LES SABLES-D’OLONNE : « IRRADIÉ » DU TEMPS DES ESSAIS NUCLÉAIRES, IL ATTEND LA MORT À CHAQUE SECONDE

Jean-Henry Bouffard, « irradié » du temps des essais nucléaires, réside aux Sables-d’Olonne et se bat pour que « la France reconnaisse ses vétérans victimes d’essais nucléaires« .

Jean-Henry Bouffard, « irradié » du temps des essais nucléaires, réside aux Sables-d’Olonne et continue de se battre pour que « la France reconnaisse ses vétérans victimes d’essais nucléaires ».

En fauteuil roulant

Le septuagénaire reçoit dans son petit appartement vue sur mer aux Sables-d’Olonne. L’homme, 74 ans, est assis dans un fauteuil roulant. Six ans qu’il ne marche plus.

En 2021, cela fera cinquante ans que je souffre le martyre. Enfin, si je suis encore en vie d’ici là

Essais nucléaires

Cette année-là, le militaire souffre de premières pathologies, « des thromboses». L’adjoint au chef de l’équipe scientifique du service mixte de contrôle biologique de Hao et de Moruroa quitte la Polynésie française. Il aura alors « assisté à quatorze essais nucléaires» au gré des navigations au large de différents atolls.

Jean-Henry Bouffard alors en service au sein de la Marine nationale. (©Photo fournie par Jean-Henry Bouffard.)

En 1985, Jean-Henry Bouffard quitte la Marine nationale pour des raisons de santé. Il y était entré comme matelot en 1963. L’homme travaille dans le transport de viande puis entre dans l’Éducation nationale où il occupera un poste de secrétaire administratif dans un lycée.

Irradié, la conséquence des essais nucléaires

Sa santé continue de se dégrader. « Irradié, la conséquence des essais nucléaires ». Jean-Henry Bouffard ne cesse d’enchaîner de très lourdes maladies, autant de « pathologies radioinduites après mon exposition massive aux rayonnements ionisants ». Le retraité mène « depuis 23 ans » un combat contre ministère de la Justice. Pot de terre contre pot de fer. S’il a perdu une bataille (lire ci-dessous), il n’a pas encore perdu la guerre, un nouveau procès étant appelé à se tenir au tribunal des pensions de Poitiers.

J’attends la mort à chaque seconde mais ce combat, c’est le combat d’une vie

Ces dernières années, Jean-Henry Bouffard a multiplié les expertises et contre-expertises médicales et attaqué le ministère de la Défense. En vain.

J’ai laissé ma santé et ma vie au service de la France. Je n’ai aucune reconnaissance de mon pays, ni carte d’ancien combattant, ni médaille militaire, ni suivi médical. Pourtant, plusieurs médecins civils, hospitaliers et militaires ont tous conclu à mon irradiation. Je suis vraiment un cas reconnu par le corps médical civil et militaire mais débouté par des hauts fonctionnaires qui écrivent les jugements. Pas belle la justice en France.

Le Sablais qui dénonce « une chape de plomb sur le nucléaire en France »n’envisage pas un seul instant déposer les armes. Ce combat, il le poursuivra tant que ses facultés intellectuelles et physiques le lui permettront.

Malgré les souffrances et souvenirs qui martyrisent le corps et l’esprit, pour que « la France reconnaisse ses vétérans victimes d’essais nucléaires ».

Jean-Henry Bouffard est l’auteur du livre « Irradié pour la France »

Le dernier verdict du tribunal administratif de Nantes

Le tribunal administratif de Nantes a débouté cet ancien militaire ayant navigué en Polynésie française du temps des essais nucléaires, qui avait attaqué le ministère de la Défense en justice après qu’il ait refusé de lui accorder le bénéfice d’un « suivi médical post-professionnel ». Jean-Henry Bouffard  estime pourtant que cette décision est entachée d’une « erreur manifeste d’appréciation » : « adjoint » au chef de l’équipe scientifique du Service mixte de contrôle biologique de Hao et Mururoa, il dit avoir assisté à quatorze tirs entre 1966 et 1971. « Il ressort des pièces du dossier […] qu’une enquête administrative a bien été menée […] afin de déterminer si M. Bouffard avait été exposé à un risque de contamination radioactive au cours de sa période d’affectation au centre d’expérimentations du Pacifique », constate le tribunal administratif de Nantes dans son jugement. Or, « le dossier de M. Bouffard fait apparaître qu’il n’a pas été victime d’une exposition significative aux rayonnements ionisants ou travaillé dans une ambiance contaminée », relèvent les juges nantais. « Ses affirmations sont sérieusement contestées par le ministre, qui […] fait valoir qu’il n’était pas radio-biologiste et n’a ainsi pas effectué lui-même de prélèvements ou de dissections d’organismes potentiellement contaminés », poursuivent-ils. « Il a uniquement servi en tant que manœuvrier ». « Le requérant a été affecté du 14 septembre 1964 au 2 août 1966 sur le bâtiment La Bayonnaise, lequel naviguait […] dans une zone […] exempte de tout risque radioactif », ajoute le tribunal. « Il a ensuite été affecté […] au service mixte de contrôle biologique de l’atoll de Hao, à 450 km de Mururoa et sur lequel la surveillance […] n’a révélé aucune exposition significative ». « La production par M. Bouffard de plusieurs documents médicaux faisant état de pathologies radio-induites n’est pas, à elle seule, de nature à établir la réalité d’une exposition à une dose significative de rayonnement ionisants dans le cadre de ses fonctions militaires », concluent les juges.

Par François Hefti, publié le 30 Déc 19 à 12h42

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