ESSAIS NUCLÉAIRES : « LA POLYNÉSIE A BESOIN DE VOIR SES SOUFFRANCES RECONNUES »

Plus de 170 000 habitants de l’archipel de Polynésie ont été exposés, de 1966 à 1996, à des radiations nocives. Dans une tribune au « Monde », la députée LREM Stéphanie Atger rappelle « l’obligation morale de la France face à ses enfants, même les plus lointains »  

Tribune. Le 27 mai 2021, le président Emmanuel Macron reconnaissait la responsabilité de la France dans le génocide des Tutsi, au « pays des mille collines ». Au même moment, à des milliers de kilomètres de la métropole, des enfants de la République attendent leur tour dans la file de la reconnaissance du passé. L’heure où les espoirs du peuple polynésien seront reconnus est enfin arrivée. Cette tribune est un cri du cœur pour rappeler l’obligation morale de la France face à ses enfants de tous les territoires, même les plus lointains.

De 1966 à 1996, 193 bombes atomiques ont explosé dans le ciel polynésien. Ces expérimentations nucléaires menées par le gouvernement français ont entraîné de nombreux cancers chez la population des atolls de la région. 170 000 personnes ont été exposées à des radiations nocives lors de l’essai Centaure, réalisé en 1974. Vingt-trois cancers ont été admis comme dérivant directement de cet essai. Des centaines d’autres personnes sont exposées avec l’essai Aldebaran, en 1966, ou encore l’essai Encelade, en 1971.

L’invisibilité de ces maladies n’autorise pas l’aveuglement des responsables politiques. Les Polynésiens méritent que l’on écoute et que l’on reconnaisse leurs souffrances. Se souvenir des impacts sanitaires et environnementaux qu’ont laissés les radiations nucléaires, c’est combattre l’indifférence. Ces dernières années, la République française a su renforcer son devoir de mémoire pour recréer des ponts entre les groupes fracturés par l’histoire.

Pour la reconnaissance des souffrances des Polynésiens

Mais nous pouvons aller plus loin. C’est pour cette raison que le 2 juillet 1966, date du premier essai nucléaire aérien sur l’atoll de Mururoa, dans l’archipel polynésien, doit revêtir une résonance toute particulière dans la mémoire collective. Les plaies du peuple polynésien ont été creusées non seulement par la maladie mais également par un destin qu’ils n’avaient pas choisi. La Polynésie a besoin de voir ses souffrances reconnues et de retrouver une considération de la part de toute notre société.

Le temps de la guérison est venu. Le présent doit se rappeler du passé pour pouvoir bâtir un avenir éclairé et juste. Osons faire triompher la transparence et la vérité contre l’ignorance et l’indifférence. Nous avons le choix. Souhaitons-nous faire de cette tragédie une fatalité ou sommes-nous prêts à redonner de la vivacité à notre diversité, par la transmission de valeurs démocratiques et l’encouragement du respect de la personne humaine ?

Rendre hommage aux victimes

Pour les héritiers et les survivants, pour les générations actuelles et futures, le président Emmanuel Macron s’est engagé à rencontrer des représentants polynésiens en convoquant une table ronde à Paris, afin de poursuivre cette lutte pour la reconnaissance des victimes et rendre hommage à ceux qui ont surmonté ces épreuves terrifiantes. Là-bas, de l’autre côté de la planète, où les peuples vivent en parfaite communion avec l’océan, la terre et le soleil, mon père n’a jamais pu y retourner. Enlevé à nous, à ses terres par un dernier combat qui se nomme le cancer.

Cette tribune, c’est aussi pour honorer sa mémoire. C’est mon devoir en tant que fille, en tant que citoyenne. Churchill disait qu’un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. En tant que Française, née d’une double culture, je suis fière d’être le témoin d’une République qui se réconcilie avec son passé, en reconnaissant même les zones les plus sombres de son histoire.

Par Stéphanie Atger (Députée LREM de l’Essonne et coordinatrice de la délégation aux Outre-Mer à l’Assemblée nationale), publié le 23 juin 2021 à 11h00

https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/06/23/essais-nucleaires-la-polynesie-a-besoin-de-voir-ses-souffrances-reconnues_6085343_3232.html

NDLR : « Décideurs de notre pays, écoutez ce cri ultime et émouvant »