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Juin 16

EPR DE FLAMANVILLE : CETTE NOTE D’EXPERT QUI POINTE LE DANGER DE LA CUVE

EPRDes documents de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) montrent que la cuve de l’EPR ne passe pas un test de résistance mécanique. Elle ne serait donc pas conforme à la réglementation, contrairement à ce qui se dit ces jours-ci.

Areva et EDF jouent une bonne partie de leur avenir économique ce mois-ci. Première séquence aujourd’hui : comme le rappellent les Échos, le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire se réunit pour plancher sur la sûreté de la cuve du réacteur nucléaire de type EPR construit par Areva pour le compte d’EDF à Flamanville. Fin juin, ce sera autour du Groupe permanent d’experts pour les équipements sous pression nucléaires (GPESPN) de travailler. Il examinera les conclusions d’un autre organisme : l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), l’expert technique de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

La toute puissante ASN, qui ne rendra son avis définitif qu’en septembre, va-t-elle valider la cuve de l’EPR. De récentes fuites dans la presse laissent penser que oui. Pourtant, une note technique publiée par l’IRSN elle-même en avril dernier, mais jusqu’ici passée totalement inaperçue, montre que cette cuve n’est pas conforme à la réglementation des équipements nucléaires sous pression. Et pose bien un problème majeur de sûreté. Noyée au milieu d’une masse de documents mis en ligne, elle est datée de septembre 2015 et signée de Gérard Gary, physicien nucléaire, directeur de recherche émérite ex-CNRS rattaché au laboratoire de mécanique des solides de l’École Polytechnique.

Que dit Gérard Gary ? « Les mesures réalisées dans les zones suspectes (de la pièce sacrificielle) ont révélé des valeurs de résilience insuffisantes pour satisfaire le premier niveau de défense vis à vis de la sûreté ». En l’occurrence, il s’agit d’un test de résilience, qui mesure la capacité d’un matériau à absorber l’énergie quand il se déforme sous l’effet d’un choc et dont le résultat est mesuré en Joules : la réglementation impose un résultat supérieur à 60 Joules. Or la moyenne des tests réalisés sur une pièce sacrificielle similaire à la calotte de l’EPR ressort à 52 Joules. Le physicien précise aussi que sur cette pièce, la résilience attendue était de 220 Joules.

Traduction : en cas de choc violent, le fonds de la cuve de l’EPR pourrait rompre. Or ce risque de rupture est strictement interdit par la réglementation : la rupture entraînerait la perte du liquide de refroidissement, donc le dénoyage du cœur nucléaire débouchant sur un accident nucléaire très grave. Pour Monique Sené, une physicienne réputée, cofondatrice et présidente du Groupement de scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire (GSIEN) qui édite La Gazette Nucléaire et est membre du groupe d’experts de l’ASN, ce résultat négatif aux tests de résilience devrait logiquement amener l’ASN à interdire la cuve de l’EPR.

EDF a déjà dépensé 10,5 milliards d’euros dans ce réacteur

Dans sa note, Gérard Gary va plus loin en expliquant comment Areva essaie de convaincre les experts du GPESPN pour qu’il passent outre ces tests négatifs. « On constate que l’ASN est très vigilante devant les stratégies de contournement du règlement proposées par AREVA […] Je n’ai pas observé, au cours de la réunion, autant de vigilance chez la plupart des experts (NDLR : du GPESN) au cours d’une discussion qui s’est focalisée sur des aspects techniques. »

On peut comprendre qu’Areva et son commanditaire EDF fassent tout pour obtenir l’aval de l’ASN. Bruxelles a conditionné à la qualification de la cuve son feu vert à la recapitalisation de 4,5 milliards d’euros d’Areva. Et EDF a déjà dépensé 10,5 milliards d’euros dans la construction du réacteur.

Interrogé par Capital, Areva explique avoir remis à l’ASN les résultats d’un programme d’essais complémentaires lancé fin 2015. “ Les essais ont été menés sur des couvercles et des fonds de cuve analogues à ceux du réacteur EPR de Flamanville 3. Trois calottes sacrificielles ont été utilisées et plus de 1 700 échantillons en ont été prélevés (…). Les caractéristiques de ténacité mesurées dans les pièces sacrificielles respectent les attendus de la lettre de suite de l’ASN émise en décembre 2015 ; elles sont dans la gamme haute de ce qui était anticipé par les experts d’AREVA.

Thierry Gadault

http://www.capital.fr/entreprises-marches/epr-de-flamanville-cette-note-d-expert-qui-pointe-le-danger-de-la-cuve-1232494