EPR 2 : L’ÉTAT AU CHEVET DU NOUVEAU RÉACTEUR

Selon un audit gouvernemental publié ce vendredi, la mise en service du premier EPR2 est «envisagée à l’horizon 2037».

EDF propose, pour le nouveau programme nucléaire français de six réacteurs, le développement d’un nouveau modèle, plus simple mais tout aussi puissant que l’EPR. Baptisé EPR 2, il est censé tirer les enseignements des déboires de l’EPR de Flamanville. Le gouvernement a publié vendredi un rapport d’expertise sur ce sujet stratégique. Jusqu’à présent, la date de 2035 était envisagée par EDF pour l’entrée en fonctionnement du premier EPR 2. Les auteurs du rapport gouvernemental estiment que celle-ci ne pourrait survenir qu’en 2037. « Le calendrier ­intègre deux ans de marge calendaire par rapport au calendrier non margé du projet selon EDF », précisent-ils.

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Pour tenir ses délais, EDF doit obtenir les permis de construire d’ici 2026. Ensuite, il devra avancer sur les études d’ingénierie avant d’engager le « premier béton », c’est-à-dire poser la première pierre, en 2028. « Sous réserve que les travaux d’adaptation du premier site d’implantation aient pu démarrer dès 2024 », précise le rapport.

Encore des incertitudes

La facture devrait s’élever à 51,7 milliards d’euros, hors frais financiers. Or, dans ce genre de très grand projet sur très long terme, le coût du financement est très lourd. Ainsi, l’électricité produite sortirait à 40 euros le mégawattheure avec un coût du capital de 1%, mais à 60 euros le méga­wattheure avec un coût du capital de 4%, et à 100 euros avec un coût de financement à 7%. Ces chiffres sont à comparer avec un coût du parc installé amorti de 49 euros aujourd’hui, ou avec le prix garanti actuel de 59,50 euros pour l’éolien terrestre. Et de plus de 110 euros pour l’EPR de Flamanville.

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Toutefois, l’EPR 2 est encore dans une phase précoce de ­développement. Le projet nécessite encore 20 millions d’heures d’ingénierie. À ce titre, préviennent les auteurs du rapport, « le programme industriel de construction de réacteurs nucléaires de type EPR2 n’étant pas encore finalisé, des incer­titudes techniques et économiques demeurent ». Incertitudes normales à ce stade de développement, ajoutent-ils. Des éléments structurants de l’architecture de l’EPR 2 doivent encore recevoir le blanc-seing de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). En particulier, la résistance de la nouvelle enceinte du réacteur aux chutes d’avions doit encore être validée par l’ASN et l’administration.

Le gouvernement tient aussi à s’assurer que la filière est en ­ordre de marche pour répondre à la commande. Il s’agit d’éviter les malfaçons qui ont plombé le chantier de l’EPR de Flamanville. La filière a déjà lancé un plan Excell d’amélioration de la qualité des compétences. Dans le cadre du plan Juliette, Framatome s’est lancé dans la fabrication de pièces tests. « L’efficacité de la diffusion des progrès au sein de la filière doit maintenant être évaluée », enjoint l’État. Un audit externe du gouvernement sur toute la filière sera mené cette année.

Par Guillaume Guichard, publié hier le 18 février 2022 à 12h27, mis à jour le 18 février 2022 à 20h31

Photo en titre : «Je souhaite que six EPR2 soient construits», et que des études soient lancées sur la construction de «huit» autres additionnels, a déclaré Emmanuel Macron le 10 février. POOL / REUTERS

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/relance-du-nucleaire-le-cout-median-de-six-epr2-estime-a-51-7-milliards-d-euros-20220218

NDLR : Comme vous le constatez dans cet article, le prix de revient du mégawattheure peut varier de plus du simple au double selon le mode de financement de la construction des réacteurs. Donc si vous ne voulez pas du nucléaire, il ne faudra pas le financer, même si on vous promet des obligations garanties avec un beau rendement !