SAINT-LAURENT-DES-EAUX : LA CENTRALE NUCLÉAIRE DANS LE VISEUR DE L’AUTORITÉ DE SÛRETÉ

Pour l’ASN, les derniers incidents recensés à la centrale de Saint-Laurent ne sont pas dus à un vieillissement des installations, mais à un manque de rigueur.

Ces derniers mois, plusieurs incidents sont survenus à la centrale nucléaire de production d’électricité (CNPE) de Saint-Laurent-des-Eaux. Parmi ces dysfonctionnements, certains ont entraîné des arrêts dits automatiques. Ces coupures intempestives de production ne sont pas du tout programmées comme peuvent l’être les arrêts de tranches pour un rechargement de combustible ou des opérations de maintenance.

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), dont le rôle est de contrôler ces installations en toute indépendance et transparence, est catégorique. « Pour les arrêts automatiques, il ne s’agit pas d’un problème de vieillissement des installations mais bien d’un manque de rigueur de l’exploitant dans la prise en compte du retour d’expérience », stipule Christian Ron, adjoint au chef de division de l’ASN.

Une contamination corporelle

De quels incidents parle-t-on ? Revenons sur les derniers en date. Jeudi 29 juillet, une équipe est intervenue sur un robinet situé dans le bâtiment réacteur n° 1 actuellement en arrêt programmé. Lors du contrôle radiologique en sortie de zone, une contamination a été détectée au niveau d’une oreille d’un intervenant. Les analyses ont révélé que le travailleur avait reçu en une seule fois plus du quart de la dose maximale autorisée sur toute une année. Cet événement a été déclaré le 2 août par la direction de la centrale à l’ASN au niveau 1 de l’échelle internationale des événements nucléaires Ines qui en compte 7. « La contamination corporelle est liée à la mise en œuvre manifestement insuffisante des dispositions de radioprotection que l’analyse approfondie de l’événement nous permettra d’apprécier », écrit l’ASN que nous avons sollicitée.

Problème de refroidissement

Le 16 juillet, une autre anomalie survient. Alors que le réacteur 1 est en arrêt pour rechargement, l’exploitant constate l’augmentation anormale de la température de la piscine d’entreposage du combustible. « Le refroidissement de la piscine est nécessaire pour évacuer la puissance résiduelle dégagée par les assemblages de combustible », signale l’ASN. D’après les investigations menées par l’exploitant, ce problème est intervenu après la fermeture inappropriée de vannes ayant provoqué la perte de refroidissement. L’ASN explique que l’exploitant a retrouvé la disponibilité d’une voie permettant de rétablir le refroidissement de la piscine moins d’une heure après la détection du défaut. Cet incident a été classé au niveau 0 puis est passé au niveau 1 de l’échelle Ines quelques jours plus tard après une analyse approfondie.

Un peu plus tôt, le 1er juillet, c’est un nouvel arrêt automatique qui est constaté, soit le troisième d’affilée sur le réacteur 1 en l’espace d’un mois après ceux des 30 et 31 mai. Ces événements de fin mai ont été causés par la défaillance d’une vanne d’alimentation due à la détérioration d’un câble. Sauf que le lendemain, lors du redémarrage après réparation, ce sont des algues présentes sur la paroi des tours aéroréfrigérantes qui ont obstrué les filtres du circuit de refroidissement et déclenché l’arrêt automatique. Pour couronner le tout, une autre opération simultanée a entraîné le déboîtement d’une des canalisations situées dans des galeries reliant les deux tranches, provoquant une inondation interne. Ces dysfonctionnements ont fait l’objet d’une inspection de l’ASN pour en analyser les causes et conséquences.

D’autres arrêts automatiques s’étaient aussi produits en 2020.

« Chacun des problèmes auquel a été confrontée la centrale de Saint-Laurent avait déjà été rencontré sur le site ou sur une autre installation EDF. L’ASN a constaté une certaine forme d’habituation à l’écart qui devait être corrigée. Depuis 2018, le CNPE a mis en place un plan de rigueur sûreté pour répondre à ces faiblesses identifiées. » L’ASN relevait, lors de son bilan de la sûreté 2020, que le site présentait des performances stables malgré ce plan déployé. « EDF nous a transmis un programme d’actions pour compléter le plan de rigueur en cours, ajoute l’ASN. Nous analysons actuellement ces évolutions afin de déterminer les suites qu’il conviendra d’y donner. »

Publié le 13/08/2021 à 06h25, mis à jour le 13/08/2021 à 08h41

Photo en titre : Après plusieurs incidents à la centrale de Saint-Laurent, l’exploitant a dû revoir et compléter son plan de rigueur. © (Photo archives NR, Jérôme Dutac)

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