LETTRE AU PRÉSIDENT MACRON À L’OCCASION DE SA VISITE À SAINTES

Monsieur le Président,

Vous honorez aujourd’hui de votre présence le Lycée général, technologique et professionnel Bernard Palissy de Saintes.

Il se trouve que c’est mon ancien lycée. J’y ai enseigné la philosophie pendant dix ans, jusqu’à ma retraite en 2005 (à 61 ans), après l’avoir fait au Lycée général et technologique Léonce Vieljeux de La Rochelle et au Lycée Expérimental, Polyvalent et Maritime en Oléron (LEPMO, aujourd’hui CEPMO), dont j’avais provoqué la création en 1982.

Je suis heureux que vous rendiez ainsi hommage à l’enseignement technique, à ses élèves et à ses personnels. J’aurais souhaité pouvoir vous le dire de vive voix, en même temps que mon profond désaccord avec deux aspects (entre autres) de votre politique : la réforme des retraites, et le développement de l’arme nucléaire. Ces deux aspects représentent à mes yeux un déni de démocratie.

Sur le premier point, d’autres que moi vous le diront avec la seule arme démocratique qui leur reste, faute de référendum : l’arme de dérision massive que sont les casseroles et les cuillers en bois. Nettement moins coûteuses et moins dangereuses que nos armes nucléaires. Mais tout aussi peu efficaces, semble-t-il. *

Sur le second point, j’aurais bien des choses à vous dire, sachant que depuis 37 ans je réfléchis et agis en faveur de l’abolition des armes nucléaires – exactement depuis janvier 1986 et l’appel de Mikhaïl Gorbatchev : « Plus aucune arme nucléaire d’ici l’an 2000 ! ». Je vous les ai d’ailleurs écrites à plusieurs reprises, y compris avant votre élection de 2017, lorsque j’ai déposé à votre QG de campagne parisien un mémorandum sur le sujet, qui vous a été transmis. En vain, hélas. Autant taper sur une casserole…

Nos armes nucléaires, pas plus que celles de l’OTAN, n’ont empêché Vladimir Poutine d’envahir l’Ukraine, puis d’utiliser les siennes pour protéger son invasion. Mais puisqu’elles n’empêchent aucune guerre « conventionnelle », que comptez vous en faire, si par malheur M. Poutine nous attaquait ou attaquait l’un de nos alliés européens ? Les utiliser, au risque de provoquer l’anéantissement de la France et de son peuple ? En fait, ces armes exorbitantes sont militairement inefficaces, moralement inacceptables, et pratiquement inutilisables – sauf par un fou, qu’elles ne sauraient dissuader.

Faites en donc, Monsieur le Président, le seul emploi possible : posez les sur une table de négociations comme monnaie d’échange en vue d’obtenir l’élimination planifiée et dûment contrôlée de toutes les armes nucléaires. Invitez vos homologues dotés de ces armes, M. Poutine compris, à mandater des plénipotentiaires pour négocier leur abolition, à Paris ou ailleurs… Pourquoi pas à Saintes, ville membre du Réseau « Abolition 2000 » et des Maires pour la Paix, siège de rencontres internationales pour le désarmement NBC, et foyer de la Flamme du Désarmement Nucléaire ?

La France est tenue à ces négociations par l’article 6 du TNP, depuis son adhésion en 1992. En tant que garant des traités selon la Constitution, vous devez respecter et faire respecter cet engagement.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes convictions républicaines.

Par Jean-Marie Matagne, (Président d’ACDN, Docteur d’État en Philosophie, ) publié le 04 mai 2023

Pour retrouver cet article et une courte vidéo de la casserolade d’accueil, cliquer sur : https://www.acdn.net/spip/spip.php?article1324&lang=fr