EDF RACHÈTE DEUX FOIS PLUS CHER LA BRANCHE NUCLÉAIRE DE GENERAL ELECTRIC

La partie nucléaire de General Electric vendue à EDF est valorisée à hauteur d’1,2 milliard de dollars. Deux fois le prix de vente de cette entité, en 2014. Une entité dont les contours sont aussi réduits.

« On l’a vendu pas chère et on la rachète très chère ! » s’étonne un témoin privilégié de la vente de la branche énergie d’Alstom en 2014-2015. Ce qu’il évoque, c’est le prix de vente de la partie nucléaire de ce deal, en cours de rachat à General Electric par EDF (lire notre article). Selon Le Canard Enchaîné, dans son édition du 16 février, EDF rachète « deux fois plus cher que le prix de vente ». Une information que Le Trois est en mesure de confirmer.

Aujourd’hui, « la valorisation du deal », selon une source proche du dossier, est fixée à 1,2 milliard de dollars (1,050 million d’euros). Un montant bien supérieur aux 273 millions d’euros annoncés le 4 février dans Les Échos, quelques jours avant la confirmation de négociations exclusives entre EDF et General Electric et avant l’annonce de la relance de la filière nucléaire en France par Emmanuel Macron, depuis Belfort. « Ce secret protège aussi un tour d’escamotage pas très avouable », tance Le Canard Enchaîné. « EDF fait mine de croire que l’entreprise dispose de près de 800 millions de trésorerie qui viennent en déduction du prix de vente », poursuit l’hebdomadaire satirique. Or, ces 800 millions sont des acomptes versés par les clients. « Le chiffre d’affaires, dans les années à venir, sera donc réduit d’autant », écrit Le Canard Enchaîné. « Démarrer une aventure avec 0 trésorerie, c’est revenir en arrière. », dénonçait à ce sujet, après le discours présidentiel, Saïd Bersy, délégué syndical CGT de l’entité qui fabrique la turbine à vapeur Arabelle. À cela s’ajoute une dette de 65 millions d’euros reprise à GE.

EDF va donc bien débourser 1,2 milliard de dollars pour acquérir cette entité. Les deux industriels ne confirment pas ces éléments financiers. Dans leur communiqué de presse commun, transmis le 10 février au matin, quelques heures avant le discours d’Emmanuel Macron devant une turbine Arabelle symbolisant un retour sous giron français de ce savoir-faire, General Electric et EDF précisaient quand même que  « les conditions financières de la transaction envisagée n’ont pas été précisées ».

General Electric [dossier complet]

588 millions d’euros en 2014En 2014, Geast était valorisé 588 millions d’euros, selon des documents que Le Trois a pu consulter ; un montant deux fois inférieur à celui d’aujourd’hui. Certes, l’activité semble plus porteuse aujourd’hui qu’il y a 8 ans. Selon une source proche du dossier, à l’époque, l’entité enregistrait 500 millions d’euros de contrats, contre 5,5 milliards d’euros de contrats aujourd’hui.

Selon des documents liés au rachat de 2014 que Le Trois a pu consulter, Geast, qui comprenait Steam power system et Steam power services, comptait 3 979 salariés, dont 1 824 à Belfort. Au 31 décembre 2021, ces deux entités comptabilisaient à Belfort 1 486 salariés, soit une réduction de 18,53 % des effectifs (retrouvez notre article sur l’érosion des effectifs). Au-delà des effectifs, il faut regarder le périmètre de rachat. Si le spectre est large et réjouit le monde politique et les partenaires sociaux, sans pour autant lever tous les doutes (lire notre article), l’hebdomadaire n’oublie pas de souligner que l’Américain conserve la construction de l’îlot conventionnel (turbine Arabelle et alternateur) pour les centrales nucléaires du continent américain, « soit une base installée de plus de 100 GW », indiquait le communiqué de presse conjoint d’EDF et GE, le 10 février. L’encore conglomérat américain conserve aussi GE Hitachi nuclear energy, « un fournisseur de premier plan dans le domaine du cycle de vie des réacteurs », dixit le communiqué, qui va déployer le premier SMR commercial au Canada, à Chalk River ; des SMR où l’ambition politique affichée est forte en France, mais où la dynamique industrielle est plus timide (lire notre article). L’américain conserve aussi l’activité très rentable de services aux centrales à charbon, à l’échelle du monde, comme Le Trois l’indiquait dès le mois de novembre (lire notre article).

Huit ans après la vente à General Electric, si l’activité rachetée par EDF est plus porteuse, elle est aussi moins garnie et moins dotée en termes de compétences avec une érosion des effectifs. Elle a pourtant coûté près de deux fois plus cher. General Electric avait dépensé près de 15 milliards d’euros pour acquérir toute la partie énergie d’Alstom, en 2014 puis en 2018, quand Alstom avait cédé pour 2,6 milliards d’euros ses parts dans les différentes co-entreprises.

Par Thibault Quartier, publié le 18/02/2022

Photo en titre : Alternateurs destinés à la centrale nucléaire d’Akkuyu, en Turquie, dans les ateliers GE de Belfort. | ©Le Trois

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