LA FIN DU DÉMANTÈLEMENT NUCLÉAIRE DE FONTENAY-AUX-ROSES REPORTÉE… À 2057

ENQUÊTE- La fin des opérations de démantèlement des installations nucléaires du CEA de Fontenay-aux-Roses, en région parisienne, est désormais prévue pour 2057. Initialement planifié pour 2018, le bouclage des travaux a été repoussé à de multiples reprises.

Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que le site du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Fontenay-aux-Roses, dans les Hauts-de-Seine, soit définitivement démantelé? Les Franciliens habitant aux alentours devront encore patienter plusieurs décennies. C’est en tout cas ce que nous a confié le CEA qui prévoit désormais une fin des opérations pour 2057. Et ce n’est pas la première fois que le centre revoit sa copie.

Précisée dans deux décrets publiés en 2006, la fin du démantèlement devait être achevée en 2018. Mais dès 2011, le CEA de Fontenay-aux-Roses a alerté les autorités sur ses difficultés à tenir l’échéancier. Au fil des années, plusieurs dates sur le bouclage du chantier ressortent: 2025, 2034, 2040, puis désormais 2057. « La direction s’est rendu compte que ce n’était pas possible de finir le démantèlement dans les délais initialement prévus au vu de certaines difficultés techniques et administratives rencontrées”, explique Régis Vallée, chef de l’unité d’assainissement-démantèlement du site de Fontenay-aux-Roses. Le centre a en effet dû faire face à divers « aléas« , le contraignant à prioriser ses activités « pour concentrer ses forces vers les zones les plus radioactives« , détaille-t-il. Concrètement, deux bâtiments ont été classés prioritaires, ce qui équivaut en réalité à la quasi-totalité du site.

Dès 2018, le CEA a demandé une modification des décrets de démantèlement de 2006, en proposant et justifiant des dates de fin des opérations. Mais à ce jour, aucune modification n’a été effectuée. « Le dossier est actuellement en cours d’expertise par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (ISN)« , rapporte l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

« Il faut que ça se termine« 

Ces reports continus de travail d’assainissement et de démantèlement dont l’objectif est d’éliminer toute trace de radioactivité sur le site en agacent toutefois certains. « Je ne comprends pas cette situation alors que nous sommes dans une zone densément peuplée, en pleine région parisienne. Il faut que ça se termine pour qu’on puisse enfin tourner la page », s’indigne Laurent Vastel, maire de Fontenay-aux-Roses depuis 2014. Pour rassurer les riverains situés dans un rayon de cinq kilomètres autour du site, notamment les 24.000 habitants de Fontenay-aux-Roses, une Commission locale d’Information (CLI) a été créée en 2010.

Élus, associations de protection de l’environnement, représentants de l’ASN, du CEA, organisations syndicales et autres acteurs se retrouvent deux fois par an pour faire un état des lieux de l’avancée des travaux. À noter que seulement une assemblée générale sur deux est ouverte au public. « Il y a une certaine vigilance chez les habitants. Les craintes existeront toujours à partir du moment où des déchets radioactifs sont présents près de chez eux« , confie Jacques Vire, président de la CLI depuis avril 2021, succédant à Laurent Vastel.

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Déchets radioactifs

27 ans après le début du démantèlement du CEA de Fontenay-aux-Roses, des déchets radioactifs – majoritairement des déchets Très Faiblement Actifs (TFA), et en moindre quantité, des Hautement Actifs (HA) – sont en effet encore présents sur le site. Des évacuations sont régulièrement opérées pour envoyer les déchets vers différents sites français, gérés par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). « On transfère en moyenne 150m3 de déchets très faiblement radioactifs et 25m3 faiblement ou moyennement radioactifs par an« , précise Régis Vallée. Bien qu’aucun incident important n’ait été rapporté depuis le lancement du chantier, quelques couacs viennent bousculer le travail des 60 salariés mobilisés sur le site de Fontenay-aux-Roses.

En mars 2021, des traces de plutonium, un métal radioactif, ont été détectées par le CEA dans des anciennes canalisations du site. « Aucune conséquence pour les personnes ou l’environnement » n’a toutefois été relevée, indique l’ASN avant de préciser que de manière générale, l’exploitant « respecte le référentiel applicable d’autorisation de rejet et de prélèvement dans l’environnement défini par un arrêté ministériel« . « Les rejets du site se situent à 1 MBq, ce qui correspond à un niveau de radioactivité jugé sans incidence pour la santé des riverains« , note-t-elle. De quoi rassurer les habitants sur l’impact de ces travaux sur leur santé et l’environnement. À noter que l’ASN réalise des contrôles réguliers sur le chantier de Fontenay-aux-Roses dont les travaux sont estimés entre 25 à 30 millions d’euros par an, selon le CEA. Ces cinq dernières années, 35 inspections ont été réalisées sur le site.

Par Eugénie Barba, publié le 31 janvier 2022 à 18h29

Photo en titre : Le CEA de Fontenay-aux-Roses a une nouvelle fois revu sa copie concernant la fin des opérations de démantèlement du site. Le centre espère en finir d’ici 2057. (Photo d’illustration Céline JANDAURECK / CEA / AFP)

https://www.challenges.fr/entreprise/energie/la-fin-du-demantelement-nucleaire-de-fontenay-aux-roses-reportee-a-2057_798544

NDLR : cet exemple et celui de Brennilis donnent raison à ceux qui vitupèrent contre la très nette sous-estimation d’EDF pour le délai et surtout le coût du démantèlement de l’ensemble du parc nucléaire. Nos enfants apprécieront… ! Car ce sont eux qui vont payer puisque les provisions seront largement insuffisantes!!!

Pour information, le CEA/Fontenay-aux-Roses a été créé en 1946 pour développer le nucléaire français.