NUCLÉAIRE : CANICULE, MAINTENANCE, FISSURES… COMMENT LE PARC DE CENTRALES SE RETROUVE SOUS TENSION

Plusieurs réacteurs nucléaires ont été contraints d’abaisser leur production en raison des températures élevées des cours d’eau utilisés pour leur refroidissement. Une situation qui s’ajoute aux retards des maintenances, au vieillissement des centrales, à des fissures récemment découvertes ou aux retards des EPR dans un contexte de crise énergétique mondiale.

À l’heure où le monde est plongé dans une crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine, le nucléaire français – capital dans la production d’électricité puisqu’il représente environ 67 % de la production totale – suscite des inquiétudes.

Covid et fissures

Depuis plusieurs mois maintenant, le parc des 56 réacteurs nucléaires, qui vieillissent, est sous tension. Les inquiétudes ont commencé avec l’épidémie de Covid-19 qui a bousculé le calendrier habituel de maintenance des centrales (visites décennales). Conséquences : la disponibilité du parc nucléaire a été plus faible que la moyenne puisque les confinements successifs ont décalé sur la période hivernale la maintenance de certains réacteurs, contraints de s’arrêter.

Les centrales nucléaires françaises DDM – Philippe Rioux

Autre déboire, la découverte de fissures en octobre 2021 dans un circuit de refroidissement de secours du réacteur n° 1 de la centrale de Civaux. Cette découverte a conduit EDF à arrêter ce réacteur puis onze autres par sécurité pour des contrôles (Civaux 2, Chooz B1 et B2, Penly 1, Chinon B3, Bugey 3 et 4, Cattenom 3, Flamanville 1 et 2, Golfech 1). L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a qualifié ce phénomène de « pernicieux » car difficilement détectable à un stade précoce, et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a jugé qu’il « s’agit d’un événement sérieux et inédit dont le traitement complet nécessitera plusieurs années »…

EDF, l’ASN et l’IRSN estimaient que ce phénomène de corrosion sous contraintes de l’acier inoxydable austénitique était inédit mais l’association Global Chance, dans un rapport publié le 15 juin dernier, a révélé qu’un tel phénomène s’était déjà produit en 1998 et que des précédents avaient même eu lieu sur des centrales américaines en 1975. L’ASN rétorque que les fissures de 1998 et 2021 sont de natures différentes.

Ces fissures rappellent aussi celles, d’un autre type, qui affectent les futurs réacteurs de nouvelle génération EPR dont celui de Flamanville. Ces problèmes pourraient-ils à terme contraindre à revoir la prolongation de dix ans de 32 réacteurs de 900 mégawatts -MW), initialement conçus pour durer 40 ans ?

L’impact de la canicule

À côté de ces problèmes qui ont conduit à mettre à l’arrêt 48 % du parc et donc à prévoir une baisse des prévisions de production d’électricité, EDF doit faire face cet été à la canicule. La semaine dernière, plusieurs réacteurs nucléaires d’EDF ont été contraints d’abaisser leur production en raison des températures élevées des cours d’eau utilisées pour leur refroidissement. Chaque centrale a ses propres limites réglementaires de température de rejet de l’eau à ne pas dépasser, afin de ne pas échauffer les cours d’eau environnants et d’en protéger la faune et la flore. Les centrales pompent en effet l’eau pour le refroidissement des réacteurs, avant de la rejeter. Les arrêtés fixant les limites de rejet prévoient également des seuils plus élevés « en conditions climatiques exceptionnelles », comme c’est le cas actuellement à Golfech.

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« Les conditions climatiques exceptionnelles actuelles se traduisent par une montée de la température de la Garonne qui a atteint 28 degrés », indiquait EDF le 5 août. « À la demande du gestionnaire de réseau d’électricité national (RTE), l’unité de production n° 2 de la centrale de Golfech reste en production (puissance minimale) » (300 MW, contre 1 300 MW), poursuivait EDF ; le 1er réacteur étant en maintenance…*

« RTE identifie le besoin de maintenir jusqu’au 21 août les centrales nucléaires de Blayais, Bugey, Golfech, Saint-Alban et Tricastin à un niveau minimum de production électrique pour assurer la sécurité du réseau électrique », explique l’ASN qui a donc adopté le 4 août une décision modifiant temporairement les limites des rejets thermiques de ces centrales jusqu’au 11 septembre 2022 « accompagnée d’une surveillance renforcée de l’environnement aquatique, en particulier de la vie piscicole. »

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Car ces rejets d’eau des centrales inquiètent les associations halieutiques et de défense de l’environnement. « Ça ne veut pas dire que ça empêche les dégâts. C’est sur le long terme qu’on va le voir », s’inquiète ainsi Roland Desbordes, porte-parole de la Criirad.

Par Philippe Rioux (@technomedia), publié le 11/08/2022 à 05h01, mis à jour à 07h51

Photo en titre : La centrale de Golfech DDM – DDM JEAN MICHEL MAZET

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