionnaires minoritaires, sans nécessité de passer par le Parlement. Mais il ne s’agirait que d’une première étape.

« Le projet de réorganisation s’annonce bien plus difficile à faire passer car un certain nombre de sujets devraient impliquer un vote du Parlement« , estime une source au fait des scénarios de réorganisation d’EDF, citant notamment la révision de la régulation censée garantir les prix de vente du nucléaire.

Un porte-parole d’EDF a insisté lundi sur « la nécessité d’avoir une réforme pour (le groupe), rapidement« .

Il a également souligné qu’il s’agirait d’un processus global incluant la mise en place d’une nouvelle régulation et d’une nouvelle organisation de l’entreprise pour continuer à l’inscrire dans le cadre du marché européen de l’électricité et lui permettre de jouer pleinement son rôle dans la transition énergétique.

EDF subit par ailleurs l’indisponibilité d’environ la moitié de son parc nucléaire historique et la décision du gouvernement de l’obliger à céder davantage de nucléaire à bas prix à ses concurrents pour limiter la hausse des tarifs de l’électricité.

Dans ce contexte, il a dû procéder au début du printemps à une augmentation de capital de 3,16 milliards d’euros, à laquelle l’État a souscrit à hauteur de 2,7 milliards environ, et le ministre français de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a déclaré au sujet d’une possible nationalisation que « toutes les options (étaient) sur la table« .

Des analystes de JPMorgan ont indiqué lundi s’attendre à ce que le président de la République poursuive la renationalisation complète d’EDF et à ce que l’exécutif fixe un prix garanti pour l’ensemble de la production nucléaire français, bien qu’un feu vert de la Commission européenne soit nécessaire sur ce point.

Dans tous les cas, le calendrier et le déroulement du processus « sont incertains à ce stade« , ont-ils cependant ajouté dans une note.

© Reuters 2022

Avec Silvia Aloisi, publié le 20/06/2022 à 17h27

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