REGISTRE DES CANCERS DE CORSE : LE TEMPS DE LA RECHERCHE

La structure portée par l’observatoire régional de santé se met en place de façon graduelle tandis que les obstacles techniques et administratifs tombent les uns après les autres. L’intérêt est d’avoir un suivi des cancers et de pouvoir, le cas échéant, identifier leur origine.

Le registre des cancers de Corse porté par l’observatoire régional de la santé – ORS – prend forme. Le réseau de partenaires est construit à 95 %*, la confidentialité et la sécurité des données recueillies sont cadrées, le système d’information fonctionne. Le comité d’évaluation des registres a délivré un avis.

LIRE AUSSIINTERVIEW. Marc Germain, président du comité 2B de la Ligue contre le cancer : « Forte baisse des dépistages en raison de la crise »

« Nous en sommes cette année au stade de la mise en place de la recherche. Nous avons fait le choix de retenir entre trois et quatre thématiques. Nous espérons les sortir en début d’année 2022« , résume Jean Arrighi, épidémiologiste, conseiller auprès de Christophe Arena, directeur de l’ORS de Corse. Dans sa ligne de mire figure d’ores et déjà, une présentation générale de l’activité du registre, un travail sur des cancers assez courants qui devrait permettre d’estimer la pertinence de la démarche d’évaluation mise en œuvre par la structure, tandis que le cancer de la thyroïde constituera un point d’intérêt majeur.

Les retombées de Tchernobyl

Du même coup, on revient ainsi à la « demande initiale« . Car, d’une certaine manière, c’est le 26 avril 1986, alors qu’une explosion détruit le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, que débute l’histoire du registre. L’accident, à l’époque, provoquera la formation d’un nuage chargé de particules radioactives. Il touchera la Corse quelques jours plus tard. Les autorités d’alors minimisent le phénomène. Pourtant, le 2 et le 4 mai notamment, le détecteur de radioactivité des pompiers à Ajaccio s’est déclenché. Quelques semaines plus tard, en juin, l’observatoire régional de santé de Corse voit le jour. L’une de ses premières tâches est de répondre à une commande gouvernementale. « L’État nous a demandé de réaliser un inventaire concernant un certain nombre de produits de consommation courante dont le taux de radioactivité faisait l’objet d’une analyse systématique », se souvient Jean Arrighi alors directeur de l’ORS.

Un rapport est établi dans la foulée. Il reste dans les tiroirs de la préfecture un long moment avant d’être rendu public. À mesure que le temps passe, l’ORS de Corse, comme ses homologues sur le continent, prend de l’ampleur. Bientôt, l’heure est « à la santé observée » sur le territoire. L’approche est indissociable de l’élaboration d’indicateurs et de bases de données. En 1998, dans une atmosphère d’intenses débats et de pression médiatique sur les retombées de Tchernobyl dans l’île, la Région demande à l’ORS de se saisir du volet sanitaire. Les autorités compétentes affichent des préoccupations comparables. Des groupes de travail se mettent en place, des études sont lancées. Mais, on ressent la nécessité d’aller bien au-delà des travaux de l’Inserm et de l’Institut national de veille sanitaire pour faire toute la lumière sur l’épisode Tchernobyl. D’autant plus qu’entretemps, une enquête scientifique, réalisée par une équipe de chercheurs de l’hôpital Galliera de Gênes, a relevé une nette augmentation des maladies de la thyroïde, dont des cancers, en Corse dans le prolongement de Tchernobyl.

L’impulsion décisive est, au final, donnée par Fabienne Giovannini au moment où elle accède à la présidence de l’ORS.

Le principe du registre des cancers est posé. Le 26 septembre 2014, l’ORS est officiellement chargé par Paul Giacobbi alors président du conseil exécutif de la création du registre. Le dispositif a vocation à procéder à un recueil continu et exhaustif de données nominatives, autrement dit à recenser tous les nouveaux cas de cancer chez les résidents corses, quel que soit le lieu où les soins sont prodigués. L’approche « répond à un objectif de santé publique« , souligne Jean Arrighi. On surveille les cancers de la thyroïde, les pathologies en lien avec le radon. « Nous sommes également amenés à observer le circuit de prise en charge des patients », complète-t-il. Toutes ces données constituent pour les autorités compétentes, « une aide à la décision pour les actions de prévention dans les domaines médical et médico-social« .

Parmi ceux-ci, des déclarants, c’est-à-dire les réseaux régionaux de cancérologie, les établissements de soins dans l’île et sur le continent, à quelques rares exceptions près au sein desquels les patients corses sont pris en charge, les laboratoires d’anatomopathologie, les caisses d’Assurance Maladie, au titre des admissions en ALD.

Par: Véronique Emmanuelli, publié le: 06 mai 2021 à 10h00 dans Santé

Photo en titre : Il y a 35 ans, l’explosion d’un réacteur de la centrale nucléaire entraînait la formation d’un nuage radioactif. Archives cm

https://www.corsematin.com/articles/registre-des-cancers-de-corse-le-temps-de-la-recherche-117456