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Mai 27

LES USA AU BORD D’UNE CATASTROPHE NUCLÉAIRE

USA catastropheUn groupe de scientifiques de l’Université de Princeton accuse de négligence la Nuclear Regulatory Commission des États-Unis pour s’être appuyée sur des données erronées lors de l’adoption d’un programme de mesures contre la menace radioactive.

Dans la plupart des centrales nucléaires américaines, le combustible nucléaire se trouve à proximité des déchets radioactifs. Même après l’évacuation du combustible de la zone active du réacteur, les produits radioactifs ne cessent de se désintégrer et continuent d’émettre de la chaleur. Toutes les centrales conservent donc le combustible usé pendant au moins quatre ans au fond de bassins profonds, où il se refroidit assez lentement. Là est le principal problème, estiment les auteurs de l’article publié dans la revue Science.

De très nombreuses barres de combustible sont stockées de manière très dense dans ces bassins, ce qui les rend très instables. L’inaction de la NRC augmente le risque d’incendie radioactif dans les zones de refroidissement du combustible nucléaire usé à proximité des réacteurs.

Le physicien Frank von Hippel estime qu’en cas d’incendie dans l’une des centrales les plus anciennes des USA, située dans la ville de Peach Bottom (Pennsylvanie), le nuage radioactif pourrait couvrir un territoire deux fois plus important que New Jersey (près de 50 000 km²), ce qui provoquerait le déplacement de 8 millions de personnes et entraînerait des pertes financières de 2 000 milliards de dollars.

Les scientifiques estiment que la commission a pu commettre sciemment des erreurs lors de l’analyse de la menace potentielle. Frank von Hippel affirme que l’industrie nucléaire a fait pression sur la NRC de manière directe et indirecte (via le Congrès) pour minimiser les répercussions potentielles d’une catastrophe.

Selon la NRC, un incendie dans un bassin de combustible usé à proximité d’un réacteur nucléaire pourrait se traduire par 125 milliards de dollars de pertes. Le même rapport souligne qu’une transmission plus rapide des barres vers des conteneurs secs pourrait réduire de 99% les émissions radioactives en cas d’incendie. Mais comme l’éventualité d’un tel scénario est très faible, « de telles mesures de sécurité sont injustifiées« , argue la NRC. Pour l’instant, les entreprises ne sont donc pas obligées de dépenser des millions de dollars pour les mettre en œuvre.

Les chercheurs sont au contraire certains que le risque de catastrophe est trop sensible pour garder le silence et négliger les mesures de sécurité. Un désastre peut être provoqué par n’importe quel incident — d’un important séisme à un attentat. La NRC nie la possibilité d’attentat, tout comme le fait qu’une catastrophe pourrait toucher le territoire situé dans un rayon de plus de 80 kilomètres des centrales. L’incapacité de donner une estimation réelle de ces conséquences pourrait se solder par un accident, affirme Frank von Hippel.

Ce n’est pas la première fois que les experts de l’Université de Princeton publient des articles appelant la NRC à prendre des mesures pour minimiser les risques de catastrophe. Leurs travaux précédents soulignaient déjà les nombreuses erreurs commises dans les rapports de la commission.

Les chercheurs s’appuient sur les données connues de l’accident à la centrale de Fukushima, où un séisme de magnitude 9.0 a provoqué un tsunami qui a inondé les générateurs de réserve, ce qui a privé la centrale d’électricité et a coupé le système de refroidissement des réacteurs. En résultat, le combustible nucléaire des réacteurs 1, 2 et 3 s’est mis à fondre, suscitant un incendie et plusieurs explosions.

Selon les estimations de l’Agence japonaise de sécurité nucléaire et industrielle, le volume de césuim-137 émis dans l’atmosphère lors de l’accident équivalait à celui de 168 « Little Boy » — la bombe qui avait été lancée sur Hiroshima en 1945. Cette catastrophe a été qualifiée d’incident de niveau 7 (le plus élevé) au classement des événements nucléaires. 88 000 personnes ont été évacuées du territoire situé dans un rayon de 50 km de la centrale — ce chiffre est pratiquement doublé si l’on prend en considération ceux qui ont quitté leur maison de leur propre gré. 1 100 km² de territoire sont désormais inhabitables. Selon les estimations, la liquidation des conséquences de l’accident a coûté environ 200 milliards de dollars.

Les chercheurs ont également utilisé les données de la catastrophe de Tchernobyl pour élaborer un scénario probable selon les conditions météorologiques de 2015. Ainsi, un accident éventuel à Peach Bottom pourrait affecter New York, Philadelphia, Baltimore et Washington DC.

Si la commission ne prenait aucune mesure, l’affaire pourrait être reprise par le Congrès, rappelle Frank von Hippel. Selon lui, il est nécessaire que les États subventionnant les réacteurs nucléaires n’octroient des fonds qu’à des centrales qui s’engagent à stocker le combustible usé dans des conteneurs scellés en béton (stockage à sec). Sinon, une inondation forte, un tsunami ou un séisme pourraient susciter une catastrophe globale.

https://fr.sputniknews.com/presse/201705261031556757-usa-catastrophe-nucleaire/