ARME NUCLÉAIRE : « POUTINE SIGNIFIE QU’IL EST PRÊT À ALLER LE PLUS LOIN POSSIBLE »

Le président russe Vladimir Poutine a déclaré la guerre à l’Ukraine le 24 février. Les organisations anti-armes nucléaires dénoncent cette situation et craignent « une escalade » pouvant pousser les États détenteurs d’un arsenal nucléaire à l’utiliser.

Jean-Marie Collin est co-porte-parole de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (Ican), pour la France. L’organisation internationale a reçu le prix Nobel de la paix en 2017.

Reporterre — Des armes nucléaires, qu’est-ce que c’est exactement ?

Jean-Marie Collin — Les armes nucléaires sont transportées par des missiles balistiques ou des missiles de croisière. Elles sont destinées à être utilisées contre les populations, contre les villes. Lorsqu’une arme nucléaire explose, il y a un effet thermique, un effet de souffle et un flash, qui auront une capacité de destruction et de brûlure immédiate sur les populations. Viendront ensuite les différentes retombées radioactives.

Il faut vraiment comprendre que l’utilisation d’une arme nucléaire n’implique pas seulement la destruction à l’instant T d’une zone géographique, cela engendre aussi l’impossibilité de pouvoir utiliser cette zone, de pouvoir recréer une société comme on l’entend aujourd’hui.

Qu’est-ce qui vous fait penser que la Russie pourrait utiliser des armes nucléaires dans cette guerre contre l’Ukraine ?

Vladimir Poutine a dit le 24 février, lors de l’annonce du début des opérations militaires : « Pour ceux qui seraient tentés d’intervenir, la Russie répondra immédiatement et vous aurez des conséquences que vous n’avez encore jamais connues. » Il veut signifier qu’il est prêt à aller le plus loin possible pour faire peur, jusqu’à menacer d’utiliser des armes nucléaires.

Mais Vladimir Poutine ne mentionne pas spécifiquement des armes nucléaires dans son allocution…

C’est comme cela qu’on traduit sa phrase, et c’est comme cela qu’il faut la comprendre. L’Europe a malheureusement connu des conséquences militaires conventionnelles massives pendant la Seconde Guerre mondiale, mais elle ne connaît (heureusement) pas les conséquences de l’utilisation d’armes nucléaires sur son sol. Donc lorsque Vladimir Poutine dit « des conséquences que vous n’avez encore jamais connues », c’est bien une référence directe à l’utilisation d’armes nucléaires.

Cette phrase-là, plus les mots qu’il a eus lors de la conférence de presse avec le président Emmanuel Macron — où il a rappelé que la Russie était une puissance nucléaire — indiquent que ce danger des armes nucléaires est encore plus présent aujourd’hui.

« Nous ne sommes pas à l’abri d’une escalade qui pousserait les États à employer volontairement leur arsenal nucléaire »

En face de la Russie, nous avons des États qui ne sont pas encore engagés dans le conflit (à travers l’Otan : la France, les États-Unis, la Grande-Bretagne, etc.), mais qui disposent eux aussi d’armes nucléaires. Nous ne sommes pas à l’abri d’un dérapage, d’une escalade qui pousserait les États à faire une erreur ou à employer volontairement leur arsenal nucléaire. C’est ça qui est véritablement terrifiant.

Un référendum sur l’accueil d’armes nucléaires russes se tiendra le 27 février en Biélorussie. Quel est l’enjeu ?

Au lendemain de la division de l’Union soviétique, dans le cadre d’accords avec l’ex-URSS, la Biélorussie avait rendu un certain nombre d’armes nucléaires et s’était engagée, dans le cadre de sa Constitution, à indiquer que son territoire ne serait plus disponible pour déployer des armes nucléaires russes.

Aujourd’hui, le président Loukachenko a décidé de faire un référendum pour savoir si sa population est en faveur de l’arrivée d’armes nucléaires russes sur son territoire. On peut supposer que le vote sera positif. Cela vient créer une pression supplémentaire, des armes nucléaires seraient aux portes de l’Europe, de la Pologne par exemple. En soi, la Russie est capable de tirer un missile nucléaire à plusieurs milliers de kilomètres de l’Europe, mais symboliquement c’est tout de même extrêmement fort.

Un traité sur l’interdiction des armes nucléaires a pourtant été mis en place en 2021 par les Nations unies…

Ce traité a été ratifié par 59 États, et voté à l’Assemblée générale des Nations unies par 122 États. Malheureusement il n’a pas été signé ou ratifié par la Russie, ni même par la France, la Chine, la Corée du Nord, Israël… Le problème, c’est que les États qui détiennent des armes nucléaires ont travaillé ensemble à faire en sorte de ne pas ratifier ce traité. Donc la menace des armes nucléaires russes qui pèse aujourd’hui est finalement aussi la menace des armes nucléaires françaises, américaines, britanniques ou chinoises.

Que réclame l’Ican ?

Notre campagne a pour objectif la mise en œuvre et la ratification par tous les États du traité sur l’interdiction des armes nucléaires. La première conférence de ce traité se tiendra au mois de juillet prochain. On demande à tous les États européens d’être présents : soit parce qu’ils auront signé ou adhéré à ce traité ; soit en qualité d’observateur. C’est ce que l’on demande au minimum à l’État français, nous avons lancé une pétition au mois de janvier. Participer en qualité d’observateur, cela ne veut pas dire que vous acceptez les termes du traité, cela signifie que vous voulez participer à une conférence portée par l’ONU, et que vous souhaitez comprendre pourquoi le reste du monde veut interdire les armes nucléaires.

Par Justine Guitton-Boussion, (Reporterre), publié le 25 février 2022 à 09h50, mis à jour le 25 février 2022 à 11h35

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