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Juin 04

UN PASTEUR PACIFISTE CONTRE LE NUCLÉAIRE

FRIEn 1973, Gilbert Nicolas rejoint l’équipage de la goélette Fri, pour protester contre les essais français dans le Pacifique, à Mururoa… Dimanche 4 juin 2017 à 20h55 sur France Ô

Le pasteur Gilbert Nicolas ne croit pas aux miracles. Il les provoque. Une foi à faire stopper des essais nucléaires. Il l’a éprouvée dans de nombreuses luttes à travers le monde. L’expédition du Fri (« liberté » en ­danois), relatée dans ce documentaire dont il est le témoin central, reste à part. Il le raconte dans Un bateau nommé liberté (éd. Goutte de Sable). « Une aventure extraordinaire qui m’a donné un surplus de vie », ­résume cet homme de 84 ans qui, en février 2017, a été matraqué par des CRS lors d’une manifestation contre l’extrême droite à Quimper.

Nous avons essuyé une tempête qui a bien failli nous faire renoncer.” 

Mars 1973, Gilbert Nicolas, déjà pasteur mais aussi docker à Marseille, découvre une annonce dans Peace Magazine. L’association Peace Media cherche un équipage pour aller contester les essais nucléaires français en Polynésie française. « J’étais disponible, j’avais l’argent pour le voyage, je suis donc parti. » Il embarque avec douze autres personnes sur ce voilier cargo de 1912, plus habitué au cabotage. Le voilà promu vaisseau mère de la flotte pacifiste à destination de Mururoa. Une opération qui s’inspire de celle qui a été menée et réussie par Greenpeace un an et demi auparavant autour de l’île d’Amchitka (au large de l’Alaska), lieu d’essais américains. « Nous pensions que le moyen de nous opposer aux essais était de nous mettre délibérément sous les retombées radioactives. » 

Le 24 mars, le Fri quitte Whangerei, au nord d’Auckland (Nouvelle-Zélande). « Nous avions pris la route vers le sud, vers les quarantièmes rugissants, pour éviter les vents, explique l’ancien pêcheur, natif du Finistère, mais nous avons essuyé une tempête qui a bien failli nous faire renoncer. » Le bateau prend l’eau, « une tonne et demie à l’heure, nous devions pomper jour et nuit ». La suite est plus calme, le rafiot tient bon et l’équipage navigue à vue et avec les moyens du bord. « Nous n’avions qu’une simple carte marine du Pacifique, se souvient Gilbert Nicolas ; d’ailleurs David Moodie, le capitaine, disait en plaisantant : « Si mes calculs sont exacts, nous sommes à 80 kilomètres à l’intérieur des terres ». »

Le 17 juillet, la marine française passe en effet à l’action

Après cinq mois de navigation, Mururoa est en vue. Sur terre, sous l’impulsion de Jean-Jacques Servan-Schreiber, patron de L’Express et militant antinucléaire, la contestation s’organise. Le Fri devient un symbole de cette opposition. Un « bataillon de la paix »  composé du général Jacques de Bollardière (connu pour avoir dénoncé la torture en Algérie), de l’abbé Jean Toulat, du philosophe Jean-Marie Muller et de l’écologiste Brice Lalonde embarque sur le bateau. « C’était très sympathique, on arrivait en Californie chez des copains hippies », confesse ce dernier dans ce documentaire réalisé par François Reinhardt. « Il s’agissait d’une opération médiatique, car en tout et pour tout ils ne sont restés que deux jours à bord », explique Gilbert Nicolas. Le 17 juillet, la marine française passe en effet à l’action. « C’était très impressionnant, tous ces bateaux et ces avions qui nous survolaient. » Dans un ultime acte de contestation, le capitaine se jette nu, « pour symboliser sa liberté », dans l’océan. Un deuxième homme le suit. Les autres sont immobilisés manu militari : « Ils ont eu peur qu’il y ait un noyé. » Les membres d’équipage sont confinés le temps des tirs. L’aventure du Fri prend fin. Gilbert Nicolas entame une grève de la faim qui va durer vingt-trois jours. Un an après l’odyssée du Fri, les essais nucléaires atmosphériques français ont été abandonnés au profit d’essais souterrains. « On y a peut-être très modestement contribué », conclut Gilbert Nicolas. 

Publié le 4 juin 2017 par Étienne Labrunie

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