UN NOUVEAU FLORILÈGE DE DÉFAILLANCES ET ERREURS INQUIÉTANTES À LA CENTRALE ATOMIQUE DU TRICASTIN

Au détour d’une lettre de l’ASN datée du 22 décembre et adressée à la Direction EDF-Tricastin on découvre un nouveau florilège de défaillances et erreurs inquiétantes à la centrale atomique du Tricastin, notamment sur le réacteur nucléaire n°1 :

. des interrupteurs et disjoncteurs d’arrêt d’urgence mal câblés,

. des vibrations sévères et inquiétantes sur des ventilateurs,

. des fuites d’huile sur une pompe haute pression du système d’injection de sécurité,

. la défaillance de plusieurs sondes de température du circuit primaire,

. des montages inadéquates des câbles 6,6kV des transformateurs des tableaux électriques,

. des torons de câblage défaillants.

Les vieilles casseroles périmées du Tricastin n’en peuvent plus mais les nucléocrates et des politiciens en veulent encore. Qu’ils se taisent et qu’on ferme définitivement ces installations de mort.

Dans une lettre de l’ASN à la Direction de la CNPE (Centrale Nucléaire de Production Électrique) du Tricastin daté du 22 décembre dernier on apprend que si l’ASN a autorisé le 3 décembre 2021 la reconnexion (divergence) au réseau du réacteur atomique n°1 après son arrêt pour maintenance et renouvellement partiel de ses produits de fission atomique (faussement nommé « combustible« ) , EDF-Tricastin avait commencé depuis déjà deux jours cette reconnexion passant outre la nécessaire autorisation de l’Autorité. Une reconnexion qui a duré jusqu’au 6 décembre 2021 et une façon de dire qui c’est le véritable patron du nucléaire en Vaucluse/Drôme.

Les deux inspections inopinées menées les 8 et 30  novembre 2021 par les inspecteurs de l’ASN avant le redémarrage de ce réacteur n°1 (INB 87et 88) ont aussi révélé de nouvelles perles du sérieux et de la fiabilité de la nucléocratie quant à la maîtrise technique des interventions sur les réacteurs, la protection sanitaire des populations et les obligations de sécurité censées protéger les territoires.

Un plan obscur d’arrêt d’urgence : coupez pas !

L’arrêt automatique d’un réacteur nucléaire est une disposition de sécurité visant à empêcher la perte de contrôle de la réaction atomique, son emballement et le déclenchement d’une catastrophe nucléaire. Dans ce cadre, EDF a modifié récemment une procédure (PNPP1226A) et a fait remplacer des matériels tels interrupteurs  (AAR) et disjoncteurs (RAM 900) en sous-traitant les opérations à une société spécialisée sur le système d’arrêt d’urgence (RPR310JA). Petit souci : une erreur de câblage a été commise, faute de la transmission d’un plan clair aux intervenants, et des liaisons manquaient. Rien que cela… Du grand art!

Un appel d’air vibrant et décalé : le coup du ventilo

En décembre 2020, un programme de maintenance préventive (PBMP) devait être appliqué après la détection de vibrations sévères et inquiétantes sur les très gros ventilateurs (1DVK002ZV et 1DVN007ZV). Un plan de contrôle avait été fixé en début d’arrêt du réacteur n°1 pour maintenance. Or dans le cadre du contrôle, des dépassements du critère (RGE « A ») ont été détectés par EDF sur ces ventilateurs mais ce n’est qu’au cours de l’inspection de l’ASN du 30 novembre 2021 que les inspecteurs en ont été informés. « On est chez nous on fait ce qu’on veut  » même si, comme le rappelle l’ASN, ce dépassement d’un seuil d’arrêt aurait dû conduire fissa EDF à ouvrir un plan d’action (PA) correctif, ce qui n’a pas été le cas. Pression aidant, EDF-Tricastin s’est résolu à étudier le problème et à envisager le remplacement des plots anti-vibratiles des énormes ventilateurs pour… mars 2022.  Deux ans de gagnés! En attendant, des « vis vérin » ont été posées. Si ce bricolage temporaire de dernière heure (MTI) permet de restaurer des niveaux vibratoires conformes, l’impact sur le fonctionnement des ventilateurs et sur les exigences de sûreté de ces équipements à moyen et long terme est loin d’être assuré. La pseudo autorité de sûreté nucléaire demande à EDF de lui transmettre les éléments confirmant ce remplacement. Avant le 30 avril 2022. Encore un mois de gagné!

Ça baigne… dans l’huile

Lors d’un essai sur une pompe haute pression (1RCV002PO) du système d’injection de sécurité, une fuite d’huile a été détectée sur le raccordement vissé de la tuyauterie d’alimentation du palier multiplicateur de grande vitesse. De légère, une telle fuite d’huile peu très vite devenir importante et bloquer la mécanique. Comme pour le moment le groupe assure encore sa fonction EDF prend son temps et envisage la réfection de l’étanchéité en 2022. En attendant peut-être qu’un bout de chiffon entouré de ficelle fera l’affaire. Et l’ASN gobe ce deal bidon alors que déjà un autre réacteur d’une autre centrale nucléaire, celle de Saint-Laurent-des-Eaux, présentait des problèmes proches le 13 décembre 2021.

Primaire ou le coup de sonde des réacteurs 1 et 2 du Tricastin

Depuis 2019 et 2020 le circuit primaire du réacteur atomique n°1 chargé d’évacuer la chaleur dégagée dans le cœur du réacteur grâce à une circulation d’eau sous pression dans des boucles de refroidissement (la deuxième des trois barrières de sûreté qui empêche en principe la dispersion des produits radioactifs dans l’atmosphère) est défaillant. Des essais périodiques (EP 720 et EP730) ont en effet révélé que les sondes de température de ces boucles du circuit primaire ne respectaient plus du tout leurs fonctions d’alerte ni les critères des règles d’exploitation (RGE A ou B) d’écarts de température. Pas moins de quatre plans d’interventions en deux ans sur ce déséquilibre des lignes de mesure avaient conduit EDF à bricoler « temporairement » (MTI) une permutation des raccordements des sondes aux modules électroniques de traitement pour, au final, finir par remplacer les sondes. Pourtant ces quatre sondes de température avaient déjà fait l’objet en 2007 d’une modification de disposition transitoire (DT n° 149) à la suite déjà du constat de dérive de mesure de température. Alors pourquoi à nouveau ce problème à haut risque? Question d’autant plus légitime que ce problème a également été constaté sur le réacteur nucléaire n°2 du Tricastin (quatre sondes de température concernées selon l’inspection du 21 octobre 2021 (référencée INSSN2021-00466 ). Ça craque de partout mais les fanatiques veulent faire turbiner les vieilles casseroles délabrées dix années de plus.

On s’emmêle les câbles (électriques), alors un bon vieux bout de scotch fera l’affaire

Depuis un temps certain le montage des câbles 6,6kV des transformateurs des tableaux électriques (LLi et LKi) n’est pas conforme. Lors de l’arrêt de tranche du réacteur nucléaire n°1 des contrôles de l’état et du positionnement des câbles visant à remédier à cette anomalie (réf EC 579) qui a fait l’objet d’une mesure particulière (DP n° 351) depuis belle lurette n’ont pas été ni très clairs ni précis. En tous les cas le procès-verbal (PA 232736) censé préciser la liste des tableaux concernés ne détaille pas exhaustivement quels tableaux ont été contrôlés lors de l’arrêt, et pas plus les différents défauts ou écarts constatés lors des contrôles, ni la suite donnée. Réparé ou pas réparé? Mystère et boule de gomme. Et, cerise sur le gâteau, des photos prises lors des contrôles des transformateurs (1 LLA, 1LLC, 1 LLE, 1 LLI et 1 LUU TR) ont montré sur le transformateur 1LLA001TR une proximité étonnante (moins de 4,5 cm) entre un câble et une pièce métallique alors que la distance minimale à respecter est de 5 cm.  À quoi tiennent la sécurité et l’incendie dans un site nucléaire… Pudique, l’ASN ferme les yeux là-dessus. Mais elle s’interroge sur des bouts de ruban adhésif dégradé sur certains câbles de cet autre transformateur (1LLC001TR). Utile ou pas, ou bien un créatif musée des horreurs en devenir pour les jeunes futurs électriciens à former? Peut- être que le collier de serrage visible sur le transformateur 1LLI001TR dont la présence est quelque peu surprenante fera partie aussi des anomalies à ne pas reproduire. Peut-être car personne n’est en mesure d’en expliquer les raisons.

Fixette sur la fixation des torons de câblage

Les fixations des torons de câblage qualifiés (K3) sont défaillantes. On appelle cela dans le jargon jargonnant un écart de conformité (EC499). Aussi une demande particulière (DP n° 354) a été prescrite par l’ASN afin de réaliser le contrôle et la remise en état des fixations de ces embases des torons de portes des équipements électriques. Et ce sur l’ensemble des 58 réacteurs nucléaires du parc d’EDF en exploitation. Au Tricastin 19 matériels auraient nécessité la pose immédiate d’embases collées. Mais ici on considère que le site n’est pas concerné par les écarts de conformité. Les inspecteurs souhaiteraient quand même qu’EDF lance des plans d’actions pour tracer et analyser les écarts. En attendant que chacun retourne tranquillement à son ronron. D’autant que la fameuse « autorité » laisse deux mois aux fraudeurs pour indiquer ce qu’ils comptent faire afin d’ « identifier clairement et préciser, pour chacun, »… non pas la mise en conformité mais … « l’échéance de réalisation« . Un classique de laisser-pisser. Et si à l’approche de l’échéance EDF décidait de la repousser merci d’en informer l’autorité. Ouh là là, on tremble devant de telles exigences de sécurité.

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Par admin, publié le samedi 25 décembre 2021 à 13h09

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2021/12/25/Nouveau-florilege-de-defaillances-et-erreurs-a-la-centrale-atomique-du-Tricastin