Nov 15

EDF: LA STRATÉGIE FLOUE DU GÉANT DE L’ÉNERGIE FAIT CRAINDRE UN AVENIR DIFFICILE

EDF est dans une situation délicate. Des problèmes de gouvernance et une parole politique qui ne soutient pas toujours la pérennité du géant énergétique font peser des inquiétudes pour la grande entreprise publique. D’autant qu’EDF voit ses parts de marché rognées petit à petit par la concurrence. Jean-Yves Archer, spécialiste des finances publiques et dirigeant du cabinet Archer, décrypte pour « France-Soir » les causes de cette période de turbulences.

Les Français sont fiers d’EDF qui est une grande entreprise publique dont la réactivité a notamment été testée grandeur nature lors de la trop fameuse tempête de décembre 1999. Depuis  la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon de mars 2011, EDF est pointée du doigt par une frange de la population qui va au-delà des traditionnels milieux écologistesLes citoyens ont compris qu’il allait falloir changer de mix énergétique et bien évidemment cela représente une épée de Damoclès au-dessus des crêtes d’avenir d’EDF.

Très récemment, le ministre d’État Nicolas Hulot a annoncé que l’objectif du passage de 75% à 50% de la part du nucléaire dans la production d’électricité française ne se ferait pas en 2025 mais à une date ultérieure. Si on peut parler de réalisme, d’aucuns sont fort déçus de ce report aux sonorités de requiem si l’on songe aux engagements affirmés préalablement. Concrètement, il va falloir rallonger la durée de vie de la plupart des centrales ce qui est une gageure placée sous le contrôle de l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire) et ce qui représente un défi financier.

En fait, EDF est confrontée à d’imposantes échéances: coût du rallongement du parc existant, coût du démantèlement des centrales mises hors service. Ses fonds propres ont été renforcés au moyen d’une augmentation de capital de 4 milliards d’euros en début d’année. L’État s’est par ailleurs engagé à convertir ses dividendes en actions de l’entreprise qui est sortie du CAC 40. Les résultats financiers ont été révisés lundi 13, et la promesse de générer un cash-flow positif après dividendes semble désormais hors de portée ce qui a refroidi l’ardeur des analystes financiers.

Au demeurant, Nicolas Hulot a lancé dans la nature des propos pour le moins précipités et hasardeux. Ainsi, il a déclaré: « EDF a deux priorités: gérer la production nucléaire d’un côté, et les renouvelables de l’autre. L’architecture d’EDF est-elle la bonne pour répondre aux enjeux du XXIe siècle? Une réflexion est en cours ». Autrement dit, alors que le fleuron EDF traverse une passe délicate, Nicolas Hulot glose ouvertement sur des perspectives de scission ce qui est ni sérieux ni placé dans le bon espace-temps.

Symétriquement, j’ai du mal à suivre la logique de l’actuel président d’EDF, Jean-Bernard Lévy, qui a déclaré qu’il faudrait construire « de 30 à 40 EPR » en France afin d’assurer le remplacement des 58 réacteurs actuels. Je rappelle que l’EPR est une technologie coûteuse et encore incertaine, si on se penche sur le cas de la Finlande et de Flamanville. Sans parler du futur cas britannique à Hinkley Point qui avait conduit à la démission du précédent directeur financier. De ce tour d’horizon, on déduit que la situation d’EDF n’est pas fragile mais assurément délicate. Pour ma part, j’attends avec intérêt l’assemblée générale statuant sur les comptes 2018 (à tenir avant le 30 juin 2019) pour observer la continuité –ou non– de la gouvernance de l’entreprise.

Entreprise vaillante mais qui voit la concurrence s’attiser chaque mois davantage. EDF est omniprésente chez les clients domestiques mais il faut savoir que près d’un tiers de l’électricité vendue aux entreprises et aux collectivités territoriales provient des concurrents de l’opérateur historique. Engie, Eni, Direct Energy, Total sont autant de compétiteurs sérieux et déterminés face à un groupe EDF qui va devoir trouver comment financer les modifications de durée de vie du parc existant (soit près de 30 milliards) et les coûts de démantèlement, soit une somme oscillant entre 70 à 90 milliards d’euros.

Cette double équation est d’autant plus délicate que l’actionnaire de référence d’EDF, l’État à hauteur de 83%, est lui-même pour partie impécunieux.

Auteur : Jean-Yves Archer, édité par la rédaction

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