Mar 31

CUVE DE L’EPR DE FLAMANVILLE : L’INCROYABLE LÉGÈRETÉ D’AREVA ET EDF

Cuve EPR le CreusotLa forge du Creusot est dans le collimateur de l’industrie nucléaire pour avoir fabriqué des pièces douteuses. Des documents prouvent qu’EDF et Areva étaient alertées dès 2005.

Jamais l’industrie nucléaire française n’avait connu un tel scandale. Et cette affaire qui remet en cause toute la chaîne de contrôle d’une filière déjà ébranlée par la catastrophe de Fukushima. La forge du Creusot a fourni des pièces non conformes à la réglementation à plusieurs centrales. Parmi elles, la cuve de l’EPR de Flamanville qui attend toujours d’être validée par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN). Pourtant, deux documents obtenus par France Inter, et plusieurs témoignages démontrent qu’EDF et Areva avaient été alertées dès 2005 des dysfonctionnements de cette usine. Malgré cela, les deux industriels ont continué à lui confier des fabrications sensibles.

La forge du Creusot est un morceau de l’histoire de la sidérurgie française. Installée depuis le XVIIIe siècle au cœur de la cité bourguignonne, elle a fabriqué des centaines de pièces qui ont équipé depuis les années 1960 les centrales nucléaires du monde entier. Mais elle a aussi connu une histoire récente mouvementée. Emportée dans la tourmente de la faillite de Creusot Loire en 1984, l’usine a failli disparaître plusieurs fois. En 2003, elle tombe dans l’escarcelle d’un homme d’affaires : Michel-Yves Bolloré. Le frère aîné de Vincent (qui a refusé de répondre à nos questions) n’est pas à proprement parler passionné par la sidérurgie, témoigne René Dumont, qui dirigeait la forge à l’époque :

L’objectif de Bolloré était financier, il n’était pas spécialement technique. Je n’ai pas pu lui faire parler de stratégie industrielle.

De nombreux cadres désertent alors la forge. Au Creusot, on voit arriver de nouveaux sous-traitants, qui ne connaissent pas toujours bien le métier. L’usine connaît alors de nombreux problèmes de fabrication : pièces rebutées, suivi de la qualité défaillant… Comme l’ont déjà révélé nos confrères de l’Obs (article abonnés), les bâtiments sont mal entretenus et la forge s’éloigne peu à peu des standards extrêmement élevés requis par le nucléaire. Or, Areva et EDF étaient informés de cette situation. En témoignent deux courriers de l’ASN à l’électricien, jamais publiés jusqu’à aujourd’hui. Le premier remonte au 16 décembre 2005, presqu’un an avant la fabrication des éléments de la cuve de l’EPR. Il pointe du doigt les problèmes de qualité que rencontre le site bourguignon.

Enquête Secrets d’Info de Sylvain Tronchet 

Pour écouter et voir une vidéo révélatrice (1mn23s) et accéder aux principaux documents de 2005 et 2006 : https://www.franceinter.fr/sciences/cuve-de-l-epr-de-flamanville-l-incroyable-legerete-d-areva-et-edf