Huit des douze candidats ont dévoilé, lundi 14 mars sur TF1, leur programme sur l’écologie et plus particulièrement le nucléaire. Retour sur les propositions de chacun.
Soirée des plus étranges offerte aux téléspectateurs et autres aficionados de la politique hier soir sur TF1. Sur un plateau maquillé en ring de boxe, face à Gilles Bouleau et Anne-Claire Coudray, huit des douze candidats à l’élection se sont succédé, les uns après les autres, sans jamais se croiser. S’ils ont tous été interrogés sur la guerre en Ukraine, le pouvoir d’achat des Français ou encore les retraites, un thème a retenu l’attention : le nucléaire. Qui plus est dans le contexte actuel
Anne Hidalgo
Anne Hidalgo, première en piste, dernière des huit candidats du soir dans notre sondage quotidien de la présidentielle en temps réel (2%), a commencé par critiquer l’invasion russe et la dépendance de la France en gaz : « Cette guerre pose la question de la dépendance de la France aux énergies fossiles […] Le bilan d’Emmanuel Macron n’est pas bon, il a tourné le dos aux énergies renouvelables. Il est, par ailleurs, condamné pour son inaction climatique. » La candidate PS a ensuite détaillé sa vision du renouvelable et du nucléaire : « Je suis dans un scénario du rapport RTE, c’est-à-dire qu’à horizon 2050 nous pouvons sortir des énergies fossiles et réduire la crise en faisant le renouvelable. La France est à la traine par rapport à tous les autres pays européens […] Je ne suis pas pour une sortie brutale du nucléaire ; je suis pour le grand carénage, la prolongation de certaines centrales nucléaires. » La maire de Paris a expliqué vouloir sortir du nucléaire le « plus vite possible », mais insisté qu’il fallait, pour l’instant faire avec étant donné la crise ukrainienne.
Marine Le Pen
Marine Le Pen fut la deuxième à prendre la parole. Après avoir vertement critiqué Vladimir Poutine, déclaré son soutien au peuple ukrainien, la patronne du RN s’est attaquée à la gestion du nucléaire par le président sortant. En ligne de mire, la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim en 2020 par le gouvernement Macron et qui, selon elle, est un drame. Elle a plaidé pour la réouverture de cette centrale, puis a ajouté vouloir faire « un grand plan de relance du nucléaire, investir dans l’hydroélectricité et l’hydrogène », ce qui permettra d’assurer l’indépendance énergétique française, et donc asseoir sa souveraineté. Marine Le Pen a également préconisé le développement de l’éolien en mer – énergie trop peu utilisée – et le prolongement de vingt ans des centrales nucléaires.
Valérie Pécresse
La candidate LR, crédité à 11% des intentions de vote au premier tour, a commencé par expliquer que son programme visait à « bâtir une souveraineté énergétique et refonder complètement notre politique énergétique. » En analysant la crise ukrainienne, les dégâts causés dans des villes comme Tchernobyl mais aussi la peur de bombardements russes sur certaines centrales, Valérie Pécresse a tablé sur la « souveraineté énergétique », laquelle permettra une indépendance totale vis-à-vis des autres pays. Elle a ajouté qu’ « Emmanuel Macron a commis une faute en fermant Fessenheim […] Le sujet est la production d’énergie à horizon 2050 ; moi je veux que nous soyons zéro carbone », et qu’il « faut un mix énergétique : 50% nucléaire, 50% renouvelable. Sans nucléaire on n’y arrivera pas et je veux mettre un « plan gaullien du nucléaire. » La candidate a aussi exprimé son souhait de vouloir développer les énergies renouvelables et alternatives (biogaz, biométhane), avec, pour ce faire, « un choc des simplifications. On met près d’un an pour ouvrir un méthaniseur de déchets. Il faut accélérer tous les projets en cours. »
Yannick Jadot
Quatrième à passer, le patron des verts est celui dont le programme s’attaque le plus au nucléaire car il est pour une sortie totale de cette énergie et la fermeture de dix réacteurs. Commençant par dire qu’il était « dans la responsabilité », il a ensuite demandé « qu’on rende cet embargo possible pour sauver les Ukrainiens. » Pour le candidat EELV, « sur le nucléaire, on a un parc vieillissant, treize réacteurs en maintenance. Si on construit de nouveaux réacteurs nucléaires ils ne seront opérationnels qu’en 2040-2045, ce qui ne résout rien pour les citoyens ou le climat ou le gaz. » L’indépendance énergétique de la France passerait selon lui dans les énergies renouvelables : « Mon scénario est d’investir sur l’isolation des logements, sur les énergies renouvelables, et au fur et à mesure on fermera les réacteurs nucléaires. Cela prendra 20 ans. L’énergie renouvelable est la seule indépendance. » Il a également exprimé le souhait de construire 3 000 éoliennes terrestres et arriver, à terme, à 100% de renouvelable.
Emmanuel Macron
Le président-candidat, indéboulonnable dans les sondages, a d’abord balbutié lorsque les deux journalistes de plateau l’ont interrogé sur le nucléaire. En effet, celui qui a fermé quatorze réacteurs est revenu sur ses actions : « Quand j’ai été élu président, à horizon 2025, on devait réduire à 50% notre part de nucléaire. Fessenheim j’assume cette décision. C’était parmi les plus vieilles centrales, elle est à côté d’une nappe phréatique et, compte tenu des travaux, c’était une bonne mesure. » Il a ajouté qu’il fallait « adapter nos pratiques : moins consommer. Il faut mettre en avant l’innovation et la rénovation thermique des bâtiments – on l’a fait sur 650 000 bâtiments l’année dernière », que l’ « énergie la moins chère est celle qu’on ne consomme pas » et que l’on « se trompe quand on compare le nucléaire avec l’éolien et le solaire. Ces deux derniers on ne peut les stocker. » Pour lui, son programme est clair : « Renforcer le nucléaire : faire six réacteurs – pour sûr – et en prévoir huit autres. »
Jean-Luc Mélenchon
Sixième à passer dans cette soirée longue durée, le candidat France Insoumise aura permis de réveiller le public par quelques saillies bien senties. S’il a été depuis des années un pro-russe et pro-Poutine par anti-atlantisme, il s’est prononcé contre le nucléaire : « Le nucléaire civil est dangereux […] On parle de choses extrêmement graves. » Celui désormais placé en quatrième position au premier tour a ajouté qu’il voulait en « finir avec les énergies fossiles actuelles : gaz, pétrole, tout cela il faut passer à autre chose. Ce n’est pas si dur ; on remplacera le nucléaire par d’autres sources, le pétrole par l’hydrogène : on le fabrique facilement et en mer en mettant des éoliennes offshores. »
Éric Zemmour
L’ancien journaliste du «Figaro», aujourd’hui troisième dans la course à la présidence, n’a pas fait de propositions concernant le nucléaire, se concentrant à la place sur les sujets suivants : la défense européenne, la vision gaullienne des relations internationales, le pouvoir d’achat et les retraites.
Fabien Roussel
Le candidat communiste, vraie surprise de cette élection, a expliqué qu’il était « indispensable d’avoir notre souveraineté énergétique, et d’avoir à la fois du renouvelable et du nucléaire. » Il a ajouté que « si demain nous voulons avoir le contrôle des prix, si on veut pouvoir baisser la facture des Français, une électricité stable, décarbonée et sortir des énergies fossiles » on ne pouvait pas « tourner avec des éoliennes, du solaire, des pédalos » seulement. Il a conclu qu’il « faut investir dans le nucléaire et les barrages hydrauliques qui sont des énergies stables. »
Par Édouard Roux (pour Paris Match), publié le 15/03/2022 à 11h33
Photo en titre : Le plateau de «La France face à la guerre» lundi soir sur TF1. LAURENT VU/SIPA
https://www.parismatch.com/Actu/Politique/Debat-sur-TF1-le-nucleaire-sujet-de-discorde-1794019

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