INTERVIEW. GUERRE EN UKRAINE : « EN CAS D’ATTAQUE, LA MENACE NUCLÉAIRE EST UN LEVIER QUE LA RUSSIE VA UTILISER » AFFIRME UNE SPÉCIALISTE

Frappes ukrainiennes en Crimée, tensions autour de la centrale de Zaporijia, contre-offensive dans la région de Kherson… une nouvelle étape de la guerre en Ukraine débute. Carole Grimaud spécialiste de la géopolitique russe et ukrainienne, nous explique les enjeux de ce nouveau chapitre.

Depuis plusieurs jours, l’armée ukrainienne frappe les différents ponts de la ville de Kherson pour l’isoler. Occupée par les Russes depuis les premiers jours de la guerre, la ville tient une place hautement stratégique que les Ukrainiens aimeraient récupérer. Cette riposte est l’une des pièces du puzzle qui constitue la contre-offensive ukrainienne, Carole Grimaud professeur de géopolitique nous explique ses enjeux.

À quoi fait-on référence quand on parle de contre-offensive Ukrainienne ?

Au début de la guerre le président Ukrainien Zelensky ne voulait pas de cette contre-offensive car il avait déclaré qu’il y aurait trop de pertes humaines. Il est apparemment revenu sur sa décision puisque différentes actions ont été menées par l’armée ukrainienne en Crimée mais aussi dans la région de Kherson. Une possibilité envisageable grâce à l’aide internationale et plus particulièrement américaine qui a fourni de nombreuses armes, comme les Himars, qui permettent d’atteindre des cibles éloignées et ainsi de reprendre certaines villes. 

Quelle est la stratégie des Ukrainiens ?

Le but de cette contre-offensive est surtout d’assécher la capacité de la puissance russe pour qu’ils finissent à terme par se retirer. Pour cela, les Ukrainiens tentent de porter atteinte au réapprovisionnement des Russes en frappant et en détruisant les infrastructures. En Crimée ce sont des bases aériennes russes qui ont été la cible de l’armée pour la deuxième fois ce mardi 16 août.

Depuis plusieurs jours, l’armée ukrainienne frappe également certains ponts de la ville de Kherson pour empêcher un déploiement des troupes ennemies à partir de l’est. Des lieux cruciaux pour le ravitaillement des troupes d’occupation russes.

Est-ce que ça va suffire pour que les Russes se retirent ?

Le problème c’est qu’il faudrait anéantir toutes les munitions des Russes pour que cette stratégie marche. Or, on ne sait pas combien ils en ont, où elles sont, combien de temps ils peuvent tenir avec et s’ils peuvent résister à cette offensive ukrainienne. Côté Ukrainien il n’y a clairement pas assez d’hommes et d’armes pour mener une vraie contre-offensive.

La stratégie de destruction des ponts à Kherson porte par exemple atteinte au réapprovisionnement russe, mais en faisant cela les Ukrainiens annulent une possibilité de contre-offensive sur la ville car ils ne peuvent plus y accéder. 

Les Ukrainiens sont-ils pressés par le temps ?

La « russification » des régions occupées a déjà commencé depuis mars. Des passeports russes sont distribués, la monnaie d’échange est le rouble, les programmes scolaires ont été modifiés… L’étape suivante : la Russie souhaite annexer les régions occupées. Le pays prépare un référendum autour du 10 septembre, afin d’intégrer les régions de Kherson et de Zaporijjia dans la Fédération de Russie, comme Moscou l’avait déjà fait avec la Crimée quelques années plus tôt. Il y a de grandes chances pour que les Russes votent de la même manière qu’en 2014, même si le référendum ne sera encore une fois pas reconnu par l’Ukraine et les pays Occidentaux.

On peut s’attendre à une riposte de la part des Russes ?

Si l’Ukraine revendique, ce qu’elle n’a pas fait pour le moment, des attaques contre la Crimée on peut s’attendre à une forte riposte de la Russie. La plus simple ? Le chantage comme ils le font déjà avec la centrale de Zaporijia, dont ils se sont emparés le 4 mars. La menace nucléaire est bien sûr un levier qu’ils vont utiliser.

Par Margaux Munoz, publié le 17/08/2022 à 06h31, mis à jour à 08h13

Photo en titre : Une base russe de Crimée à été la cible d’une attaque / AFP illustration Marina Moyseyenko

Pour retrouver cet article ainsi que la vidéo (3mn11s par ETX Studio), cliquer sur : https://www.google.com/search?q=nucl%C3%A9aire+a&client=firefox-b&tbm=nws&sxsrf=ALiCzsauUIdWKlgQtmOAlxKwAZ_-J76BSg:1660742833473&ei=sez8YoynHNCNkgXuiY7QAw&start=60&sa=N&ved=2ahUKEwjMw5uV_c35AhXQhqQKHe6EAzo4MhDy0wN6BAgBEEk&biw=911&bih=410&dpr=1.5