LETTRE AUX DÉPUTÉS DE L’AIN DANS LE CADRE DU VOTE DE LA LOI ÉNERGIE CLIMAT

Madame et Messieurs les Députés de l’Ain,

Cette semaine, vous êtes appelés à vous prononcer sur le projet de loi Énergie Climat. En l’état actuel, ce texte est loin de répondre aux défis climatiques et énergétiques de notre époque. Pire : l’article 1 prévoit notamment de repousser de 10 ans l’échéance prévue pour atteindre les 50% de nucléaire dans la production d’électricité et ceci sans aucune baisse du nucléaire en 2025 : c’est un véritable déni de la transition énergétique !

Cette mesure aurait pour conséquence de tabler sur une prolongation massive des réacteurs nucléaires français, qui sont pourtant déjà vieillissants et devraient être arrêtés en urgence. Dans notre département, les quatre réacteurs du Bugey ont déjà plus de 40 années de fonctionnement. Par ailleurs, suite aux fraudes constatées par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) sur le réacteur EPR de Flamanville, les enquêtes conduites chez le fabricant Creusot Forge nous ont appris que les réacteurs du Bugey totalisent 271 irrégularités de construction (non-respect des normes nucléaires), dont 97 sur le seul réacteur Bugey 3 (https://www.edf.fr/groupe-edf/nos-energies/nucleaire/segregation-carbone-et-dossiers-de-fabrication-creusot-forge/dossiers-de-fabrication). Plus de la moitié de ces non respects de normes concernent les cuves des réacteurs qui ont été fabriquées avant 1975 : on peut donc conclure que depuis plus de 40 ans l’industrie nucléaire fraude et n’est pas capable de fabriquer des pièces conformes aux normes qui ont été fixées pour garantir la sûreté des réacteurs nucléaires. Ces pièces non conformes ne répondraient pas de manière satisfaisante dans le cas d’une phase accidentelle et conduiraient à la non maîtrise de l’accident nucléaire.

La prolongation des réacteurs du Bugey au-delà de 40 années de fonctionnement pose aussi problème puisque certains équipements cruciaux pour la sûreté ont été conçus pour une durée de fonctionnement de 40 ans maximum, dont les cuves non remplaçables. Prolonger leur utilisation plus longtemps revient à rogner sur les marges de sûreté qui sont, elles-mêmes rognées par les irrégularités citées précédemment, les défauts carbone des 3 générateurs de vapeur de Bugey 4, les petites fissures de la cuve de Bugey 2, etc…

Si la trajectoire prévue par cette loi Énergie Climat est mise en application, les réacteurs nucléaires du Bugey atteindraient respectivement 56 et 57 années de fonctionnement en 2035 ! Dans ce contexte, un accident grave a une forte probabilité d’arriver et je me permets de vous joindre à ce mail la synthèse de l’étude réalisée par une équipe pluridisciplinaire suisse concernant un accident dans une des 4 centrales nucléaires suisses et dans celle du Bugey. Pour plus de détails sur cette étude, vous pouvez consulter le site internet de l’Institut Biosphère : https://www.institutbiosphere.ch/eunupri_2019.html

Si un tel accident nucléaire se produit ce serait une catastrophe pour notre région, notre pays et toute l’Europe, puisque la contamination radioactive dépasserait les limites des frontières de notre pays. Des millions de personnes seraient touchées, un très grand nombre serait aussi exilé suite à la trop forte contamination radioactive des sols, de nombreux agriculteurs et éleveurs seraient dépossédés de leur outil de travail, etc. En voulant continuer avec l’énergie nucléaire, par votre vote, vous prendrez part à cette future catastrophe qui serait un véritable crime contre l’humanité.

En tant que citoyen de votre département, je vous appelle donc à voter contre ce report de l’échéance de réduction de la part du nucléaire.

En application du principe de précaution, je vous appelle également à vous prononcer pour une fermeture au plus tard à 40 ans des réacteurs nucléaires, le scénario Watt étudié par RTE pour la préparation de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) sur cette base était totalement viable et même plus économique que les choix faits par le gouvernement (https://www.rte-france.com/sites/default/files/bp2017_complet_vf.pdf).

Par ailleurs, j’attire votre attention sur le fait qu’à l’heure actuelle, aucune mesure ne permet à un gouvernement ou au Parlement de décider de la fermeture de réacteurs pour raison de politique énergétique. Je vous appelle donc à faire le nécessaire pour inscrire une telle mesure dans la loi, afin que ces décisions ne restent pas entre les mains d’EDF et qu’une véritable planification de l’arrêt du parc nucléaire, qui est souhaitée par la majorité des citoyens, soit enfin possible. L’exemple actuel de la fermeture des réacteurs de Fessenheim est fragrant puisque celle-ci est prévue en 2020, mais à ce jour EDF n’a déposé aucun dossier de demande de fermeture, dossier dont l’instruction dure deux années. La seule contrainte pour EDF pour fermer les réacteurs de Fessenheim sera la mise en service du réacteur EPR de Flamanville, mais celle-ci vient d’être reportée d’au moins deux ans compte tenu des soudures défectueuses dont l’ASN exige la réparation.

Veuillez recevoir, Madame et Messieurs les Députés, mes salutations respectueuses.

Joël Guerry

Membre de la Commission Locale d’Information du site du Bugey
(représentant de l’association Sortir Du Nucléaire Bugey)
Membre du Groupement des Scientifiques pour l’Information sur l’Énergie Nucléaire (GSIEN)

Le 27 juin 2019