FUKUSHIMA : D’ANCIENS DIRIGEANTS CONDAMNÉS À 97 MILLIARDS D’EUROS DE DOMMAGES-INTÉRÊTS

Quatre anciens responsables de la compagnie d’électricité japonaise Tepco ont reçu une lourde peine financière en raison d’une mauvaise évaluation des risques.

L’accident nucléaire, le pire après celui de Tchernobyl en 1986, reste une plaie béante pour les habitants d’Okuma et ses environs, commune de la préfecture de Fukushima où se trouve la centrale. Mercredi 13 juillet, le tribunal de Tokyo a condamné quatre anciens responsables du fournisseur d’électricité Tokyo Electric Power Company (Tepco) à 13 300 milliards de yens (97 milliards d’euros) de dommages-intérêts pour avoir failli à empêcher l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima en mars 2011, selon des médias locaux.

Cette décision est l’aboutissement d’une procédure judiciaire lancée en 2012 par des actionnaires de Tepco. C’est la première fois que d’anciens dirigeants du groupe sont jugés responsables de la catastrophe de Fukushima Daiichi, survenue après un gigantesque tsunami. Le juge a estimé que « le sens de la sûreté et de la responsabilité requis pour un opérateur d’une activité nucléaire faisait fondamentalement défaut », selon la chaîne de télévision publique japonaise NHK.

Les actionnaires faisaient valoir que le désastre aurait pu être évité si les dirigeants de Tepco avaient pris en compte des rapports préconisant des mesures préventives contre un raz-de-marée, comme installer à une altitude plus élevée les systèmes d’électricité de secours de la centrale, située au bord de l’océan Pacifique dans le nord-est du Japon. « Nous exprimons encore une fois nos excuses les plus sincères pour les gens de Fukushima et la société en général » pour les dégâts et les inquiétudes provoqués par cette catastrophe, a déclaré à l’AFP un porte-parole de Tepco, refusant toutefois de commenter la décision de justice.

Les capacités de résistance de la centrale mal évaluées

En 2019, trois anciens dirigeants de Tepco étaient poursuivis au pénal par des évacués de la région, avant d’être acquittés en première instance. Cinq ans de prison ferme étaient alors requis contre l’ancien président du conseil d’administration de Tokyo Electric Power (Tepco) au moment du drame, Tsunehisa Katsumata (82 ans), ainsi que contre deux anciens vice-PDG, Sakae Muto (72 ans) et Ichiro Takekuro (76 ans). Les parties civiles avaient fait appel. Ces ex-dirigeants innocentés à l’époque figurent parmi les quatre condamnés mercredi, au côté d’un autre ancien dirigeant de la société, Masataka Shimizu.

Si le tremblement de terre et surtout le tsunami du 11 mars 2011 ont causé la mort de 18 500 personnes dans le nord-est du Japon, la catastrophe nucléaire de Fukushima en elle-même n’a fait aucune victime sur le coup. Cependant, cette catastrophe nucléaire est indirectement responsable de plusieurs milliers de « décès liés », reconnus par les autorités japonaises comme des morts dues à la dégradation des conditions de vie des nombreuses personnes évacuées de la région.

L’État japonais et Tepco ont déjà été condamnés au civil à diverses reprises, à la suite de nombreuses plaintes d’évacués en nom collectif. Leurs amendes sont cependant restées symboliques.

Par LePoint.fr (avec AFP), publié le 13/07/2022 à 10h02, modifié le 13/07/2022 à 10h43

Photo en titre : Des membres de la Tokyo Electric Power Company (Tepco) regardant la centrale nucléaire de Fukushima après le sinistre, en mai 2012.  © TOMOHIRO OHSUMI / POOL / AFP

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