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Sep 20

NUCLÉAIRE : EDF RENONCE À ÊTRE COMPÉTITIF FACE AUX ÉNERGIES VERTES

EDFLa chute des coûts dans le solaire et l’éolien amène le groupe public à revoir ses objectifs.

Dans quelle mesure les nouvelles centrales nucléaires peuvent-elles être compétitives ? EDF est en train de changer de discours sur le sujet. Sans le clamer officiellement, les dirigeants de l’entreprise estiment dorénavant difficile, voire impossible, que les futurs réacteurs nucléaires produisent des électrons à un coût plus faible que les nouvelles centrales éoliennes ou solaires. Ce qui n’empêche pas le groupe de défendre toujours bec et ongles l’intérêt d’investir dans le nucléaire, en particulier dans l’EPR, son nouveau modèle.

Pendant longtemps, l’entreprise publique, chef de file français de la filière atomique, affirmait que le nucléaire était et resterait durablement l’énergie la moins coûteuse. En janvier, Xavier Ursat, patron du nouveau nucléaire chez EDF, ­répétait encore ce mantra. Selon lui, l’« EPR nouveau modèle » en préparation chez EDF et Areva, optimisé par rapport aux réacteurs en chantier en Chine, en Finlande et à Flamanville (Manche), avait en la matière un objectif précis : « Qu’il coûte moins cher en euros par kilowattheure que la moins chère des énergies renouvelables installée au même ­endroit à cette époque-là. »

Revenant sur le sujet mardi 19 septembre à l’occasion d’une rencontre avec la presse, M. Ursat a refusé de répéter cette formule, et mis en avant un autre objectif, moins ambitieux. Le nouvel EPR, a-t-il expliqué, doit être « compétitif par rapport aux énergies fossiles », comme le charbon ou surtout le gaz. L’idée de produire une électricité meilleur marché que les énergies renouvelables a clairement disparu.

Changement de discours

Le groupe EDF a-t-il renoncé à ce que ses futures centrales nucléaires soient compétitives par rapport à l’ensemble des énergies possibles ? Interrogé, le PDG, Jean-Bernard Lévy, s’est refusé mardi à prononcer le mot « renoncer » ou « abandonner ». À ses yeux, le nucléaire et les énergies renouvelables ne doivent pas être opposés, car ils ne sont pas en concurrence directe : le nucléaire peut fournir du courant en permanence, nuit et jour, alors que le soleil ou le vent ne sont disponibles que de façon intermittente. Tant qu’il n’est pas possible de stocker l’électricité à un coût non-prohibitif, un pays ne peut pas se reposer uniquement sur les panneaux solaires ou les éoliennes. Il doit disposer d’autres sources d’énergie. Et en l’occurrence, « le choix est entre les fossiles et le nucléaire », souligne M. Lévy.

Ce changement de discours qu’EDF peine à assumer n’est pas illogique. Il s’explique par les évolutions contraires des coûts du nucléaire et des énergies « vertes ». Côté nucléaire, les nouvelles centrales sont soumises à des contraintes techniques de plus en plus lourdes, pour éviter de nouveaux accidents comme Tchernobyl ou Fukushima. Ce renforcement de la sûreté se traduit par des coûts de plus en plus élevés. Les énormes difficultés rencontrées sur les chantiers des premiers EPR en Finlande et en France, et les dérives financières qu’elles ont entraînées, ont aussi obligé EDF à relever ses estimations de coûts.

Le solaire et l’éolien reviennent de moins en moins cher

Côté solaire et éolien, le mouvement est inverse. Ces énergies reviennent de moins en moins cher au fur et à mesure que les technologies s’améliorent, et que les filières industrielles montent en puissance. La baisse des prix est spectaculaire. Le dernier appel d’offres lancé par la Grande-Bretagne pour installer des éoliennes en mer l’a montré de façon très nette, le 11 septembre. Deux des projets retenus affichent un prix de 57,5 livres par MWh, soit environ 63 euros, du jamais-vu en la matière.

Ces projets, qui commenceront à produire de l’électricité d’ici à 2023, « sont désormais 50 % moins chers que lors de la première enchère tenue en 2015 », a souligné le ministère britannique de l’énergie. À ce prix, les nouveaux champs éoliens britanniques nécessitent moins de subventions que l’énorme centrale nucléaire que doivent construire EDF et son partenaire chinois à Hinkley Point : le prix d’achat de l’électricité produite par la centrale, garanti à EDF par le gouvernement britannique pendant trente-cinq ans, s’élève à 92,5 livres par MWh (104 euros actuels).

Article rédigé par Denis Cosnard

http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/09/19/nucleaire-edf-renonce-a-etre-competitif-face-aux-energies-vertes_5187897_3234.html