Nov 27

LE RISQUE DE GUERRE EN 2018

Deux zones de tensions pourraient dégénérer en guerre dans l’année à venir, met en garde l’ancien ambassadeur François Nordmann. La Corée du Nord, l’Arabie saoudite et l’Iran pourraient en être les principaux acteurs

En nommant l’ambassadeur Christian Catrina délégué aux moyens de protection de l’espace aérien, le conseiller fédéral Guy Parmelin gagne un porte-parole hors pair. Il le charge de débroussailler les dossiers d’acquisition d’appareils pour les Forces aériennes et le système de défense sol-air. Il confie ainsi une mission opérationnelle à l’un des meilleurs analystes dont il dispose, responsable de la politique de sécurité et apte à mesurer avec précision les menaces pesant sur la Suisse.

Ses talents de spécialiste des questions stratégiques sont requis aujourd’hui plus que jamais. La situation géopolitique dans le monde ne cesse de se dégrader et le risque de guerre augmente sans que la population n’en soit pleinement consciente. Deux foyers sont particulièrement préoccupants: la péninsule coréenne et le Moyen-Orient.

Que va faire la Corée du Nord?

Récemment, Mark Fitzpatrick, spécialiste des questions nucléaires au sein de l’Institut international d’études stratégiques de Londres, estimait qu’il y aurait 50% de chances qu’une guerre mettant en cause la Corée du Nord soit déclenchée au cours de l’année 2018. Il est peu probable que la Corée renonce à ses expériences nucléaires et à son programme de missiles sous la pression américaine et chinoise.

Ri Yong-ho, ministre des Affaires étrangères de Corée du Nord, a averti l’ONU qu’un essai nucléaire était prévu dans l’atmosphère au-dessus du Pacifique. Peut-on imaginer que, dans ces conditions, le président Trump ne réagisse pas comme il l’a annoncé, en menaçant Pyongyang «du feu et de la furie»? Il pourrait vouloir détruire les rampes de lancement et les sites de production de l’arme nucléaire nord-coréens. Certains s’illusionnent sur le fait que le régime de Kim Jong-un n’oserait pas se livrer à des représailles dans ce cas, de peur de mesures massives de rétorsion des États-Unis, du Japon et de la Corée du Sud. Mais rien n’est moins sûr.

Mark Fitzpatrick admet que ces échanges hypothétiques pourraient ressortir de la guerre psychologique. Le message pourrait aussi être destiné à la Chine, pour qu’elle ne relâche pas la pression qu’elle exerce sur son remuant voisin en lui appliquant plus strictement les sanctions de l’ONU. Certes, la Corée du Nord ne donne pas signe de vouloir procéder dans l’immédiat à un essai nucléaire. Mais la saison ne s’y prête pas. C’est au printemps qu’on saura véritablement si la Corée du Nord renonce à ses provocations. Si ce n’est pas le cas, quelle serait la réponse appropriée de la communauté internationale à ces agissements: comment répliquer sans risquer de rallumer la guerre de Corée?

La rivalité Téhéran-Riyad

À l’autre extrémité de l’Asie, l’Iran et l’Arabie saoudite se livrent à une autre escalade rhétorique belliqueuse sur fond de bruits de bottes. Cependant, la partie est inégale. Riyad est inquiète de la progression iranienne à la suite de l’effondrement de Daech. Son influence s’est étendue au Kurdistan irakien, au Kurdistan syrien et jusqu’en Turquie. Les forces irakiennes alliées aux Gardes révolutionnaires iraniens ont repris les villes de Kirkouk et d’Erbil alors que les Américains ont laissé tomber leurs anciens alliés kurdes dans la lutte contre Daech.

Ce réalignement des forces au Moyen-Orient, caractérisé par la progression de l’Iran jusqu’à la Méditerranée, ne laisse pas d’inquiéter l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Un tir de missile sur Riyad, attribué aux alliés de l’Iran au Yémen où la guerre s’enlise, les manœuvres du prince héritier Mohammed ben Salmane pour renforcer sa prétention au trône et moderniser le royaume, les tensions autour du Liban avec la destitution du premier ministre Harari ont fait craindre l’ouverture d’un nouveau front. Mais, au Liban, la réaction de la population hostile à l’ingérence saoudienne et fidèle au premier ministre, l’intervention diplomatique de la France et de la Chine ont permis d’éteindre l’incendie qui couvait. Cependant, la rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran se poursuit et s’aiguise.

L’année 2018 ne va pas aller vers l’apaisement et le risque de guerre demeure élevé.

https://www.letemps.ch/opinions/2017/11/27/risque-guerre-2018