POLYNÉSIE NUCLÉAIRE – LE CESEC RÉCLAME LES 80 MILLIARDS DÉPENSÉS PAR LA CPS

À la quasi-unanimité, les membres du Conseil économique, social, environnemental et culturel ont adopté un vœu relatif au fait nucléaire.

Ils demandent à Paris le remboursement des dépenses engagées par la CPS, au titre des cancers potentiellement radio-induits, soit 80 milliards de francs. La Dépêche de Tahiti

Mon actu

« La France, à travers la loi Morin de 2010, a reconnu que les essais nucléaires avaient eu des conséquences sanitaires importantes et qu’elle devait réparation afin d’amorcer la réconciliation avec les Polynésiens. Force est de constater qu’après onze années de procédures administratives, juridiques et d’interminables processus politiques, le but fixé par la dite loi est très loin d’être atteint. »

Par la voix du conseiller Calixte Helme, membre de la CSTP/FO représentant le collège des salariés, le Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec) a adopté hier un vœu relatif au fait nucléaire. Seuls Yannick Lowgreen et Félix Fong se sont abstenus. Une démarche qui s’inscrit dans le cadre du départ prochain de la délégation polynésienne Reko Tika, qui doit participer, à la fin du mois, à Paris, à la « table ronde de haut niveau sur le fait nucléaire ».

Une rencontre souhaitée par le président de la République lui-même, selon le gouvernement Fritch, mais qui n’a séduit ni les principales associations de victimes des essais nucléaires, ni le Tavini huiraatira, ni l’Église protestante maohi (EPM)… Le Cesec rappelle au gouvernement central que la Caisse de prévoyance sociale (CPS) a « assumé toutes ses responsabilités quant à la prise en charge médicale ou accidentelle de tous les résidents polynésiens atteints d’une des 23 maladies radio-induites de la loi Morin, pour un montant cumulé évalué à 80 milliards de francs, et même au-delà en prenant en charge les maladies radio-induites non encore reconnues, telles de nombreuses maladies cardiovasculaires ». Selon le Cesec, la CPS couvre ainsi, chaque année, pour 5,2 milliards de francs que représentent les dépenses des services d’oncologie et la prise en charge des malades.

Pour une « dépollution » de Hao

Dans son vœu, le Cesec se déclare se déclare sensible « aux peines et aux difficultés rencontrées par les familles éprouvées », et demande « d’indemniser toutes les victimes et leurs ayant droits ».

Dans le cadre de la table ronde « de haut niveau », organisée fin juin, à Paris à la demande du chef de l’État, Emmanuel Macron, les représentants de la société civile souhaitent que soient prises en compte par Paris, les dépenses mises à la charge de la Polynésie française. Le Cesec demande ainsi le remboursement des sommes engagées par la CPS (80 milliards de francs) et la prise en charge des services d’oncologie, à hauteur de 5,2 milliards par an. Le Cesec « préconise » également une dépollution en profondeur de Hao.

Enfin, le Conseil demande que la Polynésie française bénéficie de la Contribution au service public de l’électricité (CSPE), soit la somme de 13 milliards de francs par an.

La CSPE a été instituée en 2000, pour financer les charges dites de solidarité des « Zones non interconnectées » (ZNI) au réseau électrique de l’Hexagone « dont 77 % de l’électricité est assuré par le nucléaire », rappelle le Cesec.

Le dispositif a été étendu à la quasi-totalité de l’Outremer, hors la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie. « Or, seule la Polynésie française a subi les méfaits du nucléaire sans en bénéficier des bienfaits », écrit le Conseil qui, « dans l’intérêt d’une reconnaissance effective du fait nucléaire et de ses conséquences », émet le vœu que ces questions soient inscrites prioritairement aux travaux de la table ronde.

Le Cesec « justifie » à sa manière le CEP

Dans le vœu émis par le Cesec s’est glissée une phrase assez étonnante, mais qui n’a manifestement fait tiquer aucun conseiller. Avant de chiffrer ses doléances à l’intention de Paris, le Cesec a décidé de « justifier » à sa manière l’ère du Centre d’expérimentation, en lui prêtant une mission éthique : « Ces essais ont été décidés au nom de l’idéal de liberté, d’indépendance et du bonheur des populations, permettant la dissuasion nucléaire, exclusivement défensive selon le principe de la légitime défense, qui remplit dès lors une mission éthique, celle d’empêcher une guerre. » (voir NDLR en fin d’article)

Le Cesec écrit par ailleurs que sa volonté est de « renforcer l’ambition de l’Union européenne et de la France en contribuant à la paix et la stabilité du plus grand espace maritime mondial ».

« La Polynésie française en est un point de convergence stratégique exceptionnel : sa situation, ses dimensions, son isolement, ses spécificités culturelles et environnementales sont devenus de remarquables atouts dans un contexte international d’incertitudes, d’insécurités et de menaces grandissantes face à l’hégémonie des puissances étrangères avides d’exploiter ces espaces maritimes, jusqu’aux confins de l’Antarctique, encore protégé par le Protocole de Madrid jusqu’en 2048. »

36 milliards par an pour la « location » de Moruroa et Fangataufa ?

Les conseillers souhaitent aussi la mise en place d’une « redevance », au titre de la location des « laboratoires vivants que sont Moruroa et Fangataufa, transformés en dépotoirs nucléaires ».

Le Cesec propose de partir sur une base de 150 F le mètre carré par mois. L’atoll de Moruroa représente 15 km2 de surfaces émergées, contre 5 km2 pour Fangataufa. Soit 20 km2, ou encore 20 millions de m2. Ce qui, multiplié par 150 F, donne un loyer mensuel de 3 milliards de francs, sauf erreur. Et donc un revenu annuel de 36 milliards de francs pour le Pays, le double de la dette annuelle (18 milliards) promise un temps par l’ancien président Jacques Chirac…

Parole à Calixte Helme, présentateur du vœu : « La CPS a une ardoise de 80 milliards de francs »

Calixte Helme

« Le Cesec voulait se rapprocher du protocole de Madrid, qui rappelle les responsabilités de chaque État. (…) La CPS a une ardoise de 80 milliards de francs au titre des cancers, plus 5,2 milliards annuels d’oncologie. Il ne s’agit que des pathologies reconnues comme potentiellement radio-induites par la loi Morin. (…) Il est un fait que l’électricité en France doit beaucoup au nucléaire civil, qui n’a pu lui-même se développer sans le nucléaire militaire, et donc le CEP. Nous apportons la précision que toutes les collectivités ultramarines, sauf Nouméa et Tahiti, bénéficient de la Contribution au service public de l’électricité (CSPE). On dit quand même qu’il y a une certaine redevance qui doit revenir au Pays.

Il y aura deux représentants du Cesec à la table ronde, à Paris : Patrick Galenon, du collège des salariés, et Patrick Bagur, du collège des employeurs. »

Par Damien Grivois, publié le 4 Juin 21 à 7h39 

https://actu.fr/politique/nucleaire-le-cesec-reclame-les-80-milliards-depenses-par-la-cps_42405086.html

NDLR : j’ai publié cet article malgré cette phrase digne du plus beau cocorico pronucléaire de l’année mais j’avoue avoir bien hésité. Toutefois, je n’ai pas eu le courage de vous priver des autres informations qu’il contient.

Petit rappel : 1franc Pacifique = 0,0083 € donc 80 milliards de francs Pacifique =  664 millions d’Euros