À BURE, LES ANTINUCLÉAIRES ASSIÉGÉS, MAIS TOUJOURS REMONTÉS !

Le procès de sept opposants au site d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse, s’est terminé jeudi 3 juin au soir. Malgré une pression judiciaire et policière disproportionnée, les militants poursuivent la lutte.

À la façon dont la police et la justice les traitent, on pourrait les prendre pour de véritables terroristes. Les sept prévenus (quatre hommes et trois femmes, âgés de 28 à 48 ans) jugés cette semaine au tribunal de Bar-le-Duc n’ont pas été ménagés. Le parquet a requis des peines allant de 12 mois de prison ferme pour l’un, et de 10 à 18 mois pour les autres. Le jugement sera rendu le 21 septembre.

Leur crime ? S’opposer au site d’enfouissement qui, à partir de 2035, est prévu pour contenir 85 000 m2 de déchets nucléaires à 500 mètres de profondeur. Les griefs des magistrats ont surtout trait à une manifestation – disons un peu agitée – qui a lieu, en août 2017, et à laquelle Charlie a d’ailleurs assisté.

C’est ce qui vaut aux prévenus d’être notamment accusés de « participation à une manifestation interdite », « association de malfaiteurs », ou encore de « détention de substances ou produits incendiaires ou explosifs en bande organisée »… Hormis une courte déclaration, ils ont choisi de garder le silence durant tout le procès, comme le justifie Alexie, militante antinucléaire : « Il n’y a pas de raison que ces sept personnes-là soient accusées plus que d’autres, c’est pourquoi elles refusent de répondre, car c’est toute la lutte qui est en jeu.  »

Tous les détails sur le compte rendu du procès sont ici.

Une lutte fastidieuse

En février 2018, l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) a repris possession du bois Lejuc, que les opposants avaient occupé à la manière d’une ZAD. Depuis, la répression policière très intense – et même disproportionnée, on peut le dire – complique évidemment la lutte. Marguerite (prénom modifié) en est témoin : «  Il y a une présence policière permanente, des contrôles d’identité incessants, et, depuis deux jours, un hélicoptère survole les environs, de 22 heures à 3 heures du matin. »

En dépit de ces difficultés, les militants sont loin de baisser les bras. Ils ont acquis trois lieux dans la région. D’abord « La maison de la résistance » à Bure, gérée par l’association « Bure zone libre », porte d’entrée pour tous ceux qui souhaitent s’informer sur l’opposition au site de stockage. À cela, s’ajoutent l’ancienne gare de Luméville et la maison « L’Augustine », à Mandres-en-Barrois, deux lieux collectifs qui accueillent en permanence toute une palette d’activités sur le combat antinucléaire.

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Et le boulot ne manque pas. En août 2020, l’Andra a déposé un dossier de demande de Déclaration d’utilité publique (DUP), qui permet d’acquérir les terrains nécessaires à la création du site de stockage. Cette procédure administrative n’autorise pas à proprement parler la construction du centre de stockage, mais permet aux pouvoirs publics d’avancer des pions dans cette direction. C’est pourquoi les militants s’attachent à en décortiquer les moindres failles, poursuit Marguerite : « Notre travail consiste à éplucher les 4000 pages de dossier et à les vulgariser. Ils disent que cette procédure n’a pas vocation à démarrer le centre de stockage, mais ils le font quand même, pour nous mettre devant le fait accompli. De la même façon, l’Andra organise un débat public en virtuel, mais les associations locales boycottent ce débat, car on nous bassine avec une apparence de vernis démocratique. »

Ce qui remonte le moral des militants antinucléaires, c’est aussi le soutien de certaines collectivités locales. Ainsi, sur 11 communes directement concernées par le site d’enfouissement, quatre ont rendu un avis défavorable : Bure, Mendres-en-Barrois, Horville-en-Ornois et Ribeaucourt.

De plus, les aléas de la lutte n’empêchent pas de garder le sens de la teuf. Il y aura deux grandes occasions de le prouver cet été : les « Bure’lesques », du 6 au 8 août, et les « Rayonnantes », du 16 au 26 août.

Comme quoi, ce n’est pas en traînant sept malheureux militants devant un tribunal qu’on étouffe les innombrables enjeux politiques, philosophiques et écologiques soulevés par des déchets nucléaires qui empoisonneront le sol durant les 100 000 prochaines années. ●

Par Antonio Fischetti, publié le 4 juin 2021

https://charliehebdo.fr/2021/06/ecologie/a-bure-les-anti-nucleaire-assieges-mais-toujours-remontes/