DÉCHETS RADIOACTIFS, ANGLE MORT DE LA RELANCE DU NUCLÉAIRE

Face au défi climatique, beaucoup voient dans l’énergie nucléaire une martingale pour la France. Outre les questions de risques et de rentabilité à long terme, ce mode de production d’électricité génère quantité de déchets fort dangereux dont on ne sait toujours pas quoi faire durablement. Présenté comme une solution pérenne, l’enfouissement en profondeur comporte de nombreuses incertitudes.

Un reportage de Cédric Gouverneur 

La cage d’ascenseur métallique descend dans l’argile à la vitesse de deux mètres par seconde. En six minutes, nous arrivons au laboratoire de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), situé à 490 mètres sous terre — « soit 130 mètres sous le niveau de la mer », précise Mme Audrey Guillemenet, la chargée de communication qui nous escorte. Dans cette poignée de kilomètres de larges galeries semi-cylindriques, où s’activent des ouvriers casqués et quelques engins de chantier, l’Andra n’entrepose rien, mais étudie les risques auxquels serait confronté son controversé Centre industriel de stockage géologique (Cigéo). « S’il voit le jour », répètent les responsables de l’agence publique. Cette précaution de langage paraît de plus en plus formelle : en gestation depuis les années 1990, entériné par une loi en 2006, le projet Cigéo a fait l’objet en décembre dernier d’une déclaration d’utilité publique (DUP).

L’Andra va déposer cette année une demande d’autorisation de création auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui rendra son avis d’ici trois à cinq ans. Si elle a par le passé émis des réserves sur des aspects techniques du Cigéo, l’ASN considère l’entreposage en profondeur des déchets comme la meilleure solution. La Commission européenne, qui devra également donner son aval (1), estime déjà officiellement depuis le 2 février que les activités nucléaires sont en accord avec les objectifs climatiques de l’Union vers un avenir neutre en émission de carbone, à condition de satisfaire « à des exigences de sûreté nucléaire et environnementale (2)  ». Le jour même de notre visite, le 27 janvier, nos interlocuteurs de l’Andra ne cachaient pas leur satisfaction en apprenant qu’après le départ des écologistes de la coalition au pouvoir en Suède le gouvernement social-démocrate venait de prendre la décision d’enfouir dans le granite une partie des déchets nucléaires. Le gouvernement finlandais avait fait de même en novembre dernier.

La question des déchets nucléaires revient à l’ordre du jour au moment où le président Emmanuel Macron annonce la construction dans les dix prochaines années de nouveaux réacteurs pressurisés européens (EPR) et vante les petits réacteurs modulaires (PRM), sur lesquels planchent de jeunes pousses françaises. Dans un rapport publié le 18 novembre, la Cour des comptes note pourtant que « la construction à grande échelle de nouvelles capacités nucléaires suppose de surmonter les difficultés rencontrées jusqu’à présent sur les chantiers EPR ». En France et en Finlande, ces chantiers accumulent les retards comme les surcoûts : « Il s’ensuit une incertitude en termes de capacités à construire un nouveau parc de réacteurs dans des délais et à des coûts raisonnables », note la Cour (3). La mise en service du réacteur d’Olkiluoto a eu lieu en décembre dernier, douze ans après l’échéance initiale, tandis que celle de Flamanville est renvoyée à la mi-2023, les factures de ces deux installations ayant triplé.

Un tombeau des poisons immortels

Le Cigéo devrait accueillir environ 83 000 mètres cubes de déchets, dont la moitié ont déjà été produits par les centrales existantes — la destination de ceux provenant de la force de dissuasion française (ogives, réacteurs de sous-marin) restant opaque. Le creusement du site, s’il reçoit l’aval de l’Autorité environnementale, de la Commission européenne, du Conseil d’État et du Parlement, devrait démarrer vers 2025, près de l’actuel laboratoire : au total, environ 270 kilomètres de galeries. Aux alentours de 2035, les « colis » — c’est le terme usité — de déchets radioactifs d’Électricité de France (EDF), du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et d’Orano (ex-Areva, entreprise responsable du combustible) seraient acheminés par trains spéciaux. Chaque colis cylindrique contiendrait de 50 à 70 kilogrammes de déchets. Un funiculaire les transporterait dans une descenderie (plan incliné) de 4,2 kilomètres avec une pente à 12 %. À 500 mètres sous la terre, ils seraient rangés dans un réseau de tunnels en forme de peigne. Le Cigéo deviendrait ainsi le tombeau des déchets les plus dangereux produits par le nucléaire civil, qui représenteraient 3 % de l’inventaire total, mais 99 % de la radioactivité du total selon les données de l’Andra. La décroissance de la radioactivité de ces produits issus de la fission des atomes d’uranium étant très lente, ils génèrent pendant des millénaires des rayonnements ionisants potentiellement nocifs, voire mortels, pour les êtres vivants. Dans tous les pays nucléaires, ces déchets sont pour l’instant entreposés dans des piscines de refroidissement, les plus dangereux étant isolés par des opérations de retraitement dans l’usine de La Hague en particulier. Cet entreposage est censé être réversible pendant un siècle, afin de se ménager une porte de sortie au cas où l’on découvre des traitements plus satisfaisants. Une réversibilité sur laquelle des « incertitudes demeurent », a relevé l’Autorité environnementale (4), l’exemple de Stocamine étant édifiant en la matière (lire « Enfouir, désenfouir, et toujours différer »).

« Le site existant ne sera pas intégré au projet, mais cela restera un labo », précise Mme Guillemenet. Au fond d’une galerie, un ingénieur du CEA vêtu d’une combinaison de protection étudie le comportement de radionucléides dans l’argile callovo-oxfordienne. Les ingénieurs expliquent avoir dû prendre en compte la « géomécanique » des lieux : « Est-ce la poussée des Alpes ou une subsidence du Bassin parisien, ou un mélange des deux ? On observe une contrainte horizontale de quatorze mégapascals, c’est-à-dire supérieure à la contrainte verticale des cinq cents mètres de roche au-dessus de nos têtes », précise Mme Guillemenet. « Cette observation a permis d’orienter les galeries en tenant compte de cette contrainte », afin d’éviter leur écrasement. La solidité des voussoirs de soutènement fait notamment l’objet de tests.

L’Andra tient à montrer qu’elle envisage toutes les hypothèses : des milliers de visiteurs (lycéens, collégiens, élus, médias…) parcourent chaque année ces lieux. « Entre 1991 et 2005, explique M. Pascal Leverd, directeur adjoint du projet Cigéo à l’Andra, nous avions travaillé sur l’option d’un puits » pour descendre les colis, « avant de changer pour une descenderie, car on ne pouvait pas éliminer totalement le risque d’une chute d’ascenseur. On aura donc un funiculaire à moteur électrique, sur rail et non pas sur pneus — car un pneu peut brûler ». Le 5 février 2014, au Nouveau-Mexique, l’incendie d’un pneu sur un véhicule dans les souterrains du site d’enfouissement de déchets nucléaires militaires américains avait provoqué le relâchement de radioactivité dans l’atmosphère… Ces galeries creusées dans du sel ont dû être mises sous cloche durant plusieurs années afin de priver l’incendie d’oxygène.

Outre le risque d’incendie, les ingénieurs de Cigéo doivent gérer un risque d’explosion, certains des déchets à entreposer générant de l’hydrogène. Les souterrains devront être ventilés tout au long des décennies de stockage des colis, afin d’évacuer ce gaz dont l’accumulation est potentiellement explosive… Opposant au projet, l’ingénieur Bertrand Thuillier — qui a été auditionné au Parlement européen — rappelle qu’« à partir de 4 % d’hydrogène dans l’air le seuil d’explosivité est atteint ». M. Leverd rétorque que ce seuil ne pourrait être atteint qu’« après un arrêt de la ventilation de plus de deux semaines, un scénario impossible ». Il affirme aussi qu’en cas d’explosion un colis ne serait que « faiblement endommagé ». En 2018, l’Andra a toutefois dû renoncer à entreposer dans le futur Cigéo les colis bitumés, dont le président de l’ASN, M. Pierre-Franck Chevet, jugeait le risque d’embrasement trop élevé (5). Autre point jugé problématique : l’exposition aux infiltrations d’eau. « On part d’un projet initial, un puits vertical avec une perméabilité très faible, à une descenderie avec une perméabilité beaucoup plus élevée », nous explique l’hydrogéologue Romain Virrion, ancien directeur de la fédération France Nature Environnement en Lorraine. « Si le pompage s’arrête quinze jours, une vingtaine de centimètres d’eau s’accumuleront dans les galeries. Un tel incident ne peut être exclu. Cela pose la question du fonctionnement de ces ouvrages sur le temps long. » M. Leverd estime, lui, « impossible » l’arrêt du pompage pendant quinze jours. L’hydrogéologue pointe également la présence de « fractures karstifiées », relevées par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) près du site choisi et susceptibles d’entraîner des échanges d’eau avec la surface.

Les arguments de l’Andra ne rassurent pas ses détracteurs depuis trois décennies. « Poubelle radioactive » pour les antinucléaires, le Cigéo suscite de farouches oppositions (6). « J’étais là depuis le début », raconte Régine — elle préfère ne pas donner son nom —, que nous rencontrons à Bar-le-Duc, à une trentaine de kilomètres de Bure. Cette militante de Meuse Nature Environnement a « organisé la toute première réunion d’information ici en 1994. Il y avait déjà les renseignements généraux [police] dans la salle », soupire-t-elle. « Le moyen de faire passer la pilule, c’était déjà l’emploi et l’argent, dans un département qui se vide. » La Meuse compte moins de 200 000 habitants (184 500 en 2019). Bar-le-Duc, sa préfecture, n’est qu’un gros bourg (14 733 habitants en 2018). Le village de Bure a moins d’une centaine d’habitants. Tout comme les hameaux voisins. Dans le secteur, la densité est de moins d’une dizaine d’habitants au kilomètre carré… « Le site n’a pas été choisi pour des raisons géologiques, mais sociologiques, résume M. Jean-Pierre Simon, dit « JP », agriculteur et opposant historique au projet. Il n’y a personne, ici ! Essayez de mobiliser dix mille manifestants quand la plus grosse ville compte quinze mille habitants… »

Dans les années 1980, les géologues de l’Andra avaient prospecté divers sites à travers la France. Mais, face à la colère des populations, le premier ministre Michel Rocard a en 1990 décrété un moratoire. L’année suivante, la loi Bataille (du nom du député du Parti socialiste Christian Bataille) définit officiellement trois options pour la gestion pérenne des déchets : transformation, entreposage en surface et en profondeur — mais cette dernière option apparaît vite privilégiée. Quatre sites sont étudiés, dans le Gard, la Vienne, la Meuse et la Haute-Marne. Les viticulteurs du Gard montent au créneau. Seul est retenu, en 1998, le site de Bure, aux confins de deux départements en voie de désertification (Meuse et Haute-Marne) appartenant à deux régions désindustrialisées (Lorraine et Champagne-Ardenne, fusionnées en 2016 avec l’Alsace au sein de la région administrative Grand Est). L’influent Gérard Longuet, ministre à plusieurs reprises dans des gouvernements de droite et président du conseil régional de Lorraine (1992-2004), a défendu avec enthousiasme le projet. « C’est vendeur, un labo. De la science, des emplois qualifiés… », soupire M. Michel Labat, ancien conseiller municipal du hameau de Mandres et opposant au Cigéo. « Les communes ont voté pour, sans trop comprendre ce que c’était… »

Des subventions d’un montant annuel d’environ 30 millions d’euros sont versées — via un fonds d’accompagnement — à chacun des deux départements (7). Cette manne — que certains maires hostiles au Cigéo se refusent à solliciter — ne ralentit pas l’hémorragie démographique. Preuve en est la fermeture, en septembre 2018, de trois collèges dans le sud de la Meuse… « Nous avons des trottoirs neufs, mais personne dessus, poursuit Régine. Une sorte de fatalité plombe la mobilisation, car les gouvernements sont toujours passés outre. Certains ici s’imaginent même que les déchets sont déjà enterrés ! Mais résignation ne veut pas dire assentiment… » Les mobilisations se recentrent désormais sur des installations gravitant autour du Cigéo : ainsi, en 2020, la société Unitech a dû renoncer à implanter dans la commune de Suzannecourt une laverie de vêtements de protection des ouvriers des centrales. Inquiets au sujet de la gestion des eaux usées, les riverains en aval se sont mobilisés, malgré la promesse de quarante emplois. Ces prochaines années, le passage des trains de colis — jusqu’à six par mois — augure de fortes mobilisations, des riverains ne nous cachant pas leur détermination. « Jusqu’ici, Bure était un peu lointain, commente un habitant de Givrauval, à une vingtaine de kilomètres du Cigéo. Là, avec les trains de déchets sous nos fenêtres, ça va être très concret. »

Une philosophie contestée

Comment réagiront les pouvoirs publics face à la contestation annoncée ? L’ampleur de la répression démontre la détermination de l’État. Plusieurs militants ont été assignés à résidence en décembre 2015, lors de la COP21, au prétexte de l’état d’urgence suivant les attentats du 13 novembre. À l’été 2017, après des dégradations commises au restaurant Au Bindeuil, proche des bâtiments de l’Andra, et une manifestation non autorisée le 15 août, des militants sont poursuivis pour « association de malfaiteurs ». Après l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) en janvier 2018, le préfet de la Meuse a craint que Bure se mue en nouvelle ZAD (« zone à défendre »). Le bois Lejuc, où l’Andra entend faire sortir ses puits de ventilation, occupé par une poignée d’activistes évacués à trois reprises, est depuis quatre ans surveillé par les gendarmes. « JP » a été poursuivi pour avoir prêté son tracteur et sa remorque à des manifestants — son matériel a été confisqué plus d’un an. Les écoutes téléphoniques semblent généralisées, les gendarmes utilisent même un IMSI-catcher, « valise espionne » aspirant les données des téléphones alentour (8).

La Ligue des droits de l’homme (LDH) considère que les autorités françaises « se livrent à un harcèlement contre les opposants (…) destiné à criminaliser leur position et leur manifestation et qui a pour effet de porter atteinte aux libertés individuelles ». L’avocat belge Jacques Englebert, mandaté par la LDH pour observer l’audience du 5 février 2019 au tribunal correctionnel de Bar-le-Duc, fait état d’une « disproportion manifeste entre l’importance des moyens mis en œuvre et des forces déployées », digne des affaires « de terrorisme et de grand banditisme », et du « caractère mineur des infractions poursuivies » comme du « caractère manifestement inoffensif des prévenus » (9).

Au-delà des risques hypothétiques du Cigéo, c’est sa philosophie même qui est contestée. Dans son roman graphique Le Droit du sol : journal d’un vertige (Futuropolis, 2021), Étienne Davodeau raconte sa marche de huit cents kilomètres à l’été 2019 entre la grotte ornée de Pech Merle (Lot) et le site de Bure, mettant en résonance ces deux lieux : l’un où des artistes du paléolithique ont laissé « des souvenirs admirables », l’autre où seront enterrés des déchets dangereux pour des millénaires. « Quelque chose, juge l’auteur, qui en dit long sur notre rapport à cette planète et à son sol. » Davodeau relève par exemple que l’Andra a dû missionner des sémiologues pour trouver un moyen de mettre en garde nos lointains descendants, au cas où un jour ils décideraient de creuser le sol en cet endroit. « Les déchets sont là, ils existent, il faut bien s’en occuper pour les générations futures », rétorque M. Leverd, de l’Andra, rappelant que la France a par le passé immergé des tonnes de déchets en mer, notamment dans le Pacifique entre 1967 et 1982 (l’immersion sous-marine n’a été interdite qu’en 1993…). « L’enfouissement est moins dangereux que l’entreposage actuel en surface, insiste-t-il. Le risque de l’entreposage est que nos descendants perdent le contrôle des déchets, il faut donc agir pour les mettre en sécurité. » Ancien ingénieur du CEA devenu un farouche opposant, Bernard Laponche a une perception inverse : le Cigéo va « imposer aux générations futures une pollution du sous-sol ». Mieux vaudrait selon lui « entreposer en subsurface » en attendant que, dans les prochaines décennies, « la science trouve une solution pour réduire ou annuler la radioactivité » des déchets, répète-t-il dans ses interventions (10).

Après avis du Conseil d’État et décret ministériel, la construction du site pourrait démarrer vers 2025, et le stockage en 2035. Le 31 mai 2018, la commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires de l’Assemblée nationale a auditionné Leny Patinaux. Ex-salarié de l’Andra (2012-2015), cet historien a soutenu une thèse sur le Cigéo qui concluait notamment sur son « inéluctable incertitude (11)  ». « La part de risque acceptable dépend de la sensibilité de chacun », a-t-il déclaré aux parlementaires. « L’Andra cherche à assurer les conditions de stockage les plus sûres possibles. Ce qui n’enlève rien à la complexité du problème… Un million d’années est un délai qui rend impossible la maîtrise de l’ensemble des phénomènes. »

NOTES

 (1) Article 37 du traité Euratom (1957).

(2) « EU taxonomy : Complementary Climate Delegated Act », document préparatoire, 2 février 2022.

(3) « Les choix de production électrique : anticiper et maîtriser les risques technologiques, techniques et financiers », Cour des comptes, 18 novembre 2021.

(4) « Avis délibéré de l’Autorité environnementale sur le centre de stockage Cigéo », Autorité environnementale, avis n° 2020-79 adopté le 13 janvier 2021 (PDF).

(5Le Monde, 15 janvier 2018.

(6) « Sur la route… des déchets de Bure », France Culture, 24 septembre 2016.

(7) Lire Julien Baldassarra, « À Bure, la fabrique du consentement », Le Monde diplomatique, janvier 2018.

(8) « Bure : le zèle nucléaire de la justice », Libération, Paris, 14 novembre 2018.

(9) « Rapport sur les événements survenus à Bure et sur leur traitement judiciaire », Ligue des droits de l’homme, 20 juin 2019.

(10Le Monde, 28 mars 2018.

(11) Leny Patinaux, « Enfouir des déchets nucléaires dans un monde conflictuel. Une histoire de la démonstration de sûreté de projets de stockage géologique en France (1982-2013) », thèse soutenue à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Paris, 2017. Audition disponible sur le site de l’Assemblée nationale, compte rendu n° 35, jeudi 31 mai 2018.

Par Cédric Gouverneur, Journaliste, publié le 29 avril 2022

Image en titre : Alexis Lavoie. – « Spectre de couleurs », 2014, © Alexis Lavoie – Galerie Simon Blais, Montréal

https://www.monde-diplomatique.fr/2022/05/GOUVERNEUR/64628