NUCLÉAIRE : L’ÉTAT FRANÇAIS AIDE AREVA À SOLDER LE PASSIF DE L’EPR FINLANDAIS

Pour régler un nouveau surcoût de 600 millions d’euros, l’État va racheter à la société, pour 994,1 millions d’euros, une partie des titres qu’elle détient au capital d’Orano, le groupe chargé de gérer le cycle du combustible.

Nouvelle partie dans le jeu de bonneteau financier de la filière nucléaire. L’État va acquérir, mi-juillet, 16,6 % du capital du groupe nucléaire Orano SA pour un montant de 994,1 millions d’euros auprès d’Areva SA et de la Caisse des dépôts et consignations (CDC). C’est ce que prévoient deux arrêtés publiés, mardi 6 juillet, au Journal officiel. Objectif : permettre à Areva SA de financer l’achèvement du chantier de l’EPR finlandais d’Olkiluoto, dont les retards à répétition se sont soldés par un gouffre financier.

En 2003, la jeune société Areva, créée deux ans plus tôt sous l’égide d’Anne Lauvergeon, avait proposé son réacteur de troisième génération EPR conçu avec l’allemand Siemens à un prix imbattable (3,3 milliards) ; il s’était engagé à le construire en quatre ans (2005-2009). Un double pari très hasardeux pour une tête de série, où l’on essuie toujours les plâtres.

Dérive des coûts à dix milliards d’euros

La dérive des coûts à dix milliards a été épongée par le consortium Areva-Siemens. En mai, Areva SA avait conclu avec TVO, le futur exploitant de la centrale, un accord réévaluant les coûts de la centrale. La société devra encore verser 600 millions d’euros supplémentaires à son client.

Dans le cadre de la restructuration de la filière nucléaire décidée par l’État en 2015, Areva SA avait vu son rôle cantonné à celui d’une structure de défaisance. Pour qu’elle puisse faire face à ses engagements, elle avait reçu deux milliards de l’État et 40 % d’Orano, la nouvelle société chargée de gérer le cycle du combustible (mines d’uranium, enrichissement, traitement-recyclage des déchets…).

Sur ces 40 %, 10 % avaient été placés en fiducie auprès de Natixis pour sécuriser un prêt accordé par Siemens Bank, et 10 % en fiducie auprès de la CDC pour sécuriser un prêt accordé par un pool bancaire. L’Agence des participations de l’Etat (APE) affirme que ce pool voulait exercer son droit de cession.

Avec ce nouveau rachat, la part de l’État dans Orano va ainsi passer de 54 % à 70,6 % et celle d’Areva SA tomber à 9,4 %, le solde se partageant entre Natixis, la CDC et les industriels japonais du nucléaire MHI et JNFL, tandis que le Commissariat à l’énergie atomique conserve une action.

Accord à l’amiable avec EDF

Areva SA a un autre passif important à solder. Dans les dossiers l’opposant à EDF, il vient d’aboutir à un accord à l’amiable : d’ici à la fin 2021, il lui versera 563 millions d’euros pour clore « l’ensemble des différends », l’opposant au groupe d’électricité depuis six ans sur des malfaçons importantes dans le forgeage d’équipements lourds réalisés par Areva NP, devenu filiale d’EDF en 2018 sous le nom de Framatome.

Le contentieux portait sur le fond et le couvercle de la cuve de l’EPR de Flamanville (Manche), où des contrôles avaient révélé d’importantes ségrégations carbone fragilisant la structure de cet équipement critique forgé à l’usine du Creusot (Saône-et-Loire). Des défauts sur des générateurs de vapeur destinés à des centrales en service avaient aussi été repérés.

EDF envisageait de réclamer au total 2,5 milliards à Areva SA. Son PDG, Jean-Bernard Lévy, était d’autant plus fondé à poursuivre son fournisseur que celui-ci avait dissimulé ses erreurs en falsifiant des documents censés assurer la traçabilité des travaux. Mais pour finir, c’est l’État qui règle la facture, et donc les contribuables.

Par Jean-Michel Bezat, publié le 08 juillet 2021 à 15h29

https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/07/08/nucleaire-l-etat-francais-aide-areva-a-solder-le-passif-de-l-epr-finlandais_6087579_3234.html