CIGÉO – DUP, OIN : DEUX DÉCRETS SCÉLÉRATS AU SERVICE DU NUCLÉAIRE ET UNE MENACE XXL POUR NOTRE TERRITOIRE

Le gouvernement vient d’accorder l’utilité publique pour le projet d’enfouissement des déchets radioactifs les plus dangereux alors que celui-ci fait l’objet de toujours plus de remise en question d’ordre technologique et d’oppositions. La Coordination Stop Cigéo exprime sa colère envers cette décision qui condamne un peu plus les territoires concernés : notre destin est-il de devenir la poubelle radioactive géante extensible de l’Europe ?

L’utilité publique de Cigéo au cœur de la relance du nucléaire

Si on pressentait depuis des mois l’imminence de la déclaration d’utilité publique, il a suffi d’écouter le discours de politique générale d’Élisabeth Borne mercredi 6 juillet pour comprendre que ce n’était plus qu’une question de jours. Le discours sentait l’affolement financier, avec EDF dans le rouge et des centrales potentiellement prêtes à lâcher, criblées de fissures et de corrosion. Le retour à la maison pour l’ex-fleuron national atomique a pour seul objectif de faciliter le chantier de renouvellement du parc nucléaire. Peu importe si ce n’est que de la communication destinée à camoufler la situation malheureusement durable dans laquelle nous enfermerait la construction de nouveaux réacteurs nucléaires. Peu importe si les générations de consommateurs à venir doivent payer le prix des mensonges bornés des défenseurs de l’atome. Peu importe si ce dramatique entêtement nous fait définitivement manquer le coche du défi climatique. Peu importe s’il induit des déchets qui débordent de leurs piscines et de leurs sites de stockage à hauts risques.

Dans la logique gouvernementale, l’annonce de l’utilité publique de Cigéo était le corollaire de la relance du nucléaire. Son sort était scellé : comment annoncer la construction de nouveaux réacteurs sans solution de façade aux déchets ?

Une utilité publique de circonstance, sur une montagne de doutes majeurs

En effet, si le rapport d’enquête publique rendu en amont par les commissaires enquêteurs est favorable, on peut douter sérieusement de son impartialité. 

Quels éléments leur ont permis de conclure que le public est majoritairement favorable à Cigéo ? La commission d’enquête annonçait que : « l’enquête publique aura amené de nombreuses contributions du public, la plupart fort argumentées, la majorité en faveur du projet ». Pourtant, les avis récoltés au cours de la consultation sont bien moins unanimes. 4 158 contributions ont été recueillies, parmi lesquelles trois pétitions en défaveur de Cigéo regroupant 2 129 dépositaires. « Sur le plan purement comptable, si l’on prend en compte les pétitions, le public est majoritairement opposé au projet », admettaient les commissaires. Que font-ils par ailleurs de l’avis de l’Autorité Environnementale déposé début 2021 et qui alerte sur de nombreuses inconnues et défaillances de l’étude d’impact de Cigéo produite par l’Andra. Que font-ils des délibérations défavorables déposées par des communes du sud meusien ? Que font-ils des multiples réserves exprimées par des conseils municipaux inquiets ?

L’État veut accélérer l’implantation de Cigéo. Avec cette utilité publique, il a choisi d’accorder toute liberté à l’Andra, alors que l’Agence repousse à plus tard toutes réponses aux questions largement exprimées en 2021. Une démarche que dénoncent de nombreuses associations et ONG.

À savoir que l’Opération d’intérêt national également décrétée permettrait de déroger à certaines règles d’urbanisme en donnant tous les pouvoirs à l’État au détriment des collectivités locales.

Le gouvernement balaye nos courriers, sa seule réponse est la publication d’un décret !

Du dépôt de la demande d’utilité publique en août 2020 à aujourd’hui, malgré le silence qu’il nous a toujours opposé, nous avons continué d’alerter le gouvernement sur l’indigence du dossier de l’Andra et sur l’irresponsabilité de celui ou celle qui signerait le décret. Notre dernier courrier en date du 16 juin 2022 à Élisabeth Borne, nommée fraîchement Première Ministre, insistait une fois de plus sur l’ampleur des zones d’ombre et sur la nécessité de répondre à nos nombreuses demandes avant que ne soit prononcée l’utilité publique du projet. Un courrier parmi d’autres qui restera lettre morte ! La seule et unique réponse apportée à nos inquiétudes est la signature d’un décret qui entérine définitivement le mépris du gouvernement, auquel il est habitué. Cette décision confirme que Cigéo ne peut s’imposer que par la force, derrière une pluie de consultations et le mirage de la démocratie.

Derrière l’utilité publique de Cigéo, le projet d’étendre encore le stockage radioactif ?

Un surprenant rapport 1 émanant du gouvernement, relatif aux projets annoncés de construction de 6 nouveaux réacteurs EPR, a été publié en février 2022. Aucun débat démocratique global sur un tel projet n’a eu lieu. 

Mauvaise surprise : le territoire de Bure est pressenti pour accueillir une extension de Cigéo : « Pour les déchets  les  plus radioactifs (destinés au stockage géologique profond), dans l’hypothèse d’un programme de six réacteurs EPR2, il n’est pas identifié à ce stade d’éléments rédhibitoires à leur accueil dans le centre Cigéo actuellement en cours de développement pour les déchets du parc existant« . Rien n’empêchera le futur centre d’accueillir les déchets des EPR. Mais ça impliquera « un allongement de la durée de vie de l’installation, une augmentation de l’emprise du stockage et un impact radiologique supplémentaire».

Cigéo 2, ça passe ou ça craque ?

Lors de son audition à l’OPECST2, le 17 mai 2022, le directeur de l’ASN Bernard Doroszczuk, sur les grandes orientations du cinquième Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (qui n’est toujours pas validé) confirmait l’hypothèse et alertait sur l’acceptabilité du projet par une population appelée jusque-là à subir : « Cigéo a été conçu pour accueillir les déchets du parc actuel avec une durée de vie de cinquante ans. Si le fonctionnement du parc est prolongé au-delà de cinquante ans, et a fortiori si de nouveaux réacteurs sont construits et si le retraitement est abandonné, cela imposerait la création de nouvelles zones à l’intérieur du stockage souterrain et une extension de Cigéo – avec toutes les questions que ça pose – d’emprise sur le territoire et d’acceptation du projet par la population. » Alors même que l’Andra n’a toujours pas prouvé la faisabilité de la première tranche de Cigéo, tant technologique que financière, un plan d’extension serait déjà à prévoir et budgétiser ! Il est plus que temps que l’ensemble des communes et des collectivités meusiennes, haut-marnaises, voire vosgiennes concernées ouvrent enfin les yeux sur une scandaleuse politique du fait accompli et sur le destin que leur impose un gouvernement sans état d’âme ! 

La Coordination Stop Cigéo ne manquera pas d’attaquer ces décrets scélérats : la riposte juridique se prépare de longue date et n’attendait que leurs publications.

Elle invite tous ses soutiens à venir au Festival Les Bure’lesques du 5 au 17 août à Hévilliers près de Bure (https://burefestival.org/)

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1 – https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/2022.02.18_Rapport_nucleaire.pdf : Extrait, p.55

2 – https://reporterre.net/Pannes-en-serie-nouveaux-reacteurs-l-ASN-reclame-un-plan-Marshall-du-nucleaire

Publié le 8 juillet 2022

https://cedra52.jimdofree.com/2022/07/08/cp-stop-cigeo-dup-oin-deux-d%C3%A9crets-sc%C3%A9l%C3%A9rats-au-service-du-nucl%C3%A9aire-et-une-menace-xxl-pour-notre-territoire/