LES ALLEMANDS EN DÉSACCORD SUR LA QUESTION DE LA DISSUASION NUCLÉAIRE CONTRE LA RUSSIE

BERLIN: La ministre allemande de la Défense par intérim, Annegret Kramp-Karrenbauer, a déclaré que l’OTAN était prête à recourir à la dissuasion nucléaire en cas d’attaque russe contre un membre de l’Alliance. Cette déclaration a déclenché de vives réactions en Allemagne.

«  Nous devons faire comprendre très clairement à la Russie qu’en fin de compte — et c’est aussi la doctrine de dissuasion — nous sommes prêts à utiliser de tels moyens pour que cela ait un effet dissuasif en amont et que personne n’ait l’idée, par exemple, dans les zones au-dessus des États baltes ou en mer Noire, d’attaquer les partenaires de l’OTAN  », a-t-elle déclaré dans une interview à Dlf.

«  C’est l’idée principale de l’OTAN, de cette alliance, et elle sera adaptée au comportement actuel de la Russie. Nous constatons notamment des violations de l’espace aérien au-dessus des États baltes, mais également une augmentation des attaques autour de la mer Noire  », a-t-elle ajouté.

Ces déclarations surviennent alors que la Russie a annoncé la semaine dernière qu’elle allait rompre les contacts institutionnalisés existants avec l’OTAN. L’alliance a également convenu d’un nouveau plan directeur pour se défendre contre toute éventuelle attaque hybride russe.

La déclaration d’Annegret Kramp-Karrenbauer a suscité une vive réaction de la part de Rolf Mützenich, chef des sociaux-démocrates au parlement allemand, qui l’a qualifiée d’«  irresponsable  ».

Mützenich est particulièrement réputé pour ses opinions pacifistes. Il a rédigé sa thèse de doctorat en 1991 sur les régions dénucléarisées et milite régulièrement pour mettre fin au stationnement d’armes nucléaires américaines sur le sol allemand.

«  Je ne sais pas si la ministre a également pensé aux armes nucléaires encore stockées en Allemagne  », a déclaré M. Mützenich.

Une vingtaine de bombes nucléaires de différentes tailles seraient en attente sur le sol allemand, sur une base aérienne en Rhénanie-Palatinat, en raison du partage nucléaire de l’OTAN.

Les remarques de M. Mützenich sont particulièrement importantes puisqu’il fait partie d’une équipe de six personnes qui dirige les négociations de coalitions. Les partis allemands cherchent à en effet former une coalition «  feux tricolores  » qui devra se repositionner sur des questions telles que le partage nucléaire, la relation de l’Allemagne avec la Russie et sa position vis-à-vis de l’OTAN.

Si tous les partis sont favorables à l’adhésion de l’Allemagne à l’OTAN, la question du partage du nucléaire et de la présence d’armes nucléaires sur le sol allemand reste quant à elle plus controversée. La co-leader des Verts, Annalena Baerbock, critique ouvertement la présence d’armes nucléaires sur le sol allemand.

Le 7 septembre, Mme Baerbock a déclaré à la télévision nationale que «  le désarmement doit également inclure les armes nucléaires américaines ici en Allemagne et dans toute l’Europe  », ajoutant qu’elle était également favorable à l’adhésion au traité des Nations unies interdisant toutes les armes nucléaires.

La faction du SPD au parlement a publié un document de position en 2020, appelant à l’abolition de toutes les armes nucléaires. «  Notre objectif ultime à cet égard est le désarmement mondial complet des arsenaux existants d’armes de destruction massive  », a déclaré la faction.

Alors que le SPD, les libéraux favorables aux entreprises (FDP) et les Verts sont actuellement engagés dans des négociations de coalition afin de mettre en place un gouvernement opérationnel d’ici début décembre, il n’est pas certain que les armes nucléaires aient un avenir sur le sol allemand.

Par Réseau EURACTIV, traduction par Ambrine Dumas, publié le 25 octobre 2021 à 8h51

Photo en titre : La déclaration d’Annegret Kramp-Karrenbauer a suscité une vive réaction de la part de Rolf Mützenich, chef des sociaux-démocrates au parlement allemand, qui l’a qualifiée d’«irresponsable».

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