LES VINGT-SEPT VISENT DE NOUVELLES INDUSTRIES RUSSES MAIS PAS LE NUCLÉAIRE

Les États membres ont progressé au cours du week-end sur le champ de nouvelles rétorsions. Elles devraient viser les importations de diamants russes et les exportations de nouvelles technologies civiles. La Commission doit présenter rapidement des recommandations sur le traitement des déserteurs russes.

La réunion du groupe de réponse aux crises politiques déclenchée par la présidence tchèque de l’UE, ce lundi, s’est exceptionnellement déroulée en présence des ambassadeurs de tous les États membres de l’Union. Suite à une forte intervention franco-allemande, un très large consensus s’est dégagé sur la question du traitement à réserver aux Russes qui cherchent à échapper à la mobilisation partielle décrétée par Vladimir Poutine mercredi dernier .

L’idée générale est de trouver le bon équilibre entre la nécessité de protéger le territoire de l’UE, en particulier celui des pays frontaliers de la Russie (Baltes, Pologne, Finlande), et les obligations internationales qui découlent du droit humanitaire. En conclusion, la présidence tchèque a demandé à la Commission européenne de rédiger au plus vite des lignes directrices sur l’émission de visas humanitaires pour ces Russes en fuite.

Nouvelles sanctions

La semaine dernière, les Baltes avaient adopté la ligne la plus dure , estimant que jusqu’ici ces personnes en fuite s’étaient très bien accommodées des atrocités commises en Ukraine par les forces russes.

Les ambassadeurs se sont aussi consultés sur de nouvelles sanctions contre Moscou, pensées comme un deuxième renforcement du sixième paquet de mesures adopté en mai. Les pays les plus véhéments (toujours les Baltes et les Polonais), réclamaient un arrêt de la coopération nucléaire avec Moscou.

Réacteurs russes

La Hongrie, très dépendante de l’énergie russe, s’y est opposée. « Malheureusement, certaines entités au sein de l’UE […] ne cessent d’essayer de mettre des obstacles aux investissements nucléaires », a regretté lundi le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto, à la tribune de la Conférence générale annuelle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à Vienne.

En Hongrie doit démarrer sous peu le chantier de deux nouveaux réacteurs nucléaires, en collaboration avec le conglomérat russe Rosatom. Ils compléteront les quatre tranches actuelles, alimentées avec du combustible provenant de Russie, qui assurent près de la moitié de la production nationale d’électricité.

Diamants interdits

La Bulgarie, déjà privée de gaz russe, était elle aussi inquiète car son unique centrale nucléaire produit environ le tiers de l’électricité du pays. Une majorité d’États membres estime que le tort causé à l’économie russe serait dans ce domaine moindre que le dommage subi par certaines économies de l’UE.

En revanche, on s’achemine vers une interdiction des importations de diamants russes, une activité lucrative. L’ONG Transparency International réclame en outre qu’on ajoute la société Alrosa et son patron Sergueï Ivanov à la liste noire de l’UE. Il devrait aussi y avoir de nouvelles interdictions d’exportation vers la Russie de technologies civiles sensibles.

Plafonnement

Des travaux se poursuivent en outre sur un prix plafond pour le pétrole russe. Il s’agirait d’une déclinaison européenne de l’accord en cours de finalisation au sein du G7 . La Commission doit faire des propositions formelles cette semaine. Elles pourraient être validées par les Vingt-Sept au sommet informel de Prague, le 7 octobre.

En attendant, le Premier ministre hongrois Viktor Orban continue de critiquer le principe des sanctions, selon lui inefficaces. « L’Europe s’est tiré une balle dans le pied […] Un nain impose des sanctions à un géant, alors que les sanctions ne peuvent fonctionner que si c’est l’inverse », a-t-il lancé lundi à Budapest, dans un discours au Parlement.

Par Karl De Meyer, (Bureau de Bruxelles) publié le 26 sept. 2022 à 18h02 

Photo en titre : Les quatre réacteurs de la centrale de Paks en Hongrie vont être complétés par deux autres construits par le Russe Rosatom. (Akos Stiller/Bloomberg)

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