UN RÉACTEUR DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE CHOOZ À L’ARRÊT À CAUSE D’UNE ANOMALIE INÉDITE EN FRANCE

De mystérieuses dégradations ont été constatées sur les gaines du combustible au sein du réacteur nº2. Depuis quatre mois, EDF et l’autorité de sûreté nucléaire le maintiennent à l’arrêt par précaution le temps des expertises. L’anomalie détectée est une première en France. Pas de danger, assurent-ils.

L’anomalie est rarissime. À l’étranger, le nombre de cas recensés se compte sur les doigts d’une main, en France c’est tout simplement inédit. Des dégradations ont été détectées sur la gaine de combustible au sein de la centrale nucléaire de Chooz dans les Ardennes. La découverte a eu lieu de manière inopinée le 12 février dernier. Alors que les équipes procédaient au déchargement du combustible dans le réacteur numéro 2, des matériaux en suspension sont apparus, « une sorte de nuage de poussières » compare Mathieu Riquart, chef de division au sein de l’autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Le risque, c’est une fuite d’éléments radioactifs dans le réseau primaire

Après analyse, il s’avère que ce sont particules issues de la gaine de protection du combustible. Gaine corrodée et présentant des signes de desquamation sur « quelques crayons », «  comme si elle pelait ». Or il s’agit de la première barrière de protection des éléments radioactifs au sein de l’installation nucléaire. Le risque, c’est la fuite de produits radioactifs. « En termes de sûreté, il n’y a pas de risque », affirme M. Riquart, rejoint par la direction EDF du site et le représentant de la CGT du site.

« S’il y a fuite, il resterait la deuxième barrière, avance-t-il. Les éléments de fission se retrouveraient dans le circuit primaire, c’est-à-dire la tuyauterie d’eau et seraient récupérés en grande partie par les filtres. Aujourd’hui, on est sûr qu’il n’y a pas eu franchissement de la deuxième barrière. »

Autre élément rassurant, et il est imparable : le réacteur est à l’arrêt. Alors qu’il aurait dû être réactivé début mars après cette ultime opération de maintenance, « Chooz B2 » est maintenu à l’arrêt depuis quatre mois « et les assemblages de combustible sont stockés dans un bâtiment à part ». « Principe de précaution » le temps que l’expertise menée conjointement par EDF et l’ASN réponde à toutes les interrogations. Quelle est l’origine du phénomène ? Quelles ont été ses potentielles conséquences lors du précédent cycle d’exploitation ? Comment assurer le rechargement puis l’exploitation du réacteur en toute sécurité ? Une flopée de techniciens issus des services centraux d’EDF et l’ASN sont dépêchés depuis des semaines dans la Pointe des Ardennes pour investiguer sur cet événement scruté au niveau national. L’ASN dit n’avoir à ce stade aucune information sur le contenu des expertises. La direction EDF du site n’est pas plus diserte. « Les investigations sont longues, de très haut niveau », confie Laurent Marvaille, représentant CGT du personnel. Si la direction du site ardennais avance le 31 août prochain comme date de reconnexion au réseau du réacteur numéro 2, le chef de division de l’ASN s’empresse d’ajouter « sous réserves des expertises et recommandations formulées ».

Aucun impact négatif n’est prévu sur l’emploi assure Laurent Marvaille, déléguée syndical CGT. Les 766 salariés de la centrale et 271 prestataires permanents ont été déployés sur d’autres tâches.

Un coup au moral des 1 000 salariés, des pertes d’exploitation

«  Mais le moral en a pris un coup parce que ça dure. Et puis, après c’est pour l’entreprise qui n’a qu’un réacteur sur deux qui fonctionne. C’est 1 500 méga watts en moins par jour…  » En effet, les comptes d’exploitation 2021 feront état d’une perte sèche qui pour l’heure n’est pas chiffrée selon le syndicaliste. Doit-on par ailleurs redouter des difficultés d’approvisionnement d’électricité sur le réseau ? «  EDF dispose d’un parc de production diversifié et le réseau électrique national est interconnecté avec les pays frontaliers, garantissant l’approvisionnement électrique, y compris lorsqu’un arrêt de réacteur se prolonge », ajoute EDF.

Par Manessa Terrien, publié le 6 juin 2021 à 13h56

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