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Juin 19

FESSENHEIM LA CENTRALE MARCHE TOUJOURS SUR UNE PATTE

FessenheimVoilà un an que le réacteur n° 2 de la centrale nucléaire de Fessenheim est arrêté, l’Autorité de sûreté ayant suspendu le certificat d’épreuve d’un de ses générateurs de vapeur pour un défaut de forgeage. L’instruction du dossier durera encore plusieurs mois.

Annoncé d’abord pour le mois de mars dernier, puis pour juillet, le redémarrage du réacteur n° 2 de Fessenheim devra encore attendre plusieurs mois. S’il redémarre un jour… Archives L’Alsace/Thierry Gachon

À l’arrêt du réacteur n° 2 le 13 juin 2016 pour maintenance et rechargement de combustible, EDF espérait le redémarrer quelque 60 à 90 jours plus tard. Mais le 19 juillet suivant, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) annonçait avoir suspendu le certificat d’épreuve d’un de ses trois générateurs de vapeur (GV) forgé au Creusot, une procédure jamais appliquée jusqu’ici, empêchant de facto la reprise de son exploitation.

L’audit mené à la demande de l’ASN au sein de Creusot-Forge après la découverte d’anomalies sur le couvercle et la cuve de l’EPR de Flamanville, avait en effet fait apparaître de lourdes incertitudes sur la qualité de conception de ce générateur de vapeur. « Sur 91 cas d’irrégularités significatives constatées, rappelle Pierre Bois, chef de la division strasbourgeoise de l’ASN, 25 présentaient un enjeu de sûreté. » 24 sont aujourd’hui maîtrisés. « N’en reste plus qu’un, toujours à l’instruction » : celui du GV n° 335 de Fessenheim 2.

Le réacteur n°2 pourra-t-il seulement redémarrer ?

« Le processus de forgeage de la virole basse de ce générateur de vapeur réalisé en 2008, n’a pas été mené conformément au dossier technique remis à l’ASN et aux règles de l’art », avait détaillé le gendarme du nucléaire au moment de la suspension du certificat. Il est précisé que « le chutage de la masselotte prévu en cours de forgeage n’a pas été réalisé », ce qui, en clair, signifie que la partie où se concentrent les impuretés n’a pas été suffisamment enlevée, avec des conséquences potentielles pour la sûreté nucléaire.

Ce défaut, identifié lors de la fabrication par Creusot-Forge, qui n’a pas jugé bon d’en informer ses clients, relève de « pratiques industrielles inacceptables », avait dénoncé Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN, au même titre que toutes les autres irrégularités constatées sur le site de Saône-et-Loire et signalées au procureur de la République (une enquête judiciaire est ouverte pour mise en danger d’autrui, faux et usage de faux et tromperie aggravée).

Alors que le doute subsiste toujours sur le devenir de la centrale, son exploitation à mi- puissance seulement depuis un an apporte de l’eau au moulin des antinucléaires, qui pointent les problèmes de sûreté (lire ci-dessous). « Le dossier est toujours à l’instruction et prendra encore quelques mois, explique pour sa part Pierre Bois. La démarche est unique en son genre et on n’a pas de chemin balisé à suivre. Raison de plus pour adopter une procédure exemplaire et une exigence de sûreté totale. »

EDF a fait fabriquer des pièces sacrificielles pour réaliser des tests chimiques, thermiques et mécaniques sur la résistance d’aciers présentant les mêmes défauts que la virole basse. En plus des allers-retours générés par les questions-réponses entre l’ASN et EDF, Areva, propriétaire des forges du Creusot, doit encore fournir des éléments sur la partie réalisation du GV.

Tout cela prend du temps, d’autant que les moyens de l’ASN sont également mobilisés par le dossier prioritaire de l’EPR. Le dossier complet devra encore être soumis à l’expertise scientifique et technique de l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), puis au groupe permanent d’experts, pour recommandations. Ces consultations nécessiteront à chaque fois plusieurs semaines, à tel point qu’une décision de l’ASN ne pourra intervenir au plus tôt qu’à l’automne.

Toutes les options sont ouvertes et commandées par les impératifs de sûreté. Après analyse de tous les éléments du dossier, « on peut imaginer que l’ASN juge le générateur de vapeur apte au service. Ou apte sous réserve de certaines conditions d’exploitation concernant les variations de pression ou de température, indique Pierre Bois. Ou qu’elle le juge inapte et demande son remplacement pour autoriser un redémarrage. »

À l’exploitant alors de voir s’il préfère relancer le réacteur en commandant un nouveau générateur de vapeur ou d’abandonner la moitié de la capacité de production de la centrale de Fessenheim. À moins que la politique de transition énergétique de la France ne décide pour EDF.

http://www.lalsace.fr/haut-rhin/2017/06/18/la-centrale-marche-toujours-sur-une-patte