EDF : PARIS ET BRUXELLES VERS UN ACCORD SUR LA RÉFORME DU NUCLÉAIRE

Selon nos informations, un schéma général aurait été défini pour réformer le tarif de vente de l’électricité nucléaire. D’après EDF, 31,7% des salariés du groupe étaient en grève ce jeudi pour contester le projet de réorganisation du groupe. Selon la CGT, la mobilisation atteint 50 %.

Ce n’est pas encore une fumée blanche mais on s’en rapproche. Alors que les salariés d’EDF étaient en grève ce jeudi pour protester contre la réorganisation du groupe public, le calendrier de sa réforme s’accélère.

Selon plusieurs sources, « les planètes commencent à s’aligner » entre la Commission européenne et les pouvoirs publics français pour refondre la réglementation de l’électricité nucléaire et l’organisation de son champion EDF. Une réforme hautement sensible, qui vise à redonner des marges de manœuvre au nucléaire français, en prise depuis plusieurs années avec de très lourdes charges d’investissements qui pèsent sur les finances publiques.

« Paquet global et équilibré »

« La réforme n’est pas bouclée mais il y a un appel d’air positif », glisse une autre source qui estime qu’« un accord pourrait être formalisé dans les prochaines semaines ». À Bercy, on précise toutefois que les « discussions se poursuivent ». « Il y aura un accord sur un paquet global et équilibré », assure-t-on au sein des pouvoirs publics.

Selon nos informations, Paris et Bruxelles seraient raccord sur les principes de la réforme du mécanisme régulant la vente de l’électricité nucléaire qu’EDF juge déséquilibré depuis de nombreuses années. Pour assurer une rémunération couvrant les coûts de production du nucléaire, EDF devrait pouvoir bénéficier dans les années à venir de la garantie d’un prix fixe versé pour la vente de l’ensemble des mégawattheures produits par ses centrales. Un schéma moins favorable que le « corridor » de prix administré imaginé le PDG du groupe public, Jean-Bernard Lévy. « Bruxelles estime que ce corridor pourrait permettre, dans certains cas, à EDF d’être rémunéré au-delà de ses coûts de production », explique une source.

Tout n’est pas réglé pour autant. En particulier, le niveau de ce prix fait débat. La bonne nouvelle pour EDF, c’est qu’il devrait lui assurer une rémunération supérieure aux 42 euros qu’il perçoit dans le cadre de la réglementation actuelle « Arenh ». « Le nouveau prix devrait se situer entre 45 et 50 euros », indique une autre source.

Reste aussi et surtout à trancher le sujet le plus sensible : la scission d’EDF imaginée par les pouvoirs publics pour séparer ses métiers de vente d’électricité de sa production d’électricité nucléaire et ainsi éviter les distorsions de concurrence entre EDF et ses concurrents Engie ou Total Direct Énergie dans un tel cadre réglementaire. Explosif socialement et politiquement, cette scission fait craindre aux syndicats d’EDF comme à certains élus LR un « démantèlement » du champion du nucléaire français.

Muraille de Chine

Selon nos informations, deux schémas tiennent la corde. Le premier, favorisé par EDF, consisterait à filialiser ses activités commerciales et hydrauliques, en dessous d’une tête de groupe qui porterait les activités nucléaires, « EDF Bleu ». Mais un autre schéma qui permettrait de mettre davantage de murailles de Chine entre les activités régulées et non régulées est sur la table : il s’agit de réorganiser EDF sur le modèle de la SNCF.

Adoptée en 2018, la réforme du groupe ferroviaire consistait à regrouper dans deux entités distinctes, sous un holding de tête, les activités d’exploitation du réseau ferré d’une part et les activités concurrentielles de la SNCF d’autre part. Chez EDF, cette organisation se traduirait par la séparation du groupe en trois piliers, sous un holding de tête :

. un EDF Bleu regroupant le nucléaire et RTE,

. les barrages dans un EDF Azur et

. un EDF Vert regroupant les énergies renouvelables, Enedis et les activités commerciales de vente d’électricité.

L’objectif ici est triple :

. attirer des investisseurs privés dans la partie verte pour financer la croissance des énergies renouvelables,

. conserver la main sur les concessions hydrauliques que la France refuse d’ouvrir à la concurrence et

. isoler le nucléaire régulé pour éviter que les autres activités non régulées ne profitent indûment des prix de vente garantis. 

Pour la CGT, c’est le pire des scénarios. « Un holding va désintégrer la production d’électricité et fatalement les citoyens la paieront plus cher. C’est la fin du service public ! », dénonce un syndicaliste du groupe. Selon EDF, la part des salariés grévistes atteint 31,7% ce jeudi. La CGT de son côté évoque 50% de grévistes.

Par Sharon Wajsbrot, publié le 26 novembre 2020 à 18h42, mis à jour le 26 nov. 2020 à 19h17

Photo en titre : Selon nos informations, Paris et Bruxelles seraient tombés d’accord sur les principes de la réforme du mécanisme qui régule la vente de l’électricité nucléaire qu’EDF juge déséquilibré depuis de nombreuses années. Crédit : M.ASTAR/SIPA/ (SIPA)

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