ARMES NUCLÉAIRES : LA MENACE EXISTE TOUJOURS

En 2021, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires est entré formellement en vigueur. Il complète un autre traité en cours d’adoption.

Le dernier essai nucléaire effectué sur la planète l’a été par la Corée du Nord en 2017. Malgré la dégradation de son économie domestique, Pyongyang a cependant continué de développer son programme et ses missiles balistiques encore en 2021, en violation des sanctions internationales, affirme un rapport des Nations unies publié le 6 août dernier.
« On regrette notamment l’absence des États-Unis et de la Chine »

Le 29 août, c’est la journée internationale contre les essais nucléaires.

Une initiative lancée par l’Onu. En janvier 2021, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires est entré formellement en vigueur. À l’heure actuelle, 86 pays du monde en sont signataires et 55 l’ont effectivement ratifié.

Ce nouveau traité vise à interdire purement et simplement les armes nucléaires dans le monde. Du fait de cette interdiction, l’ensemble d’actes liés à la production et l’investissement est donc désormais prohibé.

Édith Boulanger, membre du Bureau national du mouvement de la paix, explique dans un article pour The Conversation, que ce traité doit permettre aussi aux opposants de faire pression sur les grandes entreprises et sur les grandes banques pour qu’elles cessent d’investir dans l’armement nucléaire.

De plus, une disposition prévoit que les États ne pourront plus installer de bases nucléaires à l’étranger. Le traité ajoute aussi l’interdiction complète des essais nucléaires afin de mettre un terme aux explosions expérimentales d’arme nucléaire ou d’autres explosions, même à des fins civiles.

Deux traités se complètent Neuf États disposent actuellement de l’arme nucléaire : les États-Unis, la Russie, le Royaume-Uni, la France, la Chine, Israël, l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord. Parmi elles, seules trois – la France, le Royaume-Uni et la Russie – ont signé et ratifié un autre traité : celui qui instaure l’interdiction complète des essais nucléaires, initié en 1996. Trois autres, ont aussi signé ce traité, mais ne l’ont pas ratifié. Il s’agit de la Chine, des États-Unis et d’Israël. Enfin, la Corée du Nord, l’Inde et le Pakistan ne l’ont ni signé, ni ratifié.

« On regrette la position des États-Unis et de la Chine. Si ces deux états ratifient ce Traité d’interdiction complète des essais (TICE) nucléaires (1), on peut penser que cela entraînerait un certain nombre d’autres pays à faire de même », explique Jean-Marie Collin, expert et porte-parole de l’ICAN France (Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires).

« La seule façon d’éliminer le risque nucléaire est de mettre fin à ce type d’armes » (Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies)

Pour autant, même non signé et non ratifié, ce traité est formellement respecté par tous les États, à l’exception de la Corée du Nord, donc. Certains pays, dont la France, ont même détruit leurs centres d’essai. « À ce jour, il est peu probable que les États-Unis ou la Chine décident d’engager de nouveau des essais nucléaires, parce qu’ils savent que cela créera une émotion internationale et entraînera forcément des conséquences négatives » ajoute Jean-Marie Collin.

De surcroît, ces deux puissances maîtrisent parfaitement la fabrication d’une bombe atomique. Ils auraient donc peu d’intérêt scientifique à mener de nouveaux essais. En revanche pour l’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord, effectuer une campagne serait un moyen d’afficher leur puissance.
Le risque existe donc toujours. « La méfiance et les tensions croissantes entre les États dotés d’armes nucléaires ont augmenté les risques nucléaires. Les programmes de modernisation des arsenaux font peser la menace d’une course aux armements nucléaires qualitative, basée non pas sur des chiffres, mais sur des armes plus rapides, plus furtives et plus précises », a déclaré en octobre 2020 António Guterres, secrétaire général des Nations unies dans un rapport de l’ONU. « La seule façon d’éliminer le risque nucléaire est de mettre fin à ce type d’armes ».

(1). Le TICE est avec le Traité sur la non-prolifération des armes (1968) et le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, l’un des trois traités de portée universelle en matière de désarmement nucléaire.

En savoir plus

Les essais nucléaires atmosphériques ont entraîné des retombées radioactives dont les conséquences sanitaires et environnementales sont encore peu connues. Selon Bruno Barrillot, cofondateur de l’Aven, un certain nombre d’effets des rayonnements nucléaires peuvent se manifester quelques années après l’exposition. Parmi eux, et mis à part les effets génétiques, on peut citer la formation de cataractes, la réduction de la durée de vie, la leucémie, certaines autres formes d’affections malignes et le développement retardé des enfants in utero au moment de l’irradiation.

Repères

Le 27 juillet 2021, à Papeete, Emmanuel Macron a officiellement reconnu dans un discours que « la Nation a une dette à l’égard de la Polynésie française ». Évoqué les essais nucléaires abrités en Polynésie « entre 66 et 74 », dont « on ne peut absolument pas dire qu’ils étaient propres », il a expliqué aux Polynésiens qu’il voulait « la vérité et la transparence avec vous ».

Au total, 193 essais ont eu lieu en Polynésie française jusqu’en 1996. Depuis de nombreuses années, le Loir-et-Chérien Jean-Louis Camuzat, président de l’Association des vétérans des essais nucléaires (Aven) milite au plus près des hautes sphères de l’État pour obtenir une meilleure reconnaissance. Grâce à ses efforts, le nombre de dossiers de vétérans qui ont été traités a été multiplié par vingt. L’un des enjeux aujourd’hui est d’ouvrir des enquêtes transgénérationnelles, pour pouvoir suivre l’impact causé par les radiations sur les descendants des vétérans.

Publié le 29/08/2021 à 06h25, mis à jour le 29/08/2021 à 08h46

Photo en titre : Le CEP (Centre d’expérimentations du Pacifique) a détruit les installations utilisées pendant la période des essais nucléaires effectués en Polynésie française. © (Photo Maxppp)

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