Juil 14

INVENTAIRE DE L’ANDRA : LA PAGNOLADE DES EXPERTS POUR ROULER LA POPULATION DANS LA FARINE RADIOACTIVE

Par la Coordination antinucléaire du Sud-Est

Tous les 3 ans, l’Agence gouvernementale des déchets radioactifs (Andra), dite indépendante du lobby atomiste, publie un inventaire de ce que la France génère comme ordures radioactives. Pour sa consommation électrique nucléaire et la bombe atomique, les français, vous, ont ainsi généré en 2016 plus 10 500 tonnes de déchets radioactifs mortels soit 28 330 m3 d’ordures radioactives chaque année. Et depuis 1959 : plus de 1 540 000 m3 de déchets, mortels pour des milliers d’années et dont nul ne sait quoi faire. Si on continu ce ne sera pas loin de 3 millions de m3. Chacun-e peut connaître les déchets radioactif produits et stockés par loin de son lieu de vie, de travail ou de villégiature. Revue du massacre…

L’Andra vient de présenter, ce 12 juillet, son trisannuel inventaire national des déchets et matières radioactifs, l’état des stocks, la provenance et la localisation des matières et déchets nucléaires (1). Au total, près de 1000 sites sur lesquels se trouvent des matières et déchets radioactifs à fin 2016 sont répertoriés dans l’édition 2018. Mais ne sont pas quantifiés dans les bilans les substances radioactives se trouvant sur des sites pollués ayant accueilli des activités manipulant la radioactivité, les déchets dit à vie très courte/VTC* dont les nucléocrates attendent la décroissance sur place avant leur intégration dans les « filières conventionnelles » ordinaires et non envoyés vers un stockage, et, par un tour de prestidigitateur, les résidus de traitement de conversion de l’uranium (RTCU) de l’usine d’Areva-Orano de Malvési (Aude). Et attention, autre tour de passe-passe, le volume ne correspond pas à ce qui est réellement généré comme ordures radioactives mais au « volume équivalent conditionné« , donc moindre.

Cette année s’ajoutent à cet inventaire des estimations de quantités de déchets produits selon trois scénarios de prolongement ou de renouvellement du parc nucléaire accompagné de démantèlement. Tous s’inscrivent dans la poursuite de la monstruosité, bien évidemment.

Agence Nécrophile Des Ravis Atomistes

L’Andra s’inscrit pleinement dans la poursuite forcenée du nucléaire et teste donc quatre scénarios de possible « politique gouvernementale énergétique« . Les deux premiers visent à satisfaire l’appétit des forcenés de la destruction atomique chez EDF avec la prolongation à 50 ans voire pourquoi pas 60 ans des délabrés réacteurs nucléaires actuels auxquels viendraient s’ajouter quelques EPR (que ni Areva ni EDF n’est capable de construire dans les délais et les budgets prévus). Un troisième scénario vise à prolonger le parc atomique déliquescent actuel et son renouvellement par des EPR (toujours pas plus opérationnel d’ailleurs). Le dernier scénario (SNR) envisage la fermeture sans renouvellement des réacteurs ayant atteint les 40 ans (ils devaient, dit-on, s’arrêter à 30 ans; « tiens c’est toujours 10 ans de gagnés pour le business » et sur le dos des contribuables).

De quelques omissions de l’Andra

Petit hic et sérieux oublis des experts et pseudo-spécialistes du déchet radioactif : l’Andra n’évalue pas la radioactivité totale des déchets associés à ces scénarios, autrement dit les millions de « becquerels » (Bq) de rayonnements destructeurs radioactifs que nous allons prendre dans le pif et dans notre corps (cerveau, poumons, cœur, peau, squelette, thyroïde, reins,…). Et nos enfants et arrière-petits-enfants aussi. N’allez pas croire qu’il s’agit là d’un dossier égaré ou de l’oubli fâcheux du remplaçant intérimaire du sous-chef de l’ingénieur en chef auprès du directeur principal près le délégué placé sous l’autorité du Président de l’Agence confirmé par l’Office parlementaire des Choix Scientifique et Techniques. Non pas. Nos spécialistes sont tout simplement des poètes. Des créatifs qui savent se mettre à la portée du tout-venant, du simple quidam sensible à l’imagerie du quotidien.

Ainsi pour l’Agence : foin du processus permanent implacable de destruction des atomes, de leur quantité, de leur masse, de leurs effets sur le vivant à court à moyen et long terme, très long terme. Leurs volumes s’évaluent dorénavant en « piscines« . Olympique ? Pas olympique ? De jardin ? Communale ou privée ? À combien de couloirs ? Et dans le petit bassin on a toujours pieds ou pas ? Ça c’est pour la colonne « total produit« .

Et comme il faut se montrer proche du peuple, rendre sa pensée complexe et visqueuse accessible aux manants, la merde radioactive produite chaque année par les français sera conceptualisée et imagée par des « briques de lait« . Fallait y penser ! Le lait qui d’ailleurs fut interdit de consommation dans la plupart des pays européens dès l’explosion du réacteur nucléaire de Tchernobyl en 1996. Mais pas interdit de boire en France car le nuage radioactif s’est, comme chacun sait, arrêté à la frontière. Des poètes on vous dit, ces experts en déchets radioactifs.

Et tiens pourquoi ne pas parler, pour la suite des autres déchets, de cuillère à café ou de cuillère à soupe ? Voire de dés à coudre ? C’est si mignon et si tangible, si banal en quelque sorte. Mais non ne raillons quand même pas à ce niveau les meilleurs spécialistes et scientifiques du monde. Ils méritent respects et attention.

Eh bien si, ils l’ont fait : la production annuelle des déchets les plus radioactifs sera évaluée en « cuillères à soupe« ! Eh oui ! Toujours pas en becquerels bien sûr, c’est si trivial et vulgaire.

Enfumages à toutes les profondeurs

Alors, dans cet enfumage digne de la guerre de tranchée des années 14-18, on peut penser que nos stratèges ont quand même concocté un mouvement d’évaluation des forces. Une évaluation de la dangerosité des déchets. Ce serait le moins qu’on puisse leur demander. Enfin ça dépend de qui demande évidemment. Les victimes potentielles et avérées ou les industriels de la mort nucléaire civilo-militaire et leur gouvernement postiche ? Vous sentez poindre ce qu’il en est ?… Oui, l’Andra l’avoue : elle n’a pas évalué non plus la dangerosité radioactive des scénarios pronucléaires. Un peu comme la dernière Commission d’enquête parlementaire. Et c’est sur ça, ce vide, que le gouvernement va décider de l’avenir du pays et de ses habitants ! Chapeau les artistes et les metteurs en scène.

Au diable les volumes de radioactivité globale auxquels chacun-e d’entre nous devra faire face. Un peu plus ou un peu moins… c’est toujours beaucoup plus que la mise à l’arrêt immédiat des installations nucléaires qui, à chaque seconde, produisent des déchets radioactifs et rejettent dans l’air et l’eau leur radioactivité. Pour sûr, un m3 de déchets  de moins de 100 Bq par gramme (nommé pudiquement de « faible activité » par les adeptes de la secte atomiste) vous zigouille la santé en quelques mois et vous fait passer de vie à trépas en quelques années. C’est donc bien « plus mieux » et moins mauvais qu’un m3 de déchets de plusieurs milliards de Bq par gramme (nommé pudiquement « à haute activité« ) qui vous zigouille la vie et fait passer de vie à trépas en quelques secondes ou minutes. Question de point de vue évidemment.

À la louche : charlots ou charlatans ?

Le point commun aux énarques et technicistes sont les schémas de pensée, l’esprit de boutique et la rhétorique : « Si nous n’avons pas de solution c’est qu’il n’y a pas de problème« . Et circulez y’a rien à voir. Ainsi comme les échéances et étapes de leurs propres (sales) scénarios ne sont pas connues – bien que l’on puisse les prévoir dans le cadre d’une prospective, basique mon cher Watson – les spécialistes de la chose toxique et mortelle se contentent d’une évaluation « à la louche« . « On » pense qu’il est judicieux d’évaluer les volumes de déchets tueurs, au final, à la fin du démantèlement des installations nucléaires uniquement autorisées à fin 2016. Avec l’assentiment du télé-évangéliste-écolo Hulot. Bah mon n’veu, et les actuels 58 réacteurs pourris que vous voulez faire tourner pour encore une décennie ? Vous verrez ça plus tard? Lorsque vous serez à la retraite et aurez enfanté dix ou cent générations ? Évidemment comme depuis l’origine ni EDF, ni Areva-Orano, ni le CEA, ni la DGA n’avaient envisagé le démantèlement et la fin de leurs installations de morts, convaincus qu’ils pourraient recycler indéfiniment leurs déchets… Foi d’experts et de sachants, « faites-nous confiance« !

L’Andra ne va quand même pas se fâcher avec ses amis nucléaristes. Ses clients même puisque tout cela c’est aussi du business, du PIB, des postes de direction et distinctions, des malades et des morts certes mais des médicaments et des chimios refourgués sur le dos de la sécu, de la pompe funèbre, de la métallurgie, du transport (dangereux ok, hyper dangereux ok mais du business quand même, de la start-up).

Donc, comme les scénarios élaborés selon les vœux des atomistes reposent sur des durées différentes et que l’Andra ne les a pas travaillées : pas de solution donc pas de problème. CQFD.

« Peau de lapin, peau des fesses » : pas d’évaluation non plus des coûts de gestion des déchets atomiques.

Pas de solution ? Pas de problème on vous dit. Donc dans leurs scénarios d’un avenir radieux radioactif nos grands spécialistes – habités d’une pudeur de vierge effarouchée ou d’un blocage de puceau ?- passent sous silence une autre épine dans le pied : ce que les nouveaux réacteurs atomiques espérés être mis en service vont à leur tour générer comme déchets. « Les matières et déchets générés par le fonctionnement de nouveaux réacteurs venant en remplacement des réacteurs du parc électronucléaire actuel ne sont pas comptabilisés« , indique l’Andra. Le nucléaire c’est simple et moderne on vous dit.

Un peu comme le calcul du coût du kw/h nucléaire : on nous assure qu’il n’est pas cher en ne prenant pas en compte les coûts de gestion réelle des déchets (rien que pour la poubelle Cigéo, la ministre socialiste S.Royal avait évalué à 25 milliards d’euros le stockage des déchets radioactifs actuels et il faudra en construite d’autres des poubelles si on continue), ni les nouveaux nécessaires sites d’entreposage de déchets radioactifs (le site de La Hague est saturé, EDF planche depuis plusieurs mois sur ce projet en toute discrétion et veut implanter de nouvelles méga-piscines d’entreposage dont une première à Belleville-sur-Loire dans le Cher mais aussi un centre de stockage « Iceda » au Bugey dans l’Ain et certainement ailleurs. Dans chaque département ?), ni les coûts des démantèlements et les transports de leurs déchets sur les routes et voies ferrées, ni les destructions de lieux, de territoires, d’emplois et de vies qu’une catastrophe annoncée par l’ASN elle-même va produire (ça c’est pour vos impôts), ni « le pognon dingue » du renflouement financier des entreprises du secteur nucléaire pour leur éviter la faillite (9 milliards d’euros, ça c’est aussi pour vos impôts), ni les coûts des atteintes sanitaires quotidiennes à la santé découlant des cancers et maladies radio-induites et supportés par la sécurité-sociale (ça c’est pour un plus sur le montant de vos cotisations avec, à la clef, quelques déremboursements d’actes et médicaments), ni les surcoûts de fabrication et de retards des EPR, des fraudes de fabrication, des coûts de mise en soit-disante protection des installations atomiques actuelles vulnérables au terrorisme,…

Une autre omission : la radioactivité et ses effets mortels

Omettant malencontreusement d’évoquer le fondement du déchet radioactif c’est à dire … la radioactivité, mortelle, les technocrates andramesques du lobby nucléaire nous servent les comparaisons entre mort et mort, atteinte sanitaire et atteinte sanitaire, toxicité et toxicité, durée d’atteinte à la vie et durée d’atteinte à la vie. Comme ces charmants apprentis-sorciers nourris au biberon de la mégalomanie et de la technique pourvoyeuse infinie de progrès humain, sont confrontés depuis les origines à l’ignominie de leurs agissements : ils ont inventé des échelles dans l’horreur. Histoire de faire croire qu’ils maîtrisent leur monstre. « Ines » pour les catastrophes nucléaires et, pour les déchets, tout un verbiage de distinctions entre les mortels, les très mortels, les très très mortels, les super mortels, les hyper mortels. Qui durent et qui ne durent pas, un jour, dix ans, un siècle, 10 000 ans, une ère géologique. Et dire que des pyramides d’Égypte qui n’ont que 5000 ans on ne connaît pas grand-chose. Eux, les nucléocrates affirment la main sur le cœur qu’ils savent ce que deviendra un fût toxique radioactif dans 100 ans (il y en aura des dizaines de milliers si on ne les arrête pas immédiatement). Des devins, des prêtres à respecter et à suivre sans nul doute… si on est fou et suicidaire.

Un verbiage et des sigles de manière à ce que ce qui est simple devienne compliqué, soit perçu comme une histoire de spécialistes et que le citoyen s’en désintéresse. Ainsi on pourra disserter, faire de la recherche, tenir des colloques, mener des études, monter des laboratoires y compris souterrains, financer des réserves foncières et détruire des espaces naturels, intégrer des associations contestataires à la réflexion sur les HA, MA-VL, FA-VL, FMA-VC, TFA, VTC (3) et autres mets des plus savoureux. Chacun, individu ou média, politicien ou expert, pourra s’étriper et contester le « comment » et ainsi le fond du problème sera, encore une fois, occulté. Dans le réel : tous les déchets radioactifs tuent. Dans le réel : la France en a produit à ce jour 1 500 000 m3 dont elle ne sait que faire et, si l’un des scénarios du lobby atomiste mis en scène par l’Andra visant à poursuivre le nucléaire était retenu ce sera entre 2 531 000 m3 et 2 942 000m3.

Chacun-e peut connaître les déchets radioactifs produits et stockés par loin de son lieu de vie, de travail ou de villégiature, à sa porte (2).

Bon appétit les enfants !

JR, par rédaction le vendredi 13 juillet 2018, 09:41 – Lien permanent

Notes :

(1) le secteur électronucléaire comprend principalement :

. les centrales et réacteurs nucléaires de EDF, les usines Areva-Orano de fabrication des produits uranifères de fission atomique (faussement nommé « combustible« ) par extraction puis traitement du minerai d’uranium et la transformation chimique (« conversion ») puis l’enrichissement des concentrés d’uranium, le retraitement des déchets mortels nucléaires usés et le recyclage d’à peine 1% de ces ordures pour en refabriquer du Mox à base d’oxyde de plutonium et d’uranium.

. le secteur de la recherche nucléaire civile du Commissariat à l’énergie atomique ainsi que le médical, la physique nucléaire et des particules, l’agronomie (engrais agricoles notamment), la chimie, la biologie,…

. le secteur de l’armement et la guerre (« Défense« ), de la force de dissuasion nucléaire (bombe atomique, armements à l’uranium dit « appauvri« ) des usines Areva-Orano, propulsion nucléaire de navires de guerre (porte-avions,…) et sous-marins lanceur d’engins du CEA et de la DAM (Applications militaires) et de la recherche dite « associée »

(2) https://inventaire.andra.fr/inventaire et https://inventaire.andra.fr/les-donnees/les-dechets-radioactifs/inventaire-geographique ou ici et

*(3) HA (Haute Activité radioactive de  plusieurs milliards de becquerels par gramme GBq/g), MA-VL (Moyenne Activité radioactive de Vie Longue), FA-VL (Faible Activité radioactive de Vie Longue compris entre quelques dizaines de becquerels par gramme et quelques centaines de milliers de becquerels par gramme), FMA-VC (Faible et Moyenne Activité radioactive de Vie Courte de un million à un milliard de becquerels par gramme  1 MBq/g à 1 GBq/g)), TFA (Très Faible Activité radioactive inférieure à cent becquerels par gramme qui est la radioactivité de la nature), VTC (Vie Très Courte = Activité radioactive mortelle de courte durée). Il y a sensiblement un facteur mille d’une catégorie à l’autre, suivant que l’activité se compte en kilobecquerels par gramme (FA), mégabecquerels par gramme (MA) ou gigabecquerels par gramme (HA). La « haute activité » n’a pas de limite supérieure, les plus actifs des déchets radioactifs, les produits de fission, peuvent avoir une activité d’une classe encore supérieure, se comptant en térabecquerels par gramme.

La classification se fait également sur la base de la « période radioactive » qui n’est pas la durée de génération de mort du radionucléïde mais sa « demie-vie » (un subterfuge techno-scientiste):

. déchets radioactifs à vie très courte : la période est inférieure à 100 jours ce qui veut dire que la décroissance radioactive se fait au terme de plusieurs années

. déchets radioactifs à vie courte (VC) : période de moins de 31 ans ce qui indique la disparition de leur radioactivité à une échelle historique de quelques siècles ;

. déchets radioactifs à vie longue (VL) : période qui dépasse 31 ans  indique la disparition de leur radioactivité à une échelle de temps géologiques.

D’une manière générale, au bout de dix fois la demi-vie d’un radionucléide, son activité a été divisée par 1024, ce qui le fait passer d’une catégorie d’activité à l’autre. Ainsi, au bout de 310 ans, des déchets « Moyenne activité-vie courte » sont classés en tant qu’une activité de type « Faible activité-vie courte » ; et trois siècles supplémentaires les feront passer dans la catégorie « très faible activité ». En revanche, pour des produits contenant du plutonium (demi-vie de 24 110 ans) le passage d’une catégorie à l’autre prend 241 000 ans, ce qui rend irréaliste toute gestion historique de tels déchets.

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2018/07/13/Inventaire-de-l-Andra-%3A