NUCLÉAIRE, MANCHE : DE NOUVEAUX PROBLÈMES À RÉGLER POUR L’EPR DE FLAMANVILLE

Le réacteur de l’EPR de Flamanville (Manche) est confronté à un dysfonctionnement des systèmes de pilotage, comme l’ont révélé nos confrères de Libération ce 20 juillet 2022.

Le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche) connaît des « problèmes de connexion » au niveau du système de pilotage du réacteur. EDF en convient, confirmant partiellement des informations de Libération parues dans l’édition du 20 juillet 2022.

Selon le quotidien, « deux systèmes essentiels qui permettent de piloter le réacteur sont victimes d’une panne problématique pour le démarrage de l’EPR ». Et cette panne, ajoute-t-il, « n’est pas due à un simple problème d’installation, mais à la conception même » de ces systèmes.

Pas d’information en salle de commande

Il s’agit du système de mesure de la puissance nucléaire (RPN), qui permet d’assurer la surveillance permanente de la puissance du réacteur. Constitué de détecteurs de flux neutronique, externes à la cuve, et d’un système de traitement du signal, il rapporte le niveau et les distributions de puissance dans le cœur ainsi que leurs évolutions, surveille la puissance du réacteur et initie les actions de protection nécessaires à la conduite du réacteur.

Le second, RIC, est le système d’instrumentation interne du cœur. Il permet de mesurer de façon plus précise la répartition de la puissance par insertion temporaire dans le cœur du réacteur de capteurs mobiles à l’intérieur de canaux prévus à cet effet. Des cartes de flux neutronique peuvent ainsi être établies, pour recalibrer au besoin les sondes du système externe, le RPN.

Deux EPR pour Sizewell

Le gouvernement britannique a donné hier son feu vert au projet de nouvelle centrale nucléaire Sizewell C, avec deux réacteurs de type EPR, alors que la guerre en Ukraine et une vague historique de chaleur ont remis l’atome au centre de la politique énergétique du pays. Ce projet « implique la construction d’une nouvelle centrale nucléaire produisant une électricité fiable et à faible émission de carbone pour aider » le pays à atteindre son objectif de neutralité carbone en 2050, selon un communiqué. La centrale pourra alimenter six millions de foyers.

En pleine crise du coût de la vie tirée par l’envolée des factures d’énergie, le Royaume-Uni veut ainsi accélérer le développement de l’atome. Londres prévoit jusqu’à huit nouveaux réacteurs d’ici 2050, avec pour objectif de fournir 25 % de la demande en électricité. Mais sa stratégie repose notamment sur de petits réacteurs modulaires construits par Rolls Royce, qui nécessiteront encore des années de développement : le premier ne sera pas opérationnel avant le début des années 2030.

Alors que l’influence de la Chine dans les actifs stratégiques britanniques est régulièrement dénoncée par des députés conservateurs, le communiqué ne précise pas si CGN sera toujours partenaire (c’est le cas pour Hinkley Point) ou s’il sera finalement évincé, comme évoqué par la presse britannique depuis des mois. Londres avait annoncé en janvier injecter 100 millions de livres supplémentaires pour le développement de Sizewell C, situé dans le Suffolk, et « attirer d’autres financements d’investisseurs privés ».

L’exécutif avait annoncé en octobre un nouveau modèle de financement de ses projets de centrales nucléaires, espérant réaliser des économies de plus de 30 milliards de livres sur chaque, notamment en faisant baisser les intérêts des emprunts des constructeurs. Ce nouveau mode de financement est aussi censé réduire la dépendance du pays aux développeurs étrangers en augmentant le recours aux fonds de pension, assureurs et autres investisseurs institutionnels.

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Des « problèmes de connexion entre le câble et le capteur »

Libération explique que le dysfonctionnement a été mis en évidence en 2019 par Framatome

« Les pilotes du réacteur de Flamanville sont aveugles, aucune information ne parvient en salle de commande. »

Pour EDF, il s’agit de « problèmes de connexion entre le câble et le capteur. Il s’agit d’une intervention relativement simple, où il faut reconnecter les bons fils aux bons endroits ».

« Ce sujet est connu, avait été identifié lors des essais de mise en service et il a été évidemment partagé avec l’autorité de sûreté. »

EDF

Cité par Libération, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire confirme avoir été alerté des problèmes de montage, mais a aussi lancé une expertise face aux perturbations électromagnétiques possibles des signaux mesurés. Si elles sont confirmées, indique l’IRSN, « des protections seront mises en place avant la mise en service du réacteur ».

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« Un risque d’arrêts automatiques intempestifs » 

Évoquant le réacteur de Taishan, EDF a expliqué, devant le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sûreté nucléaire (HCTISN), le 7 juin 2022, qu’une fluctuation des signaux de ces systèmes RPN et RIC avait été observée, causée par « la structuration particulière de l’hydraulique dans le plénum inférieur de la cuve ». Cette même structuration à l’origine de l’usure inhabituelle des grilles des éléments combustibles.

EDF évoquait alors comme conséquences une « réduction des marges d’exploitation et un risque d’arrêts automatiques intempestifs ».

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Pas d’impact sur le planning

Quelles vont être les conséquences de ces problèmes de connexion ? Pour EDF, les réparations font partie du « reste-à-faire » et sont « en cours de reprise ». Mais l’électricien assure que ces nouveaux problèmes de connexion ne remettent pas en cause le calendrier.

« Le planning qui nous amène à un chargement du combustible environ dans un an n’est pas un planning avec beaucoup de marge, mais dans lequel nous avons confiance », avait indiqué Xavier Ursat, directeur chargé de l’ingénierie et des projets du nouveau nucléaire.

L’objectif reste un début de chargement des éléments combustibles au deuxième trimestre 2023, après les essais d’ensemble de l’installation. La première divergence est prévue à la fin de l’été 2023, pour un couplage au réseau en fin d’année.

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Par Jean Lavalley (La Presse de la Manche), publié le 21juillet 2022 à 20h35 

Photo en titre : L’EPR de Flamanville. Trois unités sont en service, trois en construction et des projets sont en cours en Inde, en Pologne et en République Tchèque. (©Jean-Paul BARBIER/La Presse de la Manche)

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