GUERRE EN UKRAINE : POURQUOI LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE ZAPORIJJIA CATALYSE-T-ELLE LES TENSIONS ?

Occupée par les Russes depuis début mars, la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, est devenue un enjeu de la guerre en Ukraine. Emmanuel Macron doit s’entretenir avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky à ce sujet ce mardi 16 août.

Une cocotte-minute au cœur de l’Europe ? Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le risque nucléaire à Zaporijjia est bien réel. « Tout incident radioactif à la centrale nucléaire de Zaporijjia peut porter un coup aux pays de l’Union européenne, à la Turquie, à la Géorgie, et à des pays de régions plus éloignées. Tout dépend de la direction et de la force du vent », a-t-il prévenu ce lundi 15 août avant de demander à la communauté internationale de nouvelles sanctions contre Moscou. Emmanuel Macron doit s’entretenir avec son homologue ukrainien ce mardi en fin de matinée « notamment pour aborder la situation autour de la centrale de Zaporijjia », précise l’Élysée.

Au sud-est de l’Ukraine, la centrale installée au bord du Dniepr est devenue un point névralgique de la guerre. Occupée par les Russes depuis début mars, elle constitue un sujet de crispation ces dernières semaines alors que des frappes ont visé le site. Dmytro Orlov, le maire de la ville d’Energodar, où est installée la centrale, dénonce des tirs de mortier devenus quotidiens.

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Les deux pays s’accusent mutuellement de ces attaques qui pourraient déclencher une catastrophe nucléaire. Prenant la menace au sérieux, le Conseil de l’Onu s’est réuni la semaine dernière. Le directeur de l’Agence internationale à l’énergie atomique (AIEA) a alors demandé une mission d’expertise pour inspecter le site « dans les plus brefs délais ».

La plus grande centrale d’Europe

Dans les premières semaines de l’invasion de l’Ukraine, la communauté internationale craignait déjà une catastrophe nucléaire à Tchernobyl. Les soldats russes s’étaient alors emparés de l’infrastructure tristement célèbre. L’AIEA avait invité « à un maximum de retenue pour éviter toute action qui mettrait les sites nucléaires du pays en danger ». Un ingénieur en fonctionnement accidentel d’installations nucléaires, interrogé par Marianne avait alors tempéré les inquiétudes, jugeant impossible la reproduction de la catastrophe de 1986, alors que les réacteurs sont à l’arrêt depuis 22 ans. « Les matières radioactives étaient à ce moment-là très concentrées, il s’agissait de centaines de tonnes d’uranium au même endroit : le cœur. Aujourd’hui, elles sont stockées sur l’installation et n’ont plus la même composition ni configuration qu’en 1986. » Cela n’excluait toutefois pas des conséquences dramatiques au niveau local.

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Avec près de 6 000 mégawatts de puissance, Zaporijjia est la centrale nucléaire la plus importante d’Europe. Et les équipes techniques sur place continuent de faire fonctionner le site malgré la présence de 500 militaires russes, selon les autorités ukrainiennes. Un site en fonctionnement, contrairement à Tchernobyl, qui a davantage de quoi inquiéter. Le 11 août dernier, Paris a appelé la Russie à retirer ses soldats de la centrale. « La France est très préoccupée par la menace grave que fait peser la Russie sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires ukrainiennes. »

Par Marius François, publié le 16/08/2022 à 12h09

Photo en titre : Volodymyr Zelensky craint une catastrophe nucléaire à la centrale de Zaporijia. UKRINFORM AGENCY / SIPA

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