CENTRALE NUCLÉAIRE DU BUGEY (F): BERNE PREND-IL LE DOSSIER À LA LÉGÈRE?

Questionné par Lisa Mazzone qui s’inquiétait du prolongement de 10 ans de la durée de vie de la centrale nucléaire près de Genève, le Conseil fédéral a répondu. La sénatrice est fâchée.

La centrale nucléaire du Bugey, à 70 km de Genève à vol d’oiseau, fait parler d’elle jusque dans la Berne fédérale. En effet, le Conseil fédéral avait été interpellé en mars dernier par la sénatrice Lisa Mazzone (Verts/GE). Elle s’inquiétait de la décision en février dernier de la France de prolonger de 10 ans la durée de vie de ses réacteurs les plus anciens. Dont ceux de la centrale du Bugey qui est, depuis l’arrêt de Fessenheim, la plus vieille de l’Hexagone. Berne vient de répondre.

Pour rappel, Genève, qui réclame depuis des années la fermeture de cette centrale en raison de ses défaillances régulières, avait immédiatement déposé un recours contre cette prolongation. Le Canton n’a pas du tout été mis au courant de cette décision de Paris, avait indiqué alors le conseiller d’État genevois Antonio Hodgers. «Nous avons été ignorés par l’État français, alors que nous avons pourtant deux procédures judiciaires en cours en lien avec cette centrale», avait-il critiqué.

Lisa Mazzone a donc pris le relais pour amener le sujet aux Chambres et avait interpellé le Conseil fédéral. Elle souhaitait savoir si Berne avait eu l’occasion de prendre position lors de la consultation technique menée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française et si oui, quelle était sa position. Et surtout, ce que comptait faire le Conseil fédéral pour assurer la sécurité de la population. Car elle le rappelle: le bassin genevois est bien plus concerné par un accident au Bugey qu’à la centrale de Gösgen par exemple.

Berne pas consultée

Dans sa réponse, Berne indique d’abord que l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire et l’Office fédéral de l’énergie «ont été informés de la consultation par l’ASN mais n’ont pas été invités à y participer». Quant à la sécurité, le Conseil fédéral indique que «la Suisse peut contacter directement ses interlocuteurs français concernés» en cas d’accident nucléaire sur le site du Bugey. Et rappelle simplement que le scénario d’accident nucléaire helvétique, avec les mesures qui en découlent, couvre également les accidents survenant à l’étranger.

Le Conseil fédéral rappelle aussi qu’en Suisse, les comprimés d’iode sont distribués à titre préventif à tous les ménages vivant dans un rayon de 50 km autour d’une centrale et de manière centralisée au niveau cantonal dans les régions situées au-delà de ce rayon. Le Grand Genève se trouve dans ce 2ème cas de figure, précise-t-il. Les cantons concernés disposent donc chacun sur leur territoire d’un stock de comprimés d’iode suffisant pour les distribuer à l’ensemble de leurs résidents en cas d’incident majeur, souligne-t-il dans sa réponse.

Lisa Mazzone fâchée après le Conseil fédéral

Berne ne répond en revanche pas à la question de Lisa Mazzone sur sa position dans le dossier. Ce qui fâche la Genevoise qui estime que la réponse du Conseil fédéral est insuffisante. «On a l’impression qu’il prend ce dossier très à la légère», estime-t-elle. «Or la population de canton est bien plus concernée par le site du Bugey que par toute autre centrale suisse», souligne-t-elle. «Et il en va de la sécurité des Genevois et de toute la Suisse romande», rappelle-t-elle. «Car en cas d’accident, le nuage radioactif ne va pas s’arrêter à 50 km autour de la centrale».

La sénatrice estime aussi que Berne n’a apporté dans ce dossier que très peu de soutien au canton de Genève et à la ville. «Or le Conseil fédéral sait bien qu’un appui de la Confédération est nécessaire sur un tel sujet», déplore-t-elle. «On a l’impression que les autorités genevoises sont livrées à elles-mêmes».

Du coup, Lisa Mazzone ne compte pas en rester là. Elle va à nouveau interpeller le Conseil fédéral sur les raisons pour lesquelles il n’a pas pris position sur ce dossier alors qu’elle le demandait explicitement. Et elle compte se coordonner avec le canton de Genève et d’autres politiciens pour que soit assurée autant que possible la sécurité de la population romande.

Genève n’est pas (assez) près du Bugey, estime Berne

À noter que la conseillère nationale Isabelle Pasquier-Eichenberger avait elle aussi interpellé le Conseil fédéral en mars dernier sur la centrale du Bugey. Dans deux motions, la Verte genevoise demandait que Berne fasse distribuer des comprimés d’iode à titre préventif à tous les Suisses. Elle voulait aussi que le Conseil fédéral revoie la définition des zones de protection d’urgence et l’étende à l’ensemble du pays. En cause là aussi, la centrale française, contre laquelle les Genevois sont insuffisamment protégés, estimait-elle.

Là aussi Berne avait répondu dans le même sens mi-mai. «Ce rayon de 50 kilomètres a été fixé afin de garantir, sur la base du nouveau scénario de référence établi à la suite de l’accident de Fukushima», avait-il écrit. Contrairement aux agglomérations de Bâle, de Lucerne et de Zurich, la grande région de l’arc lémanique ne se trouve pas à proximité (<50 km) d’une centrale nucléaire suisse ou située dans un pays frontalier. Par conséquent, les cantons concernés stockent dûment une quantité suffisante de comprimés d’iode afin de pouvoir approvisionner toute la population en cas d’accident, avait-il ajouté.

Par Christine Talos, publié le 7 juin à 14h29

Photo en titre : La centrale du Bugey (Ain), construite dans les années 70, est désormais la plus ancienne de France. Elle est accusée par Genève de faire courir un grave danger à la population, en raison de sa vétusté. AFP

https://www.lematin.ch/story/centrale-nucleaire-du-bugey-f-berne-prend-il-le-dossier-a-la-legere-803233604554