Août 12

“SCOTCHÉ” PAR CE TOURNAGE À BURE

Un film de science-fiction en Super 8, ce matériel qui a connu son boom il y a un demi-siècle, est actuellement en cours de réalisation à Bure. Son univers ? Post-catastrophe nucléaire, « évidemment ».

« Dans les films de fiction des Scotcheuses, construits toujours sur des lieux de lutte et avec les habitants des coins ou à partir de leur parole, beaucoup de choses ressemblent à la réalité », explique Paul*.

Il y a un demi-siècle, tourner un film en Super 8, de famille ou pas, était courant. Format de pellicules lancé par Kodak en 1965 pour le cinéma amateur, il fut très utilisé, en raison notamment de son prix. Et aujourd’hui ? Le voilà ressuscité !

Dans la Meuse, à Bure, les opposants au projet d’enfouissement des déchets nucléaires les plus radioactifs des centrales françaises, participent depuis deux ans à la réalisation d’un moyen-métrage de science-fiction tourné avec ce matériel.

Un film devrait sortir en 2019 et impulsé par le collectif franco-belge des Scotcheuses.

Passé, présent, futur ?

« C’est un scénario construit à plusieurs, et notamment avec les habitants du coin. Il a pas mal bougé. Mais en gros, c’est l’histoire d’un vagabond qui erre dans un monde post-catastrophe. Il rencontre des survivants qui comme lui vivent à la surface. Et découvre que des scientifiques ont recréé une ville, une société sous terre. Ces scientifiques ont été surpris par l’explosion d’un de leur projet, qui pourrait être le projet d’enfouissement de Bure ou une centrale, ou une autre expérience. Et ils voient dans la vie à la surface de la terre une occasion d’étudier le monde d’après la catastrophe », raconte Yves*.

L’origine de ce synopsis est encore plus ancienne que le Super 8 : « C’est une histoire qui a été écrite par l’écrivain James Agee pour Chaplin en 1947. Il avait été marqué par l’explosion d’Hiroshima. Son texte s’appelait Le vagabond d’un nouveau monde. On s’en est inspiré », complète Paul*.

Ancrés dans le réel

Les décors ont été faits main en matériaux de récupération. Le fonctionnement du collectif est totalement horizontal et ouvert, « contrairement aux projets que les Scotcheuses et les militants qu’elles rejoignent combattent, qui sont imposés d’en haut ».

L’aventure a démarré il y a deux ans. « Le collectif est arrivé pour filmer une marche des zombies à l’occasion de la manifestation des 200 000 pas contre la poubelle nucléaire, une forme de rando active. Et puis l’idée d’aller tourner dans ce fameux bois Lejuc a été proposée. On y est allé. C’est d’ailleurs à cette occasion qu’on a découvert que l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs commençait les travaux pour le centre d’enfouissement sans en avoir l’autorisation. Et c’est de là qu’est partie l’occupation du bois ». De nombreux habitants du secteur ont pris part à l’aventure. « On a été rejoints par plein de personnes. Le village de Montiers-sur-Saulx, qui a perdu ses commerces ou encore son collège, s’est même animé plusieurs fois pour des tournages, ce qui a énormément plu aux gens, parce que ça contraste avec ce qu’est en train de devenir leur territoire, un désert nucléaire. »

* Les prénoms ont été modifiés.

https://www.estrepublicain.fr/edition-de-bar-le-duc/2018/08/12/scotche-par-ce-tournage-a-bure