TROIS RÉACTEURS S’ARRÊTERONT DEMAIN : VOICI COMMENT L’ALLEMAGNE VA SORTIR DU NUCLÉAIRE DÈS 2022

Trois réacteurs seront mis à l’arrêt ce vendredi 31 décembre 2021, les trois derniers suivront, un an plus tard. Le nouveau gouvernement allemand entérine la fin de l’atome, malgré des oppositions.

Discutée depuis des décennies et entérinée après la catastrophe de Fukushima en 2011 par la loi atomique, la sortie du nucléaire se concrétise en Allemagne : les six derniers réacteurs, d’une puissante nette de 8,1 gigawatts, seront définitivement mis à l’arrêt le 31 décembre 2022.

35 unités nucléaires arrêtées en 20 ans

Dès ce vendredi 31 décembre 2021, les réacteurs de Brokdorf, Grohnde et Gundremmingen C seront débranchés du réseau électrique allemand. Le retrait d’Emsland, Neckarwestheim 2 et Isar 2 est programmé le même jour, l’an prochain. En deux décennies, l’Allemagne aura fait une croix sur trente-cinq unités nucléaires et cherche toujours un lieu de stockage définitif pour ses déchets radioactifs.

L’énergie atomique assurait encore 11,8 % de la production d’électricité, soit environ 60 térawattheures des 646 TWh annuels du pays, en 2018. L’équation pour compenser cette perte s’annonce compliquée. Après une année record en 2020, les énergies renouvelables, moins constantes, sont redescendues à environ 42 % pour l’année 2021. La nouvelle coalition gouvernementale, dirigée par les sociaux-démocrates alliés aux écologistes et aux libéraux, veut également se débarrasser du charbon, idéalement dès 2030​.

L’opposition aura bataillé jusqu’au bout

Quelques voix, allemandes et européennes, tel l’éditorialiste écologiste du journal britannique The Guardian, George Monbiot, ont tenté jusqu’au bout d’empêcher la sortie du nucléaire, en publiant une lettre ouverte dans le quotidien Die Welt, le 13 octobre. Leur crainte ? Que la perte d’une source d’énergie décarbonée soit compensée par une hausse du charbon, le plus néfaste des combustibles fossiles : L’Allemagne risque de manquer son objectif climat de 2030, malgré tous ses efforts…

Début décembre, l’Institut économique allemand (DIW) a admis qu’une hausse des émissions est à prévoir, mais qui devra être compensée par une accélération du développement des énergies renouvelables. Le DIW se montre rassurant et ne juge pas cette sortie du nucléaire problématique. À court et à moyen terme, il y a assez de capacités et l’approvisionnement ne sera pas mis en danger. L’Allemagne est un gros producteur. En 2018, elle a exporté 82,7 TWh vers ses neuf voisins directs (dont la France) et en a importé 31,5 TWh, soit un solde exportateur net de 51,2 TWh.

80 % d’énergie renouvelable d’ici à 2030

Le nouveau chancelier Olaf Scholz n’a pas remis en cause l’abandon de l’atome. L’énergie nucléaire est la mauvaise voie, disait-il à Ouest-France, en mai.  Sur ce point, nous avons clairement une position différente de celle du gouvernement français. Le problème des déchets n’est pas résolu. La construction de nouvelles centrales est très chère. Son programme vise les 80 % de renouvelables d’ici 2030.

L’Allemagne fait partie des cinq pays de l’UE qui se sont affichés contre l’inscription du nucléaire dans la taxonomie européenne, un classement qui le rendrait accessible à des financements redirigés vers la lutte climatique. La Commission doit rendre son avis ce 30 décembre. Le nucléaire et le gaz devraient en faire partie, selon la plupart des observateurs.

Par Ouest-France , Sébastien VANNIER, publié le 30/12/2021 à 06h15, modifié le 30/12/2021 à 20h05

Photo en titre : Les six derniers réacteurs encore en activité seront définitivement mis à l’arrêt le 31 décembre 2022. | LUKAS BARTH / REUTERS

https://www.ouest-france.fr/environnement/nucleaire/2022-sera-la-derniere-annee-du-nucleaire-en-allemagne-4d93fc7c-689a-11ec-b5b1-252c51622bfb