Le président français a dévoilé, jeudi à Belfort, son plan de relance du nucléaire et sa stratégie énergétique pour la France. Il a notamment annoncé la construction d’une série de nouveaux réacteurs nucléaires EPR de deuxième génération.
À deux mois de la présidentielle, Emmanuel Macron a dévoilé, jeudi 10 février à Belfort, son plan de relance du nucléaire et, plus globalement, sa stratégie énergétique pour la France.
Le chef de l’État veut notamment faire construire d’ici 2050 six nouveaux réacteurs nucléaires EPR et en envisage huit autres supplémentaires, a-t-il annoncé jeudi à Belfort, avec une mise en service du premier EPR2 vers 2035.
Ils seront complétés par de petits réacteurs modulables (SMR) et des réacteurs « innovants » produisant moins de déchets, avec l’objectif de « 25 gigawatts de nouvelles capacités nucléaires d’ici 2050« , une « révolution » justifiée par la hausse des besoins d’électricité.
« Prolonger tous les réacteurs qui peuvent l’être«
Emmanuel Macron veut également « prolonger tous les réacteurs qui peuvent l’être », au-delà de 50 ans si possible, ce qui constitue une volte-face par rapport aux objectifs de 2018 d’en fermer une douzaine.
« J’ai pris deux décisions fortes : prolonger tous les réacteurs nucléaires qui peuvent l’être, sans rien céder sur la sûreté » et « qu’aucun réacteur nucléaire en état de produire ne soit fermé à l’avenir (…) sauf raison de sûreté« , a-t-il dit à Belfort, précisant avoir demandé à EDF « d’étudier les conditions de prolongation au-delà de 50 ans« .
La France ne construit actuellement qu’un seul nouveau réacteur nucléaire, l’EPR de Flamanville (Manche), dont le chantier entrepris en 2007 n’est toujours pas achevé et pour lequel EDF a annoncé de nouveaux retards et surcoûts.
Accompagné de plusieurs ministres, le président et quasi-candidat a fait ses annonces depuis le site de fabrication des turbines Arabelle équipant les centrales nucléaires françaises, vendu en 2015 à l’américain General Electric (GE) lorsqu’il était ministre de l’Économie.
Ce choix de vendre à GE la branche énergie d’Alstom lui a été reproché régulièrement.
Depuis, Emmanuel Macron a opéré un virage progressif, jusqu’à assumer son choix pro-nucléaire, lui qui en 2017 insistait surtout sur son engagement de réduire le nucléaire à 50 % de la production électrique.
Sous la pression de l’exécutif, EDF négocie depuis des mois pour racheter les activités nucléaires du conglomérat américain, dont les turbines Arabelle.
Mais rien ne filtre depuis un conseil d’administration du groupe EDF lundi, si ce n’est qu’un protocole de négociations pourrait finalement être annoncé, plutôt qu’un accord plus abouti, même si plusieurs ministres ont déjà anticipé la « bonne nouvelle« .
Le 9 novembre dernier, Emmanuel Macron avait annoncé que la France allait « pour la première fois depuis des décennies relancer la construction de réacteurs nucléaires » et « continuer de développer les énergies renouvelables« .
Le projet a pour but de « garantir l’indépendance énergétique de la France » et « atteindre nos objectifs, en particulier la neutralité carbone en 2050« , avait fait valoir le chef de l’État.
EDF a déjà remis à l’État une proposition pour construire six réacteurs EPR2 pour une cinquantaine de milliards d’euros.
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« Ça participe à notre indépendance énergétique«
Le groupe propose de les construire par paires sur trois sites : d’abord à Penly (Seine-Maritime), près de Dieppe, puis à Gravelines (Nord) et enfin à Bugey (Ain) ou bien Tricastin (Drôme).
« L’État contribuera et jouera son rôle » dans le financement, promet l’Élysée.
« Plusieurs audits externes ont été faits par le gouvernement pour attester de la solidité du chiffrage par EDF et ces éléments seront rendus publics dans les jours qui suivent le discours du président« , précise encore la présidence.
À Belfort, Emmanuel Macron devrait aussi parler du programme des petits réacteurs nucléaires (SMR).
Le nucléaire, « c’est écologique, ça permet de produire de l’électricité sans carbone, ça participe à notre indépendance énergétique et ça produit une électricité qui est très compétitive« , résume l’Élysée.
Mais au-delà, c’est une stratégie énergétique globale que doit présenter le chef de l’État, soucieux de montrer qu’il continue à accorder de l’importance aux énergies renouvelables, pour lui complémentaires du nucléaire.
« Construire un nouveau réacteur nucléaire, ce n’est pas avant quinze ans, donc les énergies renouvelables on en a besoin tout de suite« , souligne l’Élysée.
Emmanuel Macron pourrait ainsi évoquer le développement des éoliennes en mer, moins contestées que les éoliennes terrestres.
Autre piste, les économies d’énergie, avec l’objectif de « réduire nos consommations sans perdre en qualité de vie ou pouvoir d’achat« .
Le discours-cadre que le chef de l’État doit prononcer à Belfort trace donc une perspective de long terme, mais doit aussi lui permettre d’occuper d’ores et déjà l’un des sujets majeurs de la campagne.
Le nucléaire est l’un des thèmes de la campagne présidentielle de 2022, certains candidats en prônant une sortie plus ou moins rapide (écologistes ou Insoumis), tandis que d’autres (notamment à droite et à l’extrême droite mais aussi au Parti communiste) sont favorables à cette énergie.
Yannick Jadot, candidat EELV à la présidentielle, dénonce un « électoralisme » du président qui, selon lui, « juste avant l’élection présidentielle, essaie de corriger l’aberration d’avoir vendu Alstom à General Electric, dans des conditions absolument inacceptables pour la France« .
À l’unisson, l’ONG Greenpeace fustige un « objectif électoraliste » d’un « candidat opportuniste« .
Par FRANCE 24, publié le 10/02/2022 à 07h25, modifié le 10/02/2022 à 16h49
Photo en titre : Le président français Emmanuel Macron lors de sa visite du principal site de production de GE Steam Power System à Belfort, dans l’est de la France, le 10 février 2022. © Jean-François Badias, AFP
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