BELGIQUE : STOCKAGE DES DÉCHETS NUCLÉAIRES: LES DÉPUTÉS ONT L’OCCASION DE CHANGER LA DONNE

Suite au vent de protestation concernant le stockage géologique des déchets nucléaires, une résolution demandant de suspendre la consultation publique va faire son retour à la Chambre. Elle y avait pourtant été recalée le 30 avril.

La consultation publique sur le plan de gestion à long terme des déchets les plus radioactifs et/ou à la plus longue durée de vie a suscité pas mal d’émotions ces derniers jours. L’Ondraf (Organisme national des déchets radioactifs et des matières fissiles enrichies), pour rappel, organise une consultation publique du 15 avril au 13 juin.

Cet organisme, qui préconise une solution de stockage géologique à mettre en place d’ici quelques décennies, compte formuler une proposition au gouvernement pour l’automne. Ce dernier sera alors amené à se positionner officiellement sur une politique de gestion de ces déchets, la Belgique tardant à prendre une décision de principe sur le sujet.

Dans l’indifférence générale

D’aucuns se sont inquiétés début avril du moment choisi, en pleine crise sanitaire, pour organiser cette consultation sur un sujet aussi complexe et sensible. L’Ondraf et le cabinet de la ministre fédérale de l’Énergie, Marie-Christine Marghem (MR) ont alors rappelé qu’il s’agissait de procédures qui suivaient leur cours. En plein séisme du coronavirus, le débat est un peu passé inaperçu.

À RELIRE notre article du 4 avril 2020: Stockage de nos déchets nucléaires : est-ce bien le moment de consulter ?

La donne a changé depuis la sortie d’une ministre luxembourgeoise et, dans la foulée, les inquiétudes exprimées par des élus locaux et de nombreux citoyens. En cause, une série de sites géologiques du territoire belge théoriquement envisageables pour le stockage géologique: le bassin de Mons, le bassin de Campine, le massif du Brabant, les argiles yprésiennes (Flandres occidentale et orientale), les régions de Namur et Dinant, le plateau de Herve, la Gaume, le, synclinal de Neufchâteau, le faciès de La Roche, les Massifs de Rocroi et de Stavelot.

À ce stade, aucune décision n’est officiellement prise, ni sur la solution technique choisie pour le stockage, encore moins sur la localisation potentielle, qui devra faire l’objet d’autres études et consultations dans le futur, le cas échéant.

Une résolution recalée en commission, de retour en séance plénière

Le député écologiste Samuel Cogolati a proposé voici quelques semaines une résolution visant à suspendre la consultation de l’Ondraf pour la reporter à une période plus appropriée, mais aussi l’allonger à 150 jours (contre 60 jours actuellement) et d’assurer «un débat démocratique de qualité en exigeant de la part de l’Ondraf l’organisation de panels d’experts et de réunions publiques sur toutes les options de gestion des déchets nucléaires».

Cette résolution a été présentée en commission de la Chambre «mais elle a été refusée par l’ancienne majorité (MR, Open Vld, CD&V et N-VA) suédoise et le Vlaams Belang», déplore Samuel Cogolati. De façon plutôt exceptionnelle, pour un texte qui a déjà fait l’objet d’un refus, cette résolution reviendra sur la table du Parlement lors de la séance plénière du 28 mai prochain. La décision a été prise ce lundi par la conférence des présidents, chargée d’organiser les travaux de la Chambre.

« Il faudra que certains restent cohérents, y compris au MR. »

«Ce sera limite au niveau du timing, puisque la consultation s’achève le 13 juin. Mais j’espère que la résolution sera cette fois adoptée», considère son auteur, Samuel Cogolati. «De nombreux bourgmestres, y compris du MR, sont montés au créneau. Et leurs demandes de pouvoir être consultés et de pouvoir entendre des avis d’experts, de la Ministre, de l’Ondraf, sont vraiment légitimes. Nous demandons donc aussi aux parlementaires fédéraux de ces mêmes partis de soutenir la résolution», poursuit-il.

De vifs débats risquent d’avoir lieu au sein du MR notamment, au sein duquel se trouvent à la fois la ministre Marghem et plusieurs bourgmestres qui se sont insurgés ces derniers jours.

Par  Benjamin HERMANN, publié le 18 mai à 15h26

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