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Juin 26

JAPON : LA CRAINTE D’UNE FRAPPE NUCLÉAIRE EST REVENUE DANS NOS ÉCOLES

JaponLa Conférence pour la négociation d’une convention sur l’interdiction des armes nucléaires se réunit du 26 au 30 juin à New York avec l’ambition d’aboutir à un texte. Le président de la Fédération des Sociétés de la Croix-Rouge, le Japonais Tadateru Konoé, explique l’importance de ce nouveau round de négociations

Les enfants de la côte ouest du Japon ont commencé à se préparer à un tir de missiles. Dans des scènes qui rappellent inévitablement le plus fort de la paranoïa et des peurs de la Guerre froide, les enseignants emmènent leurs élèves dans des gymnases en leur demandant de rester calmes tandis qu’ils attendent des nouvelles au sujet de l’explosion supposée d’une bombe.

La crainte d’une frappe nucléaire, et de la guerre nucléaire qui suivrait probablement, est revenue dans nos écoles, nos bureaux et nos maisons. La montée des tensions dans la péninsule coréenne a ramené sur le devant de la scène les dangers d’un monde où plus de 1800 armes nucléaires sont maintenues en état de haute alerte et peuvent être lancées à tout moment.

Cette crainte va de pair avec une immense incertitude. Nul ne sait s’il y aura une attaque, nul ne sait quand elle se produira. Mais il est une chose dont nous pouvons être absolument sûrs.

En tant que communauté mondiale, nous ne sommes absolument pas équipés pour faire face aux horribles conséquences d’une telle attaque. Si une arme nucléaire frappait une ville ou un centre de population, des dizaines de milliers de vies – peut-être plus – seraient anéanties en un cruel instant. Des milliers et des milliers de personnes survivraient, dans d’indicibles souffrances.

Civilisation annihilée

Il n’existe pas de moyen efficace ou réalisable de porter assistance à un nombre important de survivants après une explosion nucléaire.

Les hôpitaux et autres infrastructures médicales auraient disparu. Médecins et infirmiers seraient du nombre des morts et des blessés; ceux qui auraient survécu n’auraient rien pour faire leur travail. Les routes et les liaisons de transport seraient détruites, ce qui empêcherait d’acheminer l’aide avec ne serait-ce qu’un semblant de la célérité nécessaire. Un nuage radioactif descendrait, entravant plus encore les secours. Les gens mourraient dans d’atroces souffrances, seuls. Une civilisation serait annihilée.

Ne nous méprenons pas. Les retombées d’une bombe feraient fi des frontières nationales, tout comme les millions de réfugiés fuyant la dévastation et les radiations.

Plus de 1800 armes nucléaires sont maintenues en état de haute alerte et peuvent être lancées à tout moment

Ce n’est pas une supposition. Je le dis avec une certitude absolue. Une certitude acquise au cours d’une vie d’action humanitaire, et que je ressens parce que je suis Japonais. En tant qu’humanitaire, j’ai vu le pire de la souffrance – conflits et déplacements, lendemains de catastrophes naturelles ou dues à l’homme. Je sais que rien – pas même le littoral d’Aceh après le tsunami – ne saurait être comparé aux effets d’une explosion nucléaire.

Je sais ce que la communauté internationale peut faire pour organiser une action humanitaire. Ce ne serait pas suffisant – loin de là.

Une guerre sans vainqueur

En tant que Japonais, je connais les effets persistants d’une attaque nucléaire. Aujourd’hui, 72 ans après que les bombes ont été larguées sur Hiroshima et sur Nagasaki, nos hôpitaux de la Croix-Rouge traitent encore les cancers et les leucémies de personnes qui avaient été touchées par les explosions. Ces personnes endurent, depuis, la stigmatisation. Pour beaucoup, beaucoup de familles, ces bombes n’ont pas cessé d’exploser.

Les effets des bombes nucléaires modernes seraient bien pires.

J’écris ces mots, non pour alarmer, mais pour simplement énoncer les faits. Notre monde n’est pas rationnel et le risque d’un tir, d’une erreur, d’un accident est incompréhensible.

Néanmoins, il y a une chance. Un espoir. Les négociations qui ont lieu cette semaine à New York en vue de l’élaboration d’un traité global d’interdiction et d’élimination des armes nucléaires sont un signe que la sagesse peut encore triompher. Nous exhortons tous les États à saisir cette occasion. Nous connaissons la complexité de telles négociations et savons que la méfiance et les réalités politiques sont omniprésentes.

La simple vérité, c’est qu’il n’y aura pas de vainqueur dans une guerre nucléaire.

Nous pouvons, cependant, opter pour un monde libéré de cette peur, un monde dans lequel nos enfants n’auront pas à affronter la fragilité de leur existence dans les gymnases de leur école ou sous leur bureau. Nous n’avons pas d’autre choix.

https://www.letemps.ch/opinions/2017/06/26/crainte-dune-frappe-nucleaire-revenue-nos-ecoles