Déc 14

BELGIQUE : PS, ÉCOLO, CDH, DÉFI ET PTB ATTAQUENT CHARLES MICHEL SUR LA SORTIE DU NUCLÉAIRE

Le président du parlement de Wallonie André Antoine (cdH) s’est demandé mercredi sur la Première « quand le gouvernement fédéral allait-il cesser de danser à la musique de la N-VA » après son rejet du pacte énergétique. (NDLR : la N-VA est le parti le plus important de Belgique, droite libérale). Une déclaration qui fait suite à l’appel, dans Le Soir, du Premier ministre Charles Michel aux Régions afin qu’elles lui indiquent comment sortir du nucléaire.

« C’est le rôle de Charles Michel de convaincre la N-VA« , a estimé André Antoine dont le parti est en majorité avec le MR en Wallonie. « Je suis en colère. Vous avez un effet d’annonce, mais il n’y a jamais d’annonce de faits. Charles Michel a beau proposer, c’est quand même la N-VA qui dispose« , a-t-il regretté.

Le cdH se pose la question de la survie du gouvernement Michel

Le député cdH Michel de Lamotte se demande s’il existe encore un gouvernement fédéral : « En effet, la remise en cause de l’accord de gouvernement par la N-VA sur la question de la sortie du nucléaire en 2025 fait peser une lourde hypothèque sur la survie de cette équipe déjà bancale ».

« Par ces déclarations et surtout par son absence lors de débat budgétaire, le Premier ministre ne fait qu’entretenir le flou qui plane sur ce dossier depuis des mois. Or, les investisseurs ont besoin d’une information claire et précise et non pas d’atermoiements incessants et contreproductifs« , constate le député cdH. « Une attitude irresponsable et inacceptable de la part d’un Premier ministre qui se révèle plus que jamais prisonnier de son partenaire le plus important : la N-VA, pour qui ce pacte est déjà enterré« .

« Diktat de la N-VA« , pour Écolo

« C’est une première marche-arrière à 180 degrés. Charles Michel s’est écrasé devant le diktat de la N-VA« , a estimé le député Jean-Marc Nollet (Écolo-Groen) après que le premier ministre a indiqué mercredi au journal Le Soir qu’il revenait aux Régions de dire comment on arrive à tenir la date de sortie du nucléaire.

« Il s’agit de tergiversations et de circonvolutions déplorables« , a regretté Jean-Marc Nollet alors que « le secteur a besoin d’un signal clair, ne permettant plus aucun doute sur la loi de sortie de 2003« . Les propos du Premier ministre « réintroduisent le doute » alors que l’accord de gouvernement fédéral avait confirmé la sortie en 2025, ajoute-t-il.

En outre, précise le député écologiste, en mettant la pression sur les Régions, « M. Michel communautarise le débat, en soulignant l’absence de répartition des efforts« . En conclusion, « le premier ministre met lui-même des obstacles, c’est une lourde responsabilité, sous la pression de la N-VA« , insiste-t-il.

« Charles Michel torpille lui-même le pacte énergétique », estime le PS

Même son de cloche du côté des socialistes. « Au lieu de mettre la pression sur les Régions, qui ont fait le job, Michel devrait – pour une fois – ne pas être soumis à la N-VA« , a estimé sur Twitter la députée Karine Lalieux.

La députée PS dénonce l’attitude du Premier ministre : « Poussé dans le dos par le refus catégorique de la N-VA de sortir du nucléaire, Charles Michel torpille lui-même le pacte énergétique et ne trouve rien de mieux que faire porter le chapeau aux régions ! C’est indigne d’un Premier ministre alors même que le Fédéral est compétent pour le nucléaire, le gaz, c’est-à-dire près de 80% de notre production électrique ! Sans compter d’autres leviers essentiels comme la fiscalité environnementale ou le rail. « 

Pour la députée socialiste, « la ficelle est grosse pour masquer l’humiliation que vient de lui asséner la N-VA en enterrant l’accord à peine conclu entre les quatre ministres de l’Énergie, qui clôture trois années de négociations« .

« Elia démontre pourtant clairement que la sortie du nucléaire est encore réalisable en 2025 et tous les experts affirment qu’il est urgent de décider » avertit Karine Lalieux « ne pas décider maintenant, c’est s’enfermer dans le statut quo de notre dépendance au nucléaire… c’est sans doute ce que veut la N-VA. « 

Pour la députée PS, cette piètre attaque masque à peine le bulletin catastrophique du gouvernement Michel en matière de protection de l’environnement : « RER, voitures de société, sortie du nucléaire… où en est-on aujourd’hui ? Nulle part ! Pour protéger la population et améliorer son cadre de vie, il ne suffit pas d’aller faire des selfies à Paris avec Emmanuel Marcon et Arnold Schwarzenegger, il faut se retrousser les manches et prendre ses responsabilités au sein du gouvernement ! »

Dans son communiqué, le groupe PS demande au Premier ministre de venir s’expliquer à la Chambre et qu’il convoque un Comité de concertation extraordinaire, rassemblant le fédéral et les Régions, à l’image de celui qui s’était tenu le 8 mars 2004, sous l’égide du Premier ministre de l’époque Guy Verhofstadt.

DéFI: approuvons le pacte avec une majorité alternative

Enfin, Olivier Maingain (DéFI) propose que « pour aller de l’avant, le parlement fédéral vote avec une majorité alternative une résolution approuvant le Pacte« . « Le gouvernement fédéral sera lié et le veto de la N-VA contourné. À Charles Michel d’en avoir le courage« , estime le président du parti amarante.

« L’énergie nucléaire, c’est du passé« , estime le PTB

Si le Pacte énergétique choisit de sortir du nucléaire en 2025, c’est une bonne chose, estime mercredi le PTB dans un communiqué. « L’énergie nucléaire, c’est du passé. Quand on a un peu de bon sens, on se rend compte qu’il vaut mieux ne pas produire de l’électricité dans des centrales nucléaires complètement obsolètes« , commente Tom De Meester, le spécialiste énergie au sein du parti d’inspiration marxiste.

« Le risque pour la sécurité est énorme. Le fait que la N-VA continue à exercer des pressions en faveur d’Engie-Electrabel est grave« , poursuit-il.

D’après M. De Meester, « une révolution verte de l’énergie, comme alternative aux centrales nucléaires, est parfaitement possible« .

Alors que le Pacte énergétique promet 40% d’électricité verte pour 2030, le PTB rappelle qu’une étude récente du Bond Beter Leefmilieu, de Greenpeace et du WWF a calculé que même 58% d’énergie renouvelable était parfaitement réalisable et finançable en 2030.

« C’est donc possible, à condition que le gouvernement change radicalement de cap. Avec l’actuelle politique, en effet, nous fonçons tout droit dans le mur« , estime Tom De Meester.

https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_l-opposition-attaque-charles-michel-sur-la-sortie-du-nucleaire?id=9788076

NDLR : certaines mauvaises langues verront un parallèle avec la situation française !