LE DÉCLIN DE L’EMPIRE NUCLÉAIRE

2010-2019 : De Fukushima à Flamanville, la décennie noire du nucléaire annonce la fin inéluctable de la destruction atomique comme technique de production indirecte d’électricité. Si les catastrophes nucléaires illustrent à l’extrême, avec la bombe atomique, la dangerosité du nucléaire, les raisons de fonds du déclin sont aussi économiques et industrielles.

Si la catastrophe nucléaire de Fukushima-Daïchi a fait vaciller en 2011 la filière atomique mondiale, le bilan noir de la décennie pour la nucléocratie repose aussi sur des raisons de fonds économiques et industrielles. Le nucléaire coûte de plus en plus cher, est trop complexe à construire et à faire fonctionner au regard notamment des énergies renouvelables. L’illustration en est données par les EPR de Flamanville et de Finlande qui coûteront entre trois et quatre fois plus que ce qui était initialement budgété et avec des retard qu’aucun autre secteur industriel n’accepterait de subir sans y mettre un terme immédiat..

Japon

Et les dangers extrêmes, qui jusqu’à présent étaient contenus et masqués par une propagande habile et répétée dans les quelques pays nucléarisés, ne sont plus acceptés par les populations. Neuf ans après le commencement le 11 mars 2011 de la catastrophe atomique au Japon, le gouvernement nipon peine à convaincre les habitants expulsés des zones contaminées d’y revenir malgré une décontamination de surface qui a déjà coûté 24 milliards d’euros au pays du soleil levant. La facture s’alourdit un peu plus chaque jour et les pertes de l’entreprise privée Tepco ont dues être reprises par l’État faute d’autre solution. Privatisation des profits, collectivisation des pertes au détriment des autres budgets d’État (enseignement, santé, culture, social,…)

Sur les 54 réacteurs nucléaires du Japon – tous arrêtés dans l’année qui a suivi la catastrophe – seuls sept ont redémarrés plus ou moins et dans un contexte d’hostilité croissante des habitants et riverains qui, au Japon, ont leur mot à dire à l’inverse de la France où jamais n’a eu lieu une quelconque consultation publique sur le choix du nucléaire.

Chine

Conséquence rapide aussi de la catastrophe japonaise qui a fait suite à celle de Tchernobyl en 1986 (où le coût de limitation des radiations par le recouvrement par une succession de sarcophages géants en béton de la centrale explosée ne cesse de grever le budget du pays) : la sortie définitive du nucléaire en Allemagne pour 2022. La Chine, elle, a gelé pendant plusieurs années ses autorisations de construction de nouveaux réacteurs atomiques. Seuls deux réacteurs EPR ont commencé à produire de l’électricité à Taishan après quatre années de retard.

France

Et même la France, accro et dépendante à 75% de la destruction atomique, a été contrainte de mettre en place des mesures de sûreté renforcées (dont toutes les centrales ne sont pas encore équipées) alourdissant encore un peu plus le coût du kW d’origine nucléaire. Plusieurs hausses des tarifs d’électricité ont ainsi alourdit le budget des consommateurs-abonnés de EDF. Et l’État a dû voler au secours de l’électricien en lui octroyant une dote de 2 milliards d’euros pour lui éviter la faillite, tout comme il l’avait fait pour Areva devenu Orano après avoir perçu, elle, 7 milliards d’euros de l’Etat. Et ce n’est pas les effets d’annonces par le gouvernement Macron/Philippe de construire et implanter en France dans les années à venir 6 réacteurs nucléaires EPR qui feront illusion. Alors que le premier réacteur atomique EPR en construction dans le pays à Flamanville affiche dix ans de retard pour un coût multiplié par près de quatre. Mais comme en France, les risques sont reportés, sous une forme ou sous une autre, sur les contribuables et consommateurs…

Et l’aventure casse-cou et mégalomaniaque d’EDF au Royaume-Uni dans son autre projet d’EPR à « Hinkley Point » a conduit à la démission du Directeur financier de l’électricien opposé à cette gabegie et à ce risque hypothéquant l’entreprise dont la facture est passée su ce projet de 16 milliards de livres à près de 22 milliards. Et ce n’est pas fini.

Les français semblent bien piégés car ou bien les vieilles installations périmées bénéficient de rafistolages coûteux voir exorbitants sans garantie de plus de sécurité réelle et de tenue pour les années suivantes ou bien chaque année ils devront payer les coûts du démantèlement ou bien de la construction, dans une fuite en avant, de nouvelles installations nucléaires pas du tout concurrentielles face aux énergies renouvelables.

Finlande

En Finlande, la technologie franco-allemande de l’EPR piloté par Areva (devenu Orano) et Siemens (qui s’est retiré avant le fiasco), accumulent les retards et explosion de budgets. Avec de fortes pénalités financières pour le français. Et un sixième retard de mise en service du réacteur Olkiluoto 3 vient d’être annoncé par TVO (l’exploitant finlandais) ce 19 décembre alors que la mise en service avait été programmée pour 2009.  Ce qui devait constituer la vitrine internationale à l’export du savoir-faire franco-allemand, en lançant en 2004 ce chantier pharaonique en est à sa dixième année de retard et de non-rentabilité. Production électrique espérée à présent pour 2021. Si tout va bien.

États-Unis

Aux États-Unis plusieurs réacteurs dont l’efficacité était plus que discutable en terme de jours de fonctionnement annuel ont été fermé par les exploitants eux-mêmes par manque de compétitivité, face aux prix bas de l’électricité non-nucléaire, notamment la production de gaz de schiste bon marché et l’essor des éoliennes. Sources plus facile a raccorder au réseau. Ce contexte a conduit à  l’abandon pur et simple d’un projet de construction de deux réacteurs atomiques en Caroline du Sud jugés trop chers par les investisseurs.

International

Les difficultés de la filière nucléaire ne se résument pas aux problèmes de l’EPR. Pour l’Agence internationale de l’énergie (AIE), partout le renforcement des normes de sûreté conduit les opérateurs nucléaires à des investissements qui renchérissent le prix de l’électricité nucléaire, alors que les installations vieillissent et nécessitent, comme en France par exemple, des budgets d’entretien de plus en plus élevés. La catastrophe de Fukushima n’a fait que renforcer des tendances déjà existantes. « Le principal facteur est économique car dans des économies avancées, l’équation est devenue très compliquée (Les énergies renouvelables constituent désormais) une façon plus économique de produire de l’électricité » et comme en occident (France, Finlande, États-Unis) il a été très difficile de « construire à temps et en respectant les budgets » la rentabilité à court terme et celle à moyen terme joue en faveur des renouvelables.

Du simple point de vue capitalistique, le nucléaire est un secteur à fuir. Sauf à ce que les États garantissent les risques financiers d’investissement et de fonctionnement et ceux liés aux catastrophes nucléaires. En Europe, l’existence d’un marché du carbone et de droits à polluer rend l’énergie nucléaire encore un peu attrayante pour quelques rares audacieux investisseurs.

Bilan

La part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité diminue d’année et année : si en 1996 elle voisinait 17,6 %, aujourd’hui elle ne dépasse qu’à peine les 10 %. Malgré le raccordement d’une trentaine de centrales pendant les dix dernières années, le nucléaire n’y assure cependant que 4 % de la consommation finale d’énergie, moins que l’éolien.

Au final, le bilan de cette décennie est sombre pour le nucléaire; et les années à venir certainement encore plus catastrophiques. D’autant que la facture des démantèlements des installations atomiques va se présenter chaque année. Pas sûr que les jeunes et les nouvelles générations qui hériteront et héritent déjà et de l’inconséquence de leurs parents et de leurs déchets mortels l’acceptent facilement. Il faudra bien rendre des comptes.

Bonne année 2020 libérée de l’écocide nucléaire.

Par Rédaction, publié le vendredi 27 décembre 2019 à 14h29

Note en réaction : Le samedi 28 décembre 2019, à 10h32 par SD

Japon : chaque jour, plus de 300 tonnes d’eau douce doivent être injectées pour refroidir les cœurs des réacteurs nucléaires explosés de Fukushima-Daïchi. L’eau se répand dans les parties basses et se charge en radioéléments par contact avec les « combustibles » nucléaires fondus dans les entrailles des réacteurs détruits. Cette eau radioactive doit être repompée et traitée pour être réintroduite dans les circuits de refroidissements des réacteurs. C’est sans fin.
En réalité, une grande partie de ces eaux mortelles, gorgée notamment de Tritium radioactif, n’est pas réinjectée dans ces circuits et est entreposée comme déchets dangereux dans une multitude de réservoirs. Plus d’un million de tonnes d’eaux contaminées sont à ce jour stockées dans un millier de citernes. En 2022 ces citernes seront pleines et leur étanchéité ne sera plus assurée.

L’Agence internationale de l’énergie atomique, que certain-es croient être une agence de limitation du nucléaire mais est en fait la structure de promotion du nucléaire « civil« , prône le rejet dans l’environnement par la dilution en mer et l’évaporation dans l’air des tonnes d’eau radioactives. Le gouvernement japonais et les entreprises nucléaires adhèrent à cet objectif de contamination du Pacifique. Prudents pour leur business ils attendront la fin des JO de Tokyo (2020) pour commencer leur crime contre le vivant.

http://coordination-antinucleaire-sudest.net/2012/index.php?post/2019/12/27/Le-d%C3%A9clin-de-l-empire-nucl%C3%A9aire